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Étiquette : voyager autrement

Le tourisme dans la perspective de l’effondrement ou un tourisme de l’effondrement…

Par William Wadoux, 49 ans, associé gérant de Terra Andina Ecuador depuis 6 ans, basé à Quito en Équateur.

Diplômé ingénieur télécoms, 7 ans chez Alcatel, Thales en tant que Chef de Projet, 2 ans dans une galerie d’art contemporain, 8 ans en ONG (Latitud Sur), passionné d’Amazonie, de ses populations (conseiller quelques mois au Ministère de l’Agriculture en Équateur sur la légalisation de territoires indigènes) et d’Agro-écologie.
william.wadoux@terra-group.com


Miroir, miroir en bois d’ébène, dis-moi, dis-moi que je suis la plus belle

Il n’est pas de débat sérieux sur le sujet de l’effondrement de la société et du changement climatique qui ne commence par la question radicale bien personnelle « Dois-je continuer à travailler dans le tourisme ? ». Notre secteur n’y échappe pas, comme bien d’autres, car il n’est pas que peu d’activité qui ne consomme de l’énergie et ne participe à sa mesure à la génération de gaz à effet de serre. On peut toujours relativiser… l’industrie du tourisme participerait à hauteur de 5 à 8% des émissions (les chiffres varient selon les sources et les activités incluses).
On peut toujours considérer le fait que c’est la part du transport aérien qui pèse le plus dans nos voyages et que de ce fait nous n’en sommes directement responsables et ne pouvons influer sur ce fait… ou encore que les avions partiraient sans doute même sans nos clients ou que ce sont ces derniers qui nous poussent à leur proposer des services polluants.

Bref, il y a de nombreux stratagèmes pour alléger la tension schizophrénique provoquée par cette question mais en tant qu’acteur économique responsable, se regarder dans le miroir est un acte essentiel, d’honnêteté intellectuelle, désormais devenu nécessaire et imprégné d’urgence selon le niveau de pessimisme avec lequel on enrobe sa vision de l’avenir sociétal qui nous attend, sans même considérer le scénario le plus dramatique.

Avant d’envisager des pistes de réflexion supplémentaires, il y a une seconde question à laquelle il semble fondamental de répondre afin de se positionner dans le débat général.

Croissance ou décroissance, toujours plus ou beaucoup moins ?

Je vais faire l’impasse sur la vision des climato-sceptiques, dont le débat ne se fonde pas sur des arguments scientifiques mais sert à mon sens des intérêts mortifères, distillant de manière fallacieuse le doute sur une situation d’extrême urgence.
L’information désormais circule en abondance autour des risques systémiques majeurs qu’encourent nos sociétés pour que nous ayons tous conscience de scenarii potentiels qui nous menacent à l’échelle de l’humanité. La complexité des simulations réalisées grâce à l’aide de données et de modélisations de plusieurs dizaines de milliers de scientifiques ne permet pas de déterminer avec certitude le type de scénario ou les dates d’occurrence des évènements. Mais une fois passée la phase de doute (en effet peu d’arguments scientifiques viennent contredire les principales conclusions de ces prédictions), il est fort probable que vous acquériez la conviction que la société souffrira de conséquents changements, provoqués par une crise de l’énergie, un effondrement du système financier, des conflits militaires, la disparition des derniers écosystèmes, des catastrophes climatiques majeures ou une pandémie.

Si vous en êtes là, il vous faudra prendre parti pour les partisans de la croissance (même si verdie pour coller à la nécessité de diminuer nos impacts) ou pour le camp des décroissants.
Le premier suit la philosophie du « business as usual », on ne change rien ou presque, on interdit l’usage des pailles à la cantine des usines Seveso, on continue à produire, notamment des équipements de transport moins énergivores et des systèmes de production d’énergie non fossile. On reste dans le modèle d’une croissance continue dans un monde aux ressources finies, avec des solutions techniques qui viendront résoudre nos différents défis.
Le deuxième fait le constat des pics passés ou à venir des ressources qui permettent cette production et conclut au fait qu’en dépit des meilleures avancées scientifiques, nos besoins matériels inévitablement croissants dans le modèle actuel amènent à une impasse.
Puisque mes convictions m’amènent à adhérer au second groupe, je vais développer les arguments qui sous-tendent cette position. Le mythe d’une croissance infinie dans un monde matériel fini, aux ressources comptées est un contresens logique. C’est du storytelling hérité de l’âge industriel, ayant bercé les générations antérieures, et duquel nous avons du mal à nous extraire tant il sert d’intérêts personnels et en dépit de son caractère nettement prédateur.
De nombreuses ressources ont passé leur pic ou sont en passe de le faire : celui du pétrole est déjà connu, mais c’est aussi le cas de l’argent (nécessaire à la fabrication des pales des éoliennes), de nombreux métaux rares (pour les ordinateurs et téléphones portables). Sans oublier par exemple les phosphates tant nécessaires à l’agro-industrie qui a rendu nos sols agricoles addictifs aux engrais chimiques. Sans énergie et avec des ressources en diminution (ou raréfiées et très coûteuses), comment alimenter la croissance de la consommation avec une population en augmentation vertigineuse (voir chiffres Afrique) ?
Cette décroissance sera ainsi subie (pour les sceptiques, les résignés ou les passéistes) ou préparée (les optimistes actifs).

Le tourisme à l’époque de l’apocalypse annoncée

Le voyage a de nombreuses vertus que l’on connaît : la rencontre avec d’autres humains aux conceptions du monde très différentes, donc forcément bénéfique si l’on veut s’essayer à changer de paradigmes ; vivre la beauté du monde pour prendre conscience de l’importance de le sauvegarder ; permettre à des sociétés de maintenir des modes de vie ou des lieux grâce aux revenus du tourisme, etc…

Dans la course à la compétitivité qui caractérise la société dans laquelle nous sommes immergés, arrêter notre activité serait un sacrifice certainement inutile car le vide provoqué par notre disparition n’en serait que vite comblé par un autre compétiteur. C’est d’ailleurs la même course entre nations qui les empêche de prendre des décisions d’importance. Le changement doit venir de l’ensemble de la société. Autrement dit, de tous ces acteurs anonymes que sont les consommateurs, nos voyageurs qui, une fois atteint un seuil critique, feront basculer les pratiques de notre industrie. C’est à ce niveau que nous devons contribuer. Ne pas le faire n’empêchera pas le changement et cela reviendra à rester du mauvais côté de l’histoire.

Côté agences, il faudra rendre nos pratiques plus vertueuses, mais avec sincérité. Pas de greenwashing, on n’en est plus à ce stade. Cela va de gestes plus respectueux de l’environnement au bureau à la conscientisation active de nos clients (une charte ne suffira pas), de nos fournisseurs et en interne. Former nos guides à prendre conscience des conséquences de leurs décisions lors du voyage est une étape importante pour qu’ils « déteignent » sur les clients. Faire un choix éclairé de nos fournisseurs au moment de dessiner un programme. C’est préférer un hôtel certifié (aussi critiquables soient certains labels) ou engagé dans une démarche vertueuse à un charmant hôtel indifférent à la communauté locale et aux pratiques écologiques. Une évidence pourtant peu encore pratiquée. Certes, nous avons tous des clients réticents, avec des choix critiquables en ce sens, mais nous pourrons opter pour abonder dans son sens, tenter de l’influencer avec des arguments bien acquis par nos agents de voyage, ou simplement refuser sa demande.
Il s’agira de pister les sources potentielles de diminution de l’empreinte carbone, remplacer un véhicule polluant par des vélos là et quand cela est possible. Il faudra sans doute renoncer à proposer des services luxueux mais extrêmement polluants et qui n’opèreraient pas si nous ne l’avions proposé (le tour en hélicoptère). Dans une perspective de décroissance, c’est penser plus de sobriété et de « slow travel ».
Insérer des visites de lieux engagés, où l’exemple et le discours auront une chance d’impacter les visiteurs, en plus des sites incontournables, est une bonne manière d’inviter les voyageurs à la réflexion mais aussi d’appuyer ces gens incroyables qui luttent pour nous depuis bien avant que nous ayons pris conscience de ces réalités.

Pour diverses raisons que je ne vais pas exposer ici, je ne parlerai pas de principe de compensation carbone mais de soutien aux initiatives vertueuses. En tant qu’acteurs conscients et responsables de nos actes, nous pourrions dédier une partie de nos bénéfices à des projets correctement sélectionnés et gérés.

Un autre axe de travail est celui des voyages « utiles », des voyages de « conscience » (il n’y a pas là de sous-entendu moral) lors desquels de nombreuses visites de lieux engagés permettraient d’apprendre quelque chose : un éco-village (passez outre la vision des hippies), une ferme en permaculture, des initiatives de préservation d’écosystème,… Tout cela avec un fil rouge qui donnerait un sens global à ce voyage.

Transition ou basculement, du Club Med vert pomme ou des vacances zadistes ?

Si le voyage reste donc une pratique de grande valeur, il devra cependant prendre une autre orientation (brutalement sous le fait de changements drastiques, ou graduellement si l’on considère des dégradations localisées et cumulatives).
Si nous considérons l’impact du pic pétrolier déjà passé, et que l’on conçoit que nous consommons actuellement les dernières réserves, les prix des vols devraient inévitablement augmenter et certainement rapidement. Même si l’augmentation du tourisme mondial semble attester l’inverse à court terme.

Si l’on me demande à quoi ressembleront les voyages de demain, je répondrais qu’ils seront plus lents, plus longs, moins éloignés. Le tourisme local prendra le pas sur le tourisme long courrier. Les clients aisés continueront de voyager mais sans doute pour se réfugier dans des oasis protégées, histoire de se faire plus discrets.
Le principe de communauté rééquilibrera l’individualisme forcené et les acteurs du tourisme apprendront à mieux vivre et travailler ensemble, quand le gâteau s’est amaigri et que la collaboration devient une nécessité de survie. Il s’agit d’un changement de paradigme qui se fera, contraint ou voulu.

En somme, décroître ce n’est pas retourner à l’âge de pierre (même si sur certains aspects cela y ressemble) mais vivre mieux (et voyager mieux) avec moins (en privilégiant l’humain et la nature sur le matériel) dans une société devenue plus dangereuse et chaotique. Reconsidérons le voyage ayant du sens dans cette période d’incertitude croissante, libérons notre ingéniosité et employons ce désir de liberté qui caractérise notre milieu de réceptifs pour inventer le voyage de demain. Au pire, si l’effondrement n’a pas lieu, vous aurez donné plus de valeur à vos voyages et contribué à freiner le changement climatique ; au mieux, vous vous serez préparés (avant tout dans vos têtes) à ce qu’il adviendra. Une seule recommandation : ne tardez pas à y réfléchir, c’est certainement la décision la plus conséquente de et sur votre vie et celle de vos enfants.

…Fabrice me disait à propos de cet article que je devrais le colorer, y mettre une touche encore plus personnelle et le relier à l’actualité avec mon analyse particulière…
J’ai longtemps hésité et plutôt que de l’amender, eh bien je vais lui rajouter une extension, une note de fin d’article, un cheveu dans la soupe pour le rendre plus ésotérique…

Avez-vous déjà senti la vie parcourir les racines, le tronc, les branches d’un arbre ? Certains peut-être, mais la plupart n’y voyez qu’un arbre, un objet, au mieux esthétique, sans doute utile. Vous connaissez tous le film Avatar, et ces lumières qui constituent un réseau de veines s’étendant dans le végétal et au-delà, mettant en lien ainsi plusieurs arbres ? Vous avez peut-être même lu ces livres faisant état d’ultimes recherches portant sur les moyens de communication des plantes ?
Imaginez alors qu’il existe un moyen de percevoir cette circulation du vivant ! dont la science officielle se rapproche petit à petit pour en donner des explications rationnelles.

C’est lors de nombreuses cérémonies partagées avec plusieurs communautés amazoniennes que j’ai côtoyées pendant 12 ans que j’ai connu ce type de perception. Il s’agit d’un mode ancien d’accès à la connaissance, dont les techniques varient selon les cultures, mais omniprésentes à travers le monde.
Autant vous dire qu’avec ce type d’expériences, se développe non seulement une manière complémentaire de voir le monde (on le voit en vérité depuis plusieurs angles de vue), en marge de la société dominante, mais aussi une meilleure intuition et surtout une plus grande sensibilité pour le vivant. Des larmes ont coulé sur mes joues à l’annonce des incendies récents en Amazonie qui ont ravagé ces millions d’arbres (en l’écrivant, cette même émotion me revient)… car, tout comme les Indiens, je sais combien tout ceci est un suicide collectif perpétré par une société immature, mais dont le danger réside dans le fait qu’elle s’imagine adulte. Je dois beaucoup à ces populations indiennes dont on fait l’économie dans notre engouement pour une croissance dévorante et inhumaine. Je leur dois ma forme de spiritualité, ma façon si peu consensuelle et commune de voir le monde et de me relationner, et surtout mon respect pour la vie sous toutes ses formes, même s’il me reste bien du chantier comme tout être humain.

Cette intuition, combinée à ma formation d’ingénieur qui m’a permis de ne pas sombrer dans une approche new-age, me font percevoir les récents évènements sociaux, en Équateur, puis au Chili, en Bolivie, ou encore en France, comme les prémisses de l’explosion d’un modèle de société tentant de résister avant que l’océan ne l’emporte, indifférent aux « plus riches » du cimetière en construction autant qu’aux « pauvres ».

Mais c’est grâce à cette spiritualité amazonienne millénaire que je peux garder un certain optimisme réaliste face à l’annonce de l’effondrement des écosystèmes, du réchauffement climatique dont l’issue semble inéluctable ou de la chute du château de cartes financier. Et c’est ainsi que ma spiritualité me dicte de tenter d’alerter aussi mon entourage, par amour, même s’il m’en coûte leur amitié.
Rappelez-vous « Dune »… le dormeur doit se réveiller…

Du greenwashing à l’ère de la défiance : ça va chauffer !

Par François Piot, 46 ans, Président de Prêt à Partir depuis 1998.

Ingénieur de l’École Centrale de Paris, DEA de biophysique moléculaire et d’un DESS de gestion des entreprises (IAE Paris). Entre dans l’entreprise familiale après une brève carrière de chercheur au CNRS (2 ans) et une coopération en Autriche à vendre des ventilateurs.


Il y a 12 ans, j’ai fait la rencontre de Daniel Masson, président de Niger ma Zaada, ONG qu’il avait fondé quelques années auparavant. Daniel m’a expliqué ce que son association réalisait au Niger. Dans un rayon d’action limité, à environ 45 minutes de Niamey, Niger ma Zaada avait construit des puits, des écoles, un centre de soins. Daniel partait plusieurs fois par an au Niger, sur ses deniers et en bénévole, pour suivre les chantiers financés par les fonds de l’association. Il m’a paru sympathique, compétent, et exemplaire, je lui ai signé un chèque de 3 000 €. Et n’ai pas oublié de demander mon reçu fiscal.
Douze ans plus tard, nos dons cumulés se chiffrent à 500 000 €. Par l’intermédiaire de Niger ma Zaada, nous avons financé des puits, des écoles, un centre de soins, un grenier, et un programme de conservation des dernières girafes d’Afrique de l’Ouest, pour lesquelles nous avons replanté quelques 60 000 arbres. Chaque année, nous donnons un peu plus à l’association. Nous avons écrit ensemble une belle histoire, qui s’est enrichie années après années. Cinq personnes de notre entreprise, dont moi-même, sont allées au Niger, encadrées par l’association. Daniel Masson intervient régulièrement auprès de nos équipes de ventes, et nous associons nos clients aux actions menées sur place. Nous les informons, nous les sensibilisons, et nous les remercions, car c’est grâce à eux que nous pouvons «faire notre part» au Niger.

Daniel m’a confié qu’il avait visité, en Afrique, des zones replantées de millions d’arbres… sur le papier. Dans les faits, malgré les panneaux arborant le nom des généreux mécènes, autour, c’est resté le désert. Les sponsors ont-ils réellement payé leur part ? L’argent s’est-il évaporé ? Ce qu’il y a de certain, c’est que le reçu fiscal a bien été utilisé !
Le 30 septembre dernier, Air France annonçait vouloir replanter 70 millions d’arbres pour compenser les émissions de CO2 de ses vols intérieurs. L’information est tombée juste après la faillite d’Aigle Azur et de XL Airways, et surtout après plusieurs mois de « flygskam », la honte de prendre l’avion. Il suffit de lire les commentaires sur le web pour comprendre que l’effet n’est pas celui escompté. Il y a 10 ans, Air France aurait reçu le prix Nobel du développement durable, comme Al Gore a reçu celui de la paix avec des données falsifiées. Aujourd’hui, le citoyen est mieux informé que formé, et il ne croit plus ce qu’on lui raconte. Le scepticisme radical, la chasse aux sorcières du greenwashing, l’ivresse de la théorie du complot, bienvenue dans l’ère de la défiance !

La faillite de Thomas Cook va changer durablement la relation entre le voyageur et son agence de voyages. Cela faisait 178 ans que Thomas Cook vous faisait découvrir le monde. Et, soudainement, tout s’arrête. Il faut repayer les hôteliers, rapatrier les clients, rembourser les acomptes. My God, que fait Scotland Yard ? Dieu sauve la Reine, et mes vacances… Alors, de grâce, ne venez pas me raconter que mon voyage en avion réchauffe la planète et que je ferai mieux de prendre le train électrique ou de partir en covoiturage. 

Nombreuses et louables ont été les initiatives dans notre métier pour proposer des voyages plus écolos : du label Chouette Nature de Cap France au Framissima Nature de Soustons, en passant par le tourisme « nature » d’Austro Pauli ou de Voyager Autrement. Malheureusement, nos clients ne se sont pas rués sur ces voyages qui n’ont jamais trouvé de rentabilité… durable. Quand j’ai rejoint l’entreprise familiale il y a 20 ans, nos clients partaient principalement en vacances autour de la Méditerranée, pendant deux semaines estivales en hôtel-club. Intuitivement, j’ai voulu rajouter à notre catalogue deux superbes circuits : l’un en Bourgogne autour des églises romanes, l’autre au nord de Paris pour visiter les premières églises gothiques. Inutile de vous dire que nous avons annulé les deux voyages.

13 ans plus tard, j’ai récidivé en déposant la marque « Esprit et Culture » pour organiser des voyages avec le diocèse de Nancy. A l’occasion du lancement de cette très belle croisière avec des excursions exceptionnelles, nous avions organisé une fabuleuse conférence avec le journaliste et écrivain, spécialiste des religions, Antoine Sfeir – paix à son âme. Nous avons réuni plus de 2000 personnes en une soirée mémorable, et… vendu 2 cabines sur le bateau. Au début de notre partenariat avec Niger ma Zaada, nos vendeurs avaient pour consigne de demander 3 euros par voyage à nos clients, et de leur expliquer nos actions au Niger. Devant les réactions parfois décevantes, parfois agressives de nos clients, nous avons simplement augmenté nos frais de dossier de 3 euros et  glissé une carte de remerciement dans nos carnets de voyages. Culpabiliser les clients ne sert à rien, sinon à leur donner envie de changer d’agence de voyages.

Quand Fabrice Pawlak m’a proposé de rédiger un article pour le Yakafokon, nous venions d’avoir une discussion sur le voyage éthique et la dimension sociétale des voyages à proposer à nos clients. Et nous n’étions pas du tout d’accord. Nous ne changerons pas les goûts de nos clients, et notre métier est de leur conseiller le voyage qui leur apportera le plus de joies et de souvenirs. Nous avons certes une responsabilité dans les conseils que nous leur prodiguons, y compris en matière de responsabilité sociétale et environnementale. Par exemple, nous luttons contre le tourisme sexuel. Mais si notre client veut lézarder deux semaines au bord de la piscine en évitant tout contact avec les indigènes ou aller passer un week-end à Pékin, nous lui vendrons quand même. 

En revanche, avec un bout de la marge de ces voyages, nous pouvons agir. C’est ce que nous faisons, par exemple en finançant Niger ma Zaada. Nous consacrons une part importante de nos résultats à des investissements dans les énergies renouvelables (panneaux solaires, centrales hydro-électriques, centrales de méthanisation). Comme le colibri, nous faisons notre part. Pour changer les mentalités, pour changer les habitudes, il faudra la force de la loi. Restreindre, interdire, taxer. 

Cela suffira-t-il pour stopper le réchauffement climatique à un niveau acceptable ? Soit la corrélation entre le taux de CO2 dans l’atmosphère et la température moyenne de la planète est un hasard, ce qui signifierait que l’activité humaine n’a pas d’impact démontré sur le climat, soit il est déjà trop tard pour éviter un réchauffement qui devrait atteindre plusieurs degrés et plonger l’humanité dans un chaos inimaginable : montée des eaux, réfugiés climatiques, famines, pandémies, et bien sûr une guerre mondiale, qui mettrait peut-être fin à notre espèce. Restons optimiste pour Gaïa : l’homme est arrivé dans les dernière secondes de la vie sur Terre – 400 000 ans sur 4,5 milliards d’années – et plein d’autres espèces n’attendent que notre disparition pour prendre le pouvoir. Il y aura une Terre pleine de vie après notre disparition. Rappelons que les dinosaures, ces êtres soi-disant mal adaptés et stupides, ont régné sur la planète pendant 160… millions d’années. Dans tous les cas, exit la question du CO2. Évidemment, pas politiquement correct…

En revanche, nos enfants vivront la fin du pétrole. La fin du pétrole comme carburant, car il y en aura toujours, mais on ne l’utilisera plus comme aujourd’hui, tellement son prix aura monté. On l’utilisera tellement peu qu’il redeviendra moins cher qu’aujourd’hui. Souvenez-vous que nos grands-parents ont connu la fin du charbon, grâce au déploiement du nucléaire en France. Le voyage est devenu un besoin essentiel pour beaucoup d’entre nous. La liberté de se déplacer pour pas cher est devenu une liberté fondamentale. Quand j’étais enfant, un voyage en Thaïlande coûtait 20 000 francs (3 000 euros) et durait 3 semaines. Aujourd’hui, personne ne part trois semaines en voyage ! Et l’offre s’est adaptée à la demande : un week-end à Pékin plutôt qu’une vraie découverte de la Chine. Pour un week-end, ne vaudrait-il pas mieux une bonne expérience 3D avec un casque de réalité virtuelle qui, comme le DVD élimine la pub, permettra d’éviter les contrôles dans les aéroports et les files d’attente dans les musées ? Une visite virtuelle de la Cité Interdite, sans bouger de son canapé.

L’autre tendance serait le « slow tourisme » : on court toute l’année métro-boulot-dodo, pourquoi ne pas prendre son temps pendant les vacances ? Il faudra alors repenser nos programmes, passer du temps à visiter tous ces merveilleux sites touristiques secondaires, déserts et authentiques. Partir à la rencontre de celui qui nous accueille dans son pays, découvrir son histoire, sa civilisation, ses mœurs et ses coutumes. Toutes choses que nos touristes stressés et pressés n’ont pas le temps de voir. 

Bien entendu, si on part moins souvent mais plus longtemps, le bilan carbone du voyageur s’améliore, car c’est le vol qui émet le plus de CO2. Il est probable que le chemin sera, une fois de plus, montré par le monde de l’entreprise : de plus en plus de sociétés utilisent la vidéo-conférence pour éviter un rendez-vous de deux heures à l’autre bout du monde. Le voyage le plus économe en CO2 est celui qu’on ne fait pas… Dans les appels d’offres de business travel, on commence à voir apparaître de nouvelles demandes liées à la RSE de l’entreprise. Par exemple, le montant des émissions de CO2 liées au déplacement. C’est une piste intéressante : êtes-vous prêt à payer votre voyage un peu plus cher si votre avion est plus économe en kérosène ? Êtes-vous disposé à prendre le train plutôt que l’avion ? A utiliser Airbnb plutôt qu’un hôtel de chaîne ? Observons bien ce qui se produit dans le monde du voyage d’affaires, cela nous montrera l’évolution du comportement de nos voyageurs.

Si on résume notre plan-climat chez Prêt à Partir pour les 5 ans qui viennent :

  • Renseigner les voyageurs sur leur impact CO2 de la façon la plus précise possible, dès le devis ;
  • Inciter nos clients à partir plus longtemps, mais moins souvent, pour de véritables expériences avec les populations locales ;
  • Consacrer une part toujours croissante de notre marge à des actions utiles et durables qui donnent du sens à notre métier.

On ne va pas sauver le monde, mais on va juste essayer de rendre nos clients, nos fournisseurs et nos collaborateurs un peu plus heureux.

Mobile home office : cadres le jour, campeurs le soir

Par Hélène Michel, Grenoble École de Management (GEM) and Dominique Kreziak, Université Savoie Mont Blanc

Le drapeau noir flotte chez Loïc, cadre la journée et campeur le soir. Hélène Michel/DR

Ils sont managers, chercheurs ou consultants. Ils ont un « vrai » logement avec tout le « confort moderne ». Et pourtant, ils décident de s’en détacher pendant un moment et s’installent, pour un à six mois, dans un camping à quelques kilomètres de chez eux. Le matin, ils se lèvent pour aller au bureau et le soir ils déconnectent en rentrant dans leur mobile home, leur caravane ou leur tente. Ils ne veulent pas être considérés comme touristes. Ils vivent, pendant un moment, à la frontière du système.

À quoi correspond cette nouvelle pratique de quête de frugalité, quelles en sont les étapes et les rituels ? Petite approche sociologique du camping comme lieu d’évasion professionnelle…

Etape 1 : De la solution de secours à la micro-aventure

Tout commence souvent par un incident, un dérapage dans un système bien huilé. Le recours au camping s’annonce alors comme solution de secours.

Loïc, en couple, quinquagénaire et père de 3 enfants (maintenant adultes), installe sa caravane devant le lac, d’avril à fin septembre depuis… 15 ans. Il est cadre dans une société d’informatique :

« Il y a 15 ans, je vivais à 60 km de là. Je faisais les aller-retour tous les jours pour venir travailler. Cet été-là, mes parents ont annoncé qu’ils venaient passer 15 jours avec nous. Moi je travaillais. Et dans l’appartement, l’été, au chaud, si nombreux, c’était pas envisageable. Alors on a découvert ce camping, à côté de mon boulot. Et on y est venus tous ensemble. »

Cette solution de secours se présente parfois comme une forme de micro-aventure, une tendance touristique émergente.

Lorsque l’envie de partir à l’aventure autour du monde est contrariée par des impératifs de temps, de budget ou de contraintes personnelles ou professionnelles, la micro-aventure suggère des alternatives courtes, locales, peu coûteuses, low-tech et dans le même esprit. Il s’agit, par exemple, de nuit en bivouac en semaine ou de nage en rivière, le tout conciliable avec horaires de bureau et vie de famille.

Elle s’applique en zone rurale tout comme milieu urbain en proposant, par exemple, de descendre la Seine en paddle. L’entreprise Red Bull, intéressée par les pratiques sportives extrêmes ou alternatives, se penche également sur le sujet.

C’est une « petite aventure faisable, pour des gens normaux avec une vraie vie », comme le dit Alastair Humphreys, son promoteur. L’Ici est réenchanté.

Puis le rythme s’installe et l’aventure grandit… Pour Loïc, le cadre campeur :

« La première année, c’était trois semaines, dans une tente. La deuxième année, cinq semaines. La troisième année, on a changé de coin, dans le camping, pour un meilleur emplacement. On s’est mis plus près du lac. Toujours avec la tente. Sous un arbre. Le chat était ravi. Il pouvait y grimper. La quatrième année, on a pris une caravane et on s’est installé pour la saison, c’est-à-dire six mois. Et on a fait cela tous les ans pendant 11 ans. On a déménagé notre véritable logement à 10 km du camping, mais on a continué à venir y passer six mois par an. »

Etape 2 : L’élaboration d’un mode de vie avec ses rituels

C’est une forme de migration d’agrément : on décide de vivre sur un lieu en fonction de ses loisirs, en organisant son travail à partir de là. Habiter à l’année, voire toute l’année dans une ambiance de vacances attire ainsi de nombreux nouveaux habitants dans des espaces privilégiés où s’hybrident les espaces de vie et les espaces récréatifs.

Ici, la migration d’agrément est temporaire et saisonnière. Elle s’accompagne d’une rupture avec le mode de vie du reste de l’année, tout en maintenant le rythme professionnel. Il s’agit d’un ailleurs de proximité qui peut permettre de tester un mode de vie alternatif.

Les caractéristiques de cette migration sont :

La déconnexion : La première chose recherchée est une rupture avec un mode de vie jugé rapide et ultra connecté. Au camping, on ralentit. Pour Loïc :

« Quand on est ici, on n’a pas de télé, pas d’écran. On écoute un peu la radio le matin. On joue. Et c’est le seul moment de l’année où je lis. Cela apporte de la sérénité, du calme. On déstresse. »

L’ensauvagement : La présence d’un élément naturel fort, tel que la mer, la montagne, le lac joue un rôle clé dans cette déconnexion. À la fois comme potentiel d’activités (randonnée, baignade, etc.) mais aussi pour la puissance du paysage et le contact direct avec les éléments :

« À quoi on voit que je vis différemment ? Au bronzage. On me dit : vous étiez en vacances ? Non. Je vis en extérieur. »

Et la météo fait aussi partie de l’aventure :

« Il faut qu’il neige pour qu’on rentre dormir chez nous… et encore ! Une année, le 1er mai, il a neigé 15 cm au bord de l’eau. On n’a pas bougé. Une autre année, l’eau du lac est montée. On a été inondé. On a déplacé la caravane… mais on est resté ! »

La frugalité : En changeant d’habitat, on change de conditions de vie. Dans le cas du camping, il s’agit, explique Loïc, de limiter les aspects matériels et vivre plus frugalement :

« Vivre dans 12m2, c’est aller à l’essentiel. Tout est resserré. Tu es obligé de limiter. Être minimaliste. Choisir ce que tu emmènes : tes vêtements, tes livres. En même temps la baignoire est grande (en montrant le lac). »

Des vacances par porosité : Vivre sur un lieu de loisirs ou de villégiature, lorsque l’on travaille, semble diffuser, par porosité, une ambiance positive. Pour Loïc :

« Tous les gens qui sont là sont en vacances. Donc on est en vacances. Il y a une ambiance conviviale, le soir on s’invite pour l’apéro sur de grandes tablées. Mais moi, je travaille. Je ne peux pas faire cela tous les soirs. Donc j’explique que je garde cela pour les week-ends. Le soir, je pars en paddle, je me baigne. Mais pas tous les jours. »

La notion de workation se développe également selon ce principe d’hybridation des temps et lieux de travail et de vacances, en permettant aux nomades digitaux de se retrouver en mode coworking dans des lieux de vacances.

Le déplacement du centre de gravité : Plus de connexion, peu de tâches ménagères… Les priorités sont redéfinies. Le temps s’étire :

« Une fois qu’on est installé ici, on a tendance à faire moins de choses. On a du mal à sortir. Il faut se forcer. On n’a plus envie. On se coupe un peu du monde. »

Etape 3 : flirter avec la frontière du système ?

Être dans l’entre-deux…

Cette pratique d’ensauvagement brouille les frontières entre travail et loisirs, quotidien et vacances. Cet entre-deux renvoie à la liminalité, le seuil, la suspension entre deux états où les règles sociales courantes n’ont plus cours et où la socialité se recompose en créant des « communautas » temporaires et fortes.

Des relations intenses inattendues se nouent puis meurent avec le retour à la vie normale. Pour Loïc :

« Je suis dans un milieu de cadres. Ils ne comprennent pas. Le camping, cela a une image de beauf. On passe pour des doux dingues… jusqu’à ce qu’ils viennent. Et là ils comprennent. »

… Ou sauter le pas ?

Au-dessus de sa caravane, Loïc a hissé un drapeau pirate avec une tête de mort :

« C’était mon cadeau de fête des pères. À ce moment-là, tout le monde avait des drapeaux dans le camping, de son pays. Il y avait une coupe de foot. Cela m’a énervé. J’ai hissé le drapeau pirate. La piraterie, c’est un « modèle » de vie. Égalitaire, auto-géré, libre. Mais il y a des gens qui n’ont pas aimé au camping. Ils ont eu peur, se sont plaint. Alors que cela n’est pas le but. Le principe de la tête de mort, c’est se rappeler qu’on peut mourir à tout moment. Il faut vivre. Bien, et maintenant. C’est une idéologie. »

Pour lui, cet entre-deux est un prélude à un changement de vie plus radical :

« Cela pourrait être mon mode de vie tout le temps. La suite ? On envisage une tiny house. Voire de vivre en communauté. »

Mais sauter le pas en vivant et habitant de façon alternative n’est pas chose simple, que cela soit en termes de normes sociales ou réglementaires. Selon Loïc :

« Le système ne veut pas qu’on vive en mode léger. Les mentalités, le PLU, la législation, etc. tout va à l’encontre de cela : tu ne peux installer une “tiny house” que sur une zone non constructible. Tu dois démontrer que tu peux la déplacer tous les trois mois, photos à l’appui. Donc il faut trouver un paysan qui te loue un champ, parce que sur les zones constructibles, tu n’y a pas droit. Bref, le système fait tout pour éviter les comportements alternatifs. Il faut trouver la faille. »

Mais alors, ces cadres campeurs, que font-ils pendant les vacances ? Et là, c’est une forme de mise en abîme. Pour Loïc :

On a une autre caravane, plus petite alors on part en vacances ailleurs, dans un autre camping, vers la mer. C’est drôle, on part du camping et les gens nous disent : Bonnes vacances ! »

Hélène Michel, Professeur – Serious Games & Innovation Management, Grenoble École de Management (GEM) and Dominique Kreziak, Maître de conférences en sciences de gestion, Université Savoie Mont Blanc

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.

La création d’un itinéraire 0 déchet

Par Alexia LAFITAU, co-fondatrice de l’agence réceptive Mexikoo, basée au Mexique et spécialiste des voyages sur-mesure écotouristiques.


Nous sommes fiers de vous présenter ce premier itinéraire zéro déchet dans la région la plus visitée du Mexique, la péninsule du Yucatán. Depuis la création de Mexikoo, nous nous efforçons de réduire notre impact et celui de nos voyageurs sur l’environnement. Le Mexique reçoit des milliers et des milliers de visiteurs chaque année, et l’impact sur la biodiversité se fait ressentir. Les coraux sont malades, certaines espèces en voie de disparition, des zones côtières souvent très polluées par les déchets ou encore les eaux noires des hôtels reversées dans la mer.  
C’est pour cela que dès le début, l’idée de Mexikoo a toujours été d’allier le voyage avec respect du pays que l’on visite. Nous avons toujours fait en sorte de sélectionner nos partenaires en fonction de leurs initiatives écotouristiques. Par exemple, nous avons quelques partenaires qui travaillent avec des communautés locales, d’autres qui proposent de la crème solaire bio pendant les tours etc. Concernant l’offre hôtelière, nous avons toujours fait en sorte de sélectionner de petites structures à faible impact, en général des hôtels de moins de 20 chambres, avec des initiatives écologiques tangibles telles que l’utilisation de panneaux solaires, de produits biodégradables, recyclage des eaux usées, etc.  

Cette année, nous avons eu envie d’aller plus loin, en proposant un itinéraire “zéro déchet”. La première cible de cet itinéraire est le plastique, qui est le fléau de nos océans. En effet, plus de 60% des produits jetables en plastique termine malheureusement en mer, et affecte la vie marine. Nous l’avons donc totalement éliminé de ce circuit et  fournissons une gourde en inox à nos clients dès leur arrivée au Mexique pour s’hydrater pendant le voyage. Les hébergements et excursions de cet itinéraire proposent des fontaines d’eau potable pour que les personnes disposant d’une gourde puisse la remplir pendant leur voyage. Cela permet d’éviter d’acheter des bouteilles en plastique.  

En plus d’offrir une gourde en inox, nous offrons un sac de bienvenue en tissu aux voyageurs, contenant des produits de voyage bios comme de la crème solaire et de l’anti-moustique biodégradable, ainsi qu’une paille en inox pour siroter leurs petits cocktails.  

Pour l’ensemble de l’itinéraire, nous avons méticuleusement sélectionné chacun de nos partenaires, en fonction de leurs actions écologiques, et n’avons gardé que les plus verts. Les hôtels ont tout particulièrement fait l’objet d’une sélection selon un cahier des charges que nous avons personnellement conçu. Chacun d’entre eux s’est finalement vu attribuer une note écologique, suivant des critères tels que l’utilisation de savons bios, le traitement des produits toxiques, le traitement des eaux usées, l’utilisation de l’énergie solaire, etc. Nous avons décidé d’attribuer une note aux hôtels pour valoriser les établissements qui proposent des actions tangibles pour la protection de l’environnement. C’est très important pour nous de les mettre en avant auprès des voyageurs, car cela demande beaucoup d’efforts d’être éco-responsable.  

D’ailleurs, il a été compliqué de trouver des hôtels qui ne proposent pas de bouteilles/produits en plastique dans les chambres. C’est pourquoi notre itinéraire zéro déchet ne passe pas par la ville de Campeche. Nous avons appelé tous les hôtels de la ville, et aucun n’était prêt à les retirer des chambres. Pour aller plus loin, et convaincre plus d’établissement de rejoindre cet itinéraire, nous avons pour objectif d’envoyer des communiqués aux hôtels afin de leur donner les solutions. En effet, nous nous sommes rendues compte que si nous souhaitons convaincre, nous devons proposer les solutions, et calculer les investissements de ces changements pour les hôtels.  

Les excursions quant à elles sont toutes à mobilité douce, donc sans moteur, allant du kayak, au paddle, en passant par la voile et le vélo. Il était important pour nous de prouver qu’il est possible de créer de belles expériences de voyage, tout en limitant notre empreinte écologique.  

Nos guides partagent aussi nos valeurs d’écotourisme et de développement durable, et les transmettent au quotidien aux voyageurs. Ils protègent les écosystèmes, respectent les animaux et leur environnement naturel. Nous avons des guides qui s’impliquent beaucoup dans la protection de l’environnement comme José à Celestún qui œuvre pour la reforestation des mangroves, ou encore ramasse les déchets dans la biosphère de manière bénévole chaque semaine. Notre mission est de nous entourer d’acteurs passionnés et impliqués afin de faire évoluer le tourisme au Mexique.  

Caractéristiques de cet itinéraire :

Découvrez toutes les richesses de la péninsule du Yucatán de la plus responsable des manières, lors de cet itinéraire zéro déchet : 

  • Les plages paradisiaques des Caraïbes et du Golfe du Mexique ; 
  • Les plus beaux cénotes (puits d’eau douce dus aux formations géologiques de la région) ;
  • La biodiversité locale (faune, flore, jungle, lagune, etc) ; 
  • Les sites archéologiques variés ; 
  • Les villes et villages typiques du style colonial hispanique ; 
  • Une île paradisiaque, idéale pour vous ressourcer avant le retour.

Caractéristiques de cet itinéraire 0 déchet :  

  • Hôtels les plus verts de chaque destination avec de multiples actions écologiques, parmi lesquelles : utilisation de panneaux solaires, recyclage des eaux usées, protection animale, soutien aux communautés locales, ampoules basse consommation, ou encore usage de matériaux recyclables / biodégradables ; 
  • Aucune bouteille plastique durant le circuit, aussi bien dans les hôtels que lors des excursions ; 
  • Excursions utilisant des moyens de transport sans moteur uniquement ; 
  • Voiture basse consommation, bientôt hybride (aucune offre de véhicule hybride au Yucatán actuellement) ; 
  • Kit de l’éco-voyageur Mexikoo :  
  1. Gourde Inox  
  2. Pailles Inox  
  3. Crème solaire biodégradable  
  4. Anti Moustique biodégradable  

Vous retrouverez toutes les informations de cet itinéraire 0 déchet ​ici​ :

Pour en savoir plus, vous pouvez contacter directement Alexia Lafitau, co-fondatrice Mexikoo : alexia(at)mexikoo.com

Réinventer le voyage porteur de sens

Par Alix Gauthier, 34 ans, diplômée de Sciences Po Paris et HEC Entrepreneurs

Après 5 ans de salariat en grand groupe en marketing et communication (Pernod Ricard), j’ai co-fondé Copines de Voyage et Petits trips entre amis, que j’ai quitté cet été. J’accompagne désormais les jeunes entreprises du tourisme dans leurs problématiques de positionnement, organisation et croissance ! Vous pouvez me contacter par mail : gauthieralix@gmail.com


Jamais notre rapport au voyage n’a été autant questionné dans les pays européens. A la rentrée des classes en Septembre cette année, on pouvait entendre beaucoup de parents revendiquer assez fièrement des vacances « 100% made in France ». Émettre un certain scepticisme envers les séjours européens ou longs courriers de 5 à 15 jours, fortement consommateurs en kérosène, en énergie, et en désagréments liés à la surfréquentation touristique des mois de Juillet et Août. Plus particulièrement chez les « CSP+ », ces catégories socio-professionnelles supérieures, dont les moyens financiers en font, à coup sûr, le profil type de clients des réceptifs Togezer.

Et les chiffres de l’été 2019, publiés par le SETO (en octobre 2019), semblent corroborer ces conversations de sortie d’école : la France a connu une croissance des voyageurs de 5,6% (en voyages à forfait), là où le moyen courrier et le long courrier ont déçus (respectivement -4,2% et 0,9%). Bien sûr, les mouvements sociaux français ont eu un impact majeur, mais comment ne pas s’interroger, derrière ces chiffres, sur certains signaux qui apparaissent dans le rapport au voyage des sociétés les plus industrialisées ?

Si certaines tendances de fond pourraient nous laisser craindre un recul du marché de la consommation touristique en chiffre d’affaires, il est plus probable qu’il s’agisse simplement d’une mutation dans notre façon de voyager, par laquelle le voyage devient un événement, plus rare, plus intense, plus riche en terme de sens pour l’individu.

Il y a encore quelques années/mois, la fréquence de vos voyages, l’exotisme de vos destinations, la richesse de vos rencontres locales, étaient unanimement reconnues comme vertueuses. Désormais, l’acte de voyager n’est plus un fait aussi consensuel.  L’acceptation sociale du lourd bilan carbone lié à l’utilisation du transport aérien en est bien sûr une cause directe. Mais d’autres paramètres contribuent à cette modification des perceptions : dans des vies professionnelles soumises au stress, des vies personnelles qui laissent peu de moments de qualité en famille, l’aspiration au « slow travel » semble de plus en plus forte. Et se poser dans un lieu hexagonal, en reconnexion avec la nature et ses proches, un projet qui devient fortement désirable. A l’opposé, donc, des formats traditionnels  de voyages « vacances scolaires », qui nécessitent du temps et de l’organisation en amont et génèrent eux-mêmes du stress et de la fatigue. A fortiori si le voyage implique le passage par des sites ou itinéraires sur-fréquentés, par le cumul de touristes à certaines périodes de l’année, ou l’accélération du tourisme outbound parmi les populations des pays émergents.

Pour autant, je crois assez fortement que ces phénomènes ne constituent pas la mort à petit feu du tourisme moyen et long courrier des français, mais plutôt une mutation en devenir, selon le concept économique Schumpeterien de destruction créatrice. Netflix fait certes trembler Canal +, mais la consommation de contenus vidéos des français n’a jamais été aussi élevée !

Et ceux là même qui revendiquent des vacances 100% françaises formulent aussi, en parallèle, des projets de voyages longs, immersifs, et porteurs de sens.

Pour certains, ce projet sera un congé sabbatique « Tour du monde », en famille, de 6 mois à 1 an, voire plus, pour recréer un lien fort et impérissable au sein de la cellule familiale. L’émission « zone interdite » en a fait sa marque de fabrique, avec 4 à 5 épisodes par an dédiés à ces familles qui changent de vie, partent faire un break pour un tour du monde. Si cette répétition crée une overdose chez certains téléspectateurs, les belles audiences de ces épisodes incitent la chaîne à reprogrammer régulièrement le sujet.

Pour d’autres, ce projet se construit autour du dépassement de soi, physique ou psychologique : une retraite méditative, transformationnelle, une itinérance exigeante en vélo, à pieds, en traversée, chacun à son niveau. Pour un break à un moment de changement de vie, de remise en cause personnelle, suite à un événement personnel ou professionnel. A la manière d’Elisabeth Gilbert dans son récit « mange, prie, aime », ou de ces étudiants ou jeunes actifs qui veulent découvrir le monde lors d’une phase de transition. A l’image de ces quelques 300 participantes qui partent chaque année pour le raid Amazones, des femmes ordinaires, et non pas des sportives de haut niveau, qui sortent de leur confort quotidien, de leurs obligations de maman, pour se confronter pendant 5 jours de raid à des épreuves physiques dans un environnement lointain. Ou bien de « Copines de Voyage », qui permet à certaines femmes de se lancer pour la première fois dans un voyage à l’étranger. Ou encore de ces femmes et ces hommes qui se lancent un défi de dépassement de soi par le biais d’une exploration, avec Explora Project. Ou enfin, de ces passionnés, capables de traverser le monde pour participer à des compétitions ou évènements mythiques, qu’il s’agisse du marathon de New York, du Burning Man festival, ou d’un IronMan (triathlon).

Voyager moins souvent loin, mais dans un cadre plus fortement porteur de sens pour soi. Les projets cités ci dessous ont tous pour dénominateur commun la recherche d’une «expérience mémorable». Comme le rappellent les chercheurs et professeurs Hélène Michel, Dominique Kreziak et Marielle Salvador dans leur article « la microaventure, le voyage en bas de chez soi » : « Une expérience mémorable comprend trois dimensions clés : une dimension personnelle et psychologique liée à l’émotion, une dimension culturelle liée à l’environnement, et une dimension relationnelle. (…) Nous sommes désormais dans une « économie de l’expérience » où les acteurs du tourisme s’organisent pour répondre à cette recherche par l’individu d’un authentique soi (…). »

Les esprits chagrins y verront un rapport plus égoïste au voyage, par lequel on recherche, à l’étranger, un miroir de soi pour y trouver des réponses, une émotion. D’autres se réjouiront que le tourisme moyen ou long courrier retrouve de sa sacralisation, de son exceptionnel, qui marque un point de passage, avec un avant et un après. Et les entrepreneurs y verront une opportunité de réinventer le tourisme de demain, en s’interrogeant sur la façon de réinventer un voyage mémorable pour nos clients !

*étude SETO été 2019, publiée en octobre 2019
** https://start.lesechos.fr/actus/tendances-societe/la-microaventure-le-voyage-en-bas-de-chez-soi-16430.php


S’engager, pas toujours facile mais indispensable !

Par Bianca Von Lieres, namibienne de 47 ans, fondatrice de Matiti Safaris en Namibie.

Diplômée de « Retail Business Management » au Cape Technikon, puis 2 ans guide freelance en Namibie, j’ai fondé le réceptif Matiti Safaris en 1999 avec Gwendal Cochet pour valoriser le patrimoine exceptionnel namibien. Notre réceptif est le spécialiste francophone du voyage sur-mesure en Namibie, l’équipe compte aujourd’hui 60 employés. Contact : bianca@matitisafaris.com


Notre mission est celle de la plupart des réceptifs dans le monde entier : accueillir les voyageurs dans les meilleures conditions possibles et leur faire découvrir les beautés de la Namibie tout en ayant une bonne influence sur les communautés et le pays dans lequel nous vivons.
Cela passe aussi par le bien-être de nos employés, leur formation et leur accompagnement jour après jour. Notre principale clientèle parle français, aussi, nous employons quelques guides étrangers. Néanmoins, notre but principal est d’offrir de nouvelles opportunités aux Namibiens, et leur permettre d’accueillir et guider notre clientèle francophone. Nous offrons une formation complète qui va des techniques de guidage aux cours de français dispensés gratuitement au sein de notre entreprise. C’est un risque certes, car il est arrivé que des guides formés nous quittent à la fin de leur apprentissage, mais nous sommes persuadés que les Namibiens sont les meilleurs ambassadeurs de leur pays, et leur formation est également une garantie pour nos clients et pour notre réputation auprès de nos agents. Aujourd’hui, nous avons parmi nous plusieurs guides namibiens qui parlent couramment français et guident en parfaite autonomie.  

Il ne faut pas oublier notre équipe au bureau : elle a cette même opportunité d’apprendre le français. Tous nos documents de voyage sont en français et sont souvent rédigés par des personnes sans aucune connaissance de la langue française (cela demande une vérification rapide par une personne qui connaît la langue). Pour faire gagner du temps, nous encourageons les consultants à participer aux cours de français proposés gratuitement dans nos locaux, en partie pendant les heures de travail (sur un cours de 1h30, une heure se déroule pendant les heures de travail, et 30 minutes pendant leur pause déjeuner). Environ 50% de nos consultants ont déjà une très bonne notion du français et peuvent le lire (le parler est un peu plus difficile).
20 ans après sa création, Matiti Safaris compte aujourd’hui plus de 60 employés dont la grande majorité est namibienne. Avoir un emploi c’est subvenir à ses besoins, ceux de sa famille mais aussi avoir accès à de nouvelles opportunités au sein de son entreprise. Nous sommes donc fiers de pouvoir rallier nos employés à nos valeurs et faire en sorte ensemble que notre empreinte en Namibie soit la plus vertueuse possible.
Nous nous engageons depuis le début dans des projets solidaires. Nous croyons en effet en un tourisme durable et bénéfique pour tous. Il y a plus de dix ans maintenant, nos employés ont créé un « Social Committee » et aujourd’hui nous avons différents projets et actions mis en place tout au long de l’année :
Nous organisons des soupes populaires dans le quartier de Katutura en partenariat avec l’association Family of Hope qui vient en aide aux enfants défavorisés ou orphelins.
Nous cuisinons et servons des dîners dans une maison de retraite également située dans le quartier populaire de Katutura.
Nous récoltons des habits, jouets et objets courants de seconde main auprès des employés et des voyageurs que nous accueillons et les distribuons lors de soupes populaires ou les vendons à tout petit prix pour récolter des fonds et financer de nouveaux projets.

Les autres projets durables qui nous tiennent à cœur sont :

Le Rhino Tracking

Notre circuit Moringa inclut une excursion avec un ranger local sur les pistes reculées du Damaraland à la recherche des rhinocéros qui vivent en toute liberté dans cette région. Nous proposons également sur demande cette activité dans nos circuits guidés privés.
Matiti Safaris travaille avec les rangers locaux afin de leur fournir du travail, un revenu et de les impliquer dans la protection des rhinocéros. Les rangers reçoivent une formation donnée par le SRT (Save the Rhino Trust). Lorsqu’ils partent avec nos clients en excursion, cela leur permet de donner d’importantes informations aux clients sur l’environnement, leur travail, les rhinocéros mais aussi de faire une patrouille anti-braconnage en bénéficiant de notre véhicule pour cela et de noter tout comportement anormal afin de le reporter ensuite.
En 2018, l’association Save the Rhino Trust travaillant dans la région du Kunene, est fière d’annoncer la naissance de 9 rhinocéros dans la région Erongo-Kunene, contre 0 rhinocéros tué par des braconniers.
Une victoire dans la protection de ces animaux et la lutte contre le braconnage !  Rhino + 9 ; braconniers 0

Go Green Matiti #Less Plastic Is Fantastic

Durant nos circuits guidés, pour augmenter la qualité de notre service, nous offrions chaque jour de l’eau en bouteille à nos voyageurs, qui était jetée une fois vide. Afin d’augmenter notre engagement écologique, et de diminuer la pollution plastique en Namibie, les voyageurs recevront désormais une gourde en cadeau de bienvenue, qu’ils pourront remplir au fur et à mesure du circuit avec de l’eau filtrée stockée dans des containers de 10 litres. Chaque container est stérilisé et réutilisé. Le guide assistera les clients pour remplir leur gourde.
Si vous le souhaitez, pour un coup minime nous pouvons faire mettre votre logo avec celui de Matiti Safaris sur les gourdes. Merci de me contacter si cela vous intéresse.

 Let’s keep Namibia picture perfect !

TOSCO Sponsorship

TOSCO (Tourism Supporting Conservation – https://tosco.org/) est une association namibienne à but non lucratif œuvrant pour le tourisme responsable et la préservation de l’environnement. TOSCO soutient la recherche scientifique, ceux qui vivent avec la faune sauvage et la sensibilisation du public pour le bénéfice de tous.
TOSCO s’engage à augmenter l’impact positif du tourisme sur trois niveaux :

  • Économique en créant des bénéfices financiers pour les communautés locales
  • Social en prenant soin et en respectant les cultures traditionnelles et locales
  • Environnemental en protégeant la biodiversité (faune, flore, paysages)

Matiti Safaris est le sponsor le plus important de l’association TOSCO afin de soutenir ses différents projets : participation aux frais d’adhésion annuelle, versement volontaire d’une contribution fixe pour toute personne faisant des excursions dans les rivières de la région du Damaraland (notamment à la recherche des éléphants du désert, c’est-à-dire dans l’Huab/Aba-Huab, Hoarusib, Ugab…), financements de projets ponctuels au cours de l’année (ex : pour le comptage de la faune sauvage en partenariat avec le Ministère de l’Environnement et du Tourisme et autres associations).
En plus d’un apport financier, l’équipe de Matiti Safaris participe bénévolement et de façon régulière aux événements/projets organisés durant l’année.

Go Green Matiti #CarbonOffSettingProgram

Durant nos voyages, il ne nous viendrait pas à l’idée de laisser des détritus derrière nous et nos guides font de leur mieux pour sensibiliser nos voyageurs sur ce sujet. Mais il existe aussi une pollution invisible qui est celle des moteurs de nos véhicules. Le tourisme est aujourd’hui responsable à hauteur de 8% du réchauffement climatique mondial. Mais la bonne nouvelle est que des arbres peuvent nettoyer cela après notre passage. Encore faut-il les planter !

En 2018, Matiti Safaris a pris part de façon active au projet de pépinière avec TOSCO et ELOOLO PERMACULTURE (http://www.tosco.org/cleantravel).
Depuis le 1er janvier 2019, cette formule est automatiquement incluse dans tous nos départs garantis (Moringa, Visions Australes et Namibian Highlights). Et proposée en option pour nos circuits en version privative aux agences.
Le but étant de proposer à nos/vos voyageurs de réduire leur empreinte écologique en Namibie durant leur voyage en sponsorisant des arbres qui seront plantés afin de compenser les émissions de carbone émises par les véhicules.  
C’est un pas majeur vers un tourisme plus durable que nous prenons ensemble. Un opérateur touristique tel que Matiti Safaris se doit de montrer l’exemple et de prendre ses responsabilités dans le combat contre le réchauffement climatique.

ELOOLO PERMACULTURE plante des arbres dans les communautés locales et les écoles qui en prennent soin et en bénéficient directement à l’aide d’un système de permaculture mis en place, permettant aux familles de profiter des différentes cultures pour se nourrir et en retirer des revenus complémentaires.

Investissement dans l’immobilier

Investir dans l’immobilier est une façon d’aider les personnes à gagner un revenu supplémentaire. Il est difficile pour une personne en Namibie de pourvoir acheter seule sa maison. Nous avons alors créé des associations d’employés avec l’aide de Matiti Safaris pour permettre aux personnes travaillant chez nous d’investir et d’être actionnaires à hauteur de leurs moyens dans l’immobilier.  Une fois cet investissement payé, ils retirent des bénéfices des loyers payés.

Bien sûr nous pouvons toujours mieux faire, et on continue à chercher de produits locaux intéressants à soutenir et des nouveaux projets à développer (toutes vos idées sont les bienvenues !). Le plus important, c’est de commencer quelque part, et d’avancer dans la direction qui bénéficie à tout le monde !

Compensation carbone, Certifications, RSE… Pour la (dé)croissance verte ?

Par Fabrice Pawlak, 49 ans, co-fondateur Togezer.


On s’est rendu à la grande messe worldwide de l’ATTA, cette fois-ci à Goteborg, qui réunit tous les ans 800 supposés leaders du travel adventure. Et cette année, le sujet c’était  “climate changes”. Il y eut un côté Silicon Valley et goodys à gogo, écrans super géants comme d’habitude, des VIP de toutes les couleurs, des winners leaders, une poignée de loosers sceptiques franco-italiens (nous), et des sponsors prestigieux comme AirBnb, et aussi des conférences souvent intéressantes dont la meilleure, cocorico, fut pour moi celle donnée par Eric Balian, de Terdav, qui racontait avec pertinence leur aventure pionnière dans la “compensation carbone”. Le show de clôture fut dantesque avec la conversation entre le CEO de l’ATTA et l’ex-ministre du tourisme de Jordanie et ex-haut-fonctionnaire de l’ONU. Le message final c’était : “ Growth green, stronger, further, higher ! ”, un condensé de la pensée transhumaniste victorieuse californienne. Pour être juste et complet, l’ATTA demeure ze place to be pour rencontrer plein de gens, réseauter, renifler les tendances ou simplement l’air du temps donc le lieu idéal pour les croissancistes verts mais ambiguë pour les décroissancistes verts de mon espèce.

Il fut essentiellement question de comment compenser la toxicité des vols aériens de nos clients, en plantant des arbres par exemple, mais rarement de comment réduire le bilan carbone du tourisme tout simplement.

Je ne parviens pas à comprendre qu’en augmentant le nombre de voyageurs dans le monde, on puisse favoriser l’environnement, même en compensant par la plantation d’arbres.

Et aujourd’hui, on se pose la question: “ Faut-il faire de la compensation carbone ? ”, tout en regardant de près ce que font nos homologues réceptifs ou les distributeurs. 

Je reconnais volontiers les bienfaits pour le climat de la compensation carbone, car c’est bien ce qui compte : est-ce mieux pour la planète ? 

Je crois pour ma part que la compensation carbone, c’est promouvoir la croissance verte, et je ne crois pas à la croissante verte. Je suis simplement pour la décroissance (de consommation de ressources/habitant et donc de PIB, car la corrélation énergie-pib-climat est très forte) et je pense même qu’elle est souhaitable, déjà enclenchée et inéluctable et que nous nous dirigeons rapidement vers un monde low tech et low carbone. Évidemment, la décroissance s’oppose à l’ADN de l’entrepreneur que je suis et est le cœur de mes propres contradictions au quotidien. Je ne suis pas un exemple, mais j’y pense et à force d’y penser, je change.

Concrètement, cela veut dire moins voyager en avion.

Faut-il compenser nos voyages ?

Quelques ordres de grandeur pour les GES (gaz à effet de serre, responsable principal du réchauffement climatique https://jancovici.com/changement-climatique/predire-lavenir/de-combien-la-temperature-peut-elle-monter/)

L’essentiel des GES de source humaine, ce sont :

  • rendre l’énergie disponible et consommable (centrales thermiques, réseaux, transports, raffinages, …) ;
  • l’habitat (cimenterie, climatisation et chauffage) ;
  • la transformation en biens intermédiaires (bois en planches, roches en parpaings, …) ;
  • la mobilité et le transport au quotidien des gens et des marchandises ;
  • l’alimentation (et en particulier la viande rouge).
manque la première source de GES: la production d’énergie disponible.

Il faut comprendre ici que la solution n’est absolument pas d’arrêter de voyager et de ne rien changer à notre quotidien. L’objectif raisonnable est de réduire de 4% par an en moyenne nos rejets en GES, à partir de maintenant, donc en gros notre consommation en énergie fossile (gaz, pétrole, charbon), tout en faisant le reste aussi.
Pour avoir un impact sérieux et durable, il faut d’abord mieux isoler son habitat ou construire sa maison différemment et réduire de 1°C la température ambiante et mettre un pull le soir en hiver. Ensuite, arrêter d’acheter des SUV (4×4 citadin) et modifier sa mobilité au quotidien, manger beaucoup moins de viande rouge, baisser sa consommation courante d’objets souvent inutiles, par exemple ne plus suivre les modes vestimentaires, aller vers le zéro déchet, de meilleurs emballages, … et pourquoi pas aller vers de la mutualisation ? (pourquoi ne pas partager un taille-haie entre voisins ?), du co-voiturage, de la colocation, vers l’économie circulaire, la réparabilité des objets, la fin de l’obsolescence programmée, l’interdiction des panneaux lumineux de publicité surtout la nuit (ou supprimer la pub ! de toute façon, qui la paie ?), interdiction des réchauds de terrasse dans les cafés, etc. changer progressivement et collectivement notre consommation de ressources… sobriété.

C’est certain, voyager une fois par an et plus longtemps et moins loin au lieu de trois fois en low-cost pour des week-ends à Barcelone, Prague et Malaga, sera aussi très bénéfique à mon bilan carbone. Et arrêter de prendre l’avion encore mieux ou simplement le remplacer par le train quand c’est possible. 

Ensuite, je note :

“Le numérique émet aujourd’hui 4 % des gaz à effet de serre du monde, soit davantage que le transport aérien civil. Cette part pourrait doubler d’ici 2025 pour atteindre 8 % du total – soit la part actuelle des émissions des voitures. Tandis que la contrainte climatique impose une baisse drastique des émissions mondiales de gaz à effet de serre dans les prochaines années, le numérique accroît sa consommation d’énergie de 9 % par an.”

(rapport résumé ici: https://theshiftproject.org/article/climat-insoutenable-usage-video/)

A noter que l’essentiel de la pollution numérique provient des vidéos en streaming, et en particulier des vidéos Facebook et Netflix, qui se lancent désormais sans même le demander. Et de l’obsolescence programmée et de la non-réparabilité de nos smartphones. Il suffirait donc d’avoir une consommation numérique plus sobre et d’éviter les vidéos en streaming (netflix, facebook, insta, …). 
Ne devrions-nous pas dans notre RSE interdire l’usage des réseaux sociaux privés pendant les heures de travail dans nos entreprises et éduquer nos collègues à une consommation plus sobre du numérique et acheter du hardware réparable, au moins dans nos bureaux ? 

Ce que je veux d’abord dire, c’est que le transport aérien civil émet environ 6% des émissions GES françaises (beaucoup moins pour les pays pauvres). C’est trop mais là n’est pas l’essentiel des GES.

Pour autant, Togezer, même si tout le monde s’en fout, est favorable à des taxes progressivement plus importantes sur le kérosène aérien et de manière générale favorable à des taxes sur tout ce qui est carboné. Et pourquoi pas pour un rationnement par habitant des voyages aériens récréatifs.

Ensuite, techniquement, il est bon de savoir :

  • Le parcours vers le lieu de vacances constitue, en général, 85% des émissions en GES (voyages lointains). La partie locale, résiduelle, qui incombe au réceptif, est à comparer à l’éco-empreinte du client s’il partait ailleurs ou s’il restait à son domicile, et a priori, son comportement sera le même. Nous sommes effectivement en faveur de la production locale, et de la consommation locale et en faveur d’améliorer l’utilité du voyage.
  • Pour l’aérien : il y a peu de différences en terme d’émissions en GES, entre un vol de 500 km ou de 1000 km, car le décollage et l’atterrissage représentent la principale dépense d’énergie. Parfois, on “doit” le remplacer par le train (pour les pays produisant leur électricité au nucléaire, sinon ça ne marche pas pareil !). 
  • Nous pensons que plus on voyage, plus on doit consommer local, rendre son voyage utile et partir longtemps. Il n’y a plus de sens à aller au Japon pour des vacances de 5 jours, ou de partir faire un trek de 5 jours en Patagonie et d’appeler cela un éco-voyage parce qu’on marche à pied. Par exemple, on pourrait s’interdire de vendre des voyages courts s’ils sont lointains (par exemple 1 jour min par 1000 km, c’est une idée).
  • Prendre l’avion ? Il est juste de dire : si je ne prends pas l’avion demain, il partira quand même; que je le prenne ou pas, cela ne change rien au climat. Par contre, si je fais le trajet en voiture, mon empreinte sera plus importante. Il est juste aussi de dire : « si tout le monde pense ainsi, alors le trafic aérien ne baissera jamais et nous sommes mal barrés ». 

Nous pensons au final que chacun doit faire sa part, car nous avons besoin des politiques et les politiques ont besoin de nous :

  • Aux gouvernants d’instaurer de fortes taxes sur le kérosène ou de rationner les déplacements récréatifs en avion.
  • A chaque citoyen de moins voyager en avion et d’éviter de prendre l’avion, à chaque citoyen de s’informer sur les conséquences et de son niveau de consommation. Tout le monde devrait être éduqué au sujet. Comme pour les paquets de cigarettes, on pourrait avoir des photos horribles sur son billet d’avion.
  • Si quelqu’un doit faire de la compensation carbone, c’est à la compagnie aérienne, et pas au TO, ni au réceptif. 
  • De toute façon, à la fin, c’est le consommateur qui paye, non ? Tant sa taxe que les conséquences du désastre écologique en cours. Mais la taxe pourrait servir, justement, à financer le combat, plutôt que “pas de taxe” et d’attendre la hausse inéluctable du prix de l’énergie, qui sera alors payée directement au producteur. La taxe “maintenant” reste chez nous, mais la hausse (taxe différée) partira en Russie ou au Moyen Orient, ou encore au Canada ! (La France achète du pétrole “sale” canadien mais s’interdit d’en extraire en Guyane… c’est incohérent, non ?)

Tout cela, ce sont les arguments du professionnel de tourisme que je suis. J’aimerais ajouter les arguments techniques et scientifiques, qui ont eu raison de mes doutes, vous ne perdrez pas votre temps, je vous le promets :

5 mn de lecture ici et Togezer vous octroie le Niveau 1 en compensation carbone : 
http://www.carbone4.com/neditespluscompensation-de-compensation-a-contribution/

5 mn de lecture et Togezer vous octroie le Niveau 2 en taxe aérienne :
https://theshiftproject.org/article/aerien-climat-fiscalite-manuel-auto-defense-intellectuelle/

Quelques heures de lecture et vous n’aurez plus aucune chance de bosser à Air France (tentez toujours Togezer) :
http://www.carbone4.com/decryptage-mobilite-compensation-jetblue/
http://www.carbone4.com/?s=avion
aussi :
https://www.alternatives-economiques.fr/faut-arreter-de-prendre-lavion/00089449

Si vraiment, il subsiste des doutes, alors voici un article écrit par un expert qui explique pourquoi, dans la pratique, la compensation carbone ne rime pas forcément avec action pour le climat.

Le positionnement togeZer

Togezer croit à un monde de demain qui sera low-tech, low-carbone, et que la responsabilité sociétale et environnementale du réceptif est de favoriser un tourisme plus sobre en ressources et en énergie, et de réfléchir à des voyages plus vertueux (apprenant, utile, éducatif, rencontres, sérendipitiques). 
Ce n’est pas le rôle du réceptif que de faire de la compensation carbone. Je peux en faire en tant que citoyen !

Faut-il poursuivre le tourisme ?

Nous nous sommes posés la question. Au final, notre réponse est oui. Voici quelques arguments et nous pourrons passer à la dernière partie, la Responsabilité Sociétale et Environnementale d’Entreprise  (RSE) et les Certifications. 

  • Mon-Super-Réceptif n’a aucune influence sur le nombre de touristes sur ma destination. Si nous stoppons notre activité, cela n’aura aucune influence sur le climat, et cela n’aura qu’une seule influence, c’est que nous et nos employés devront trouver un travail, et pourquoi pas, former un club avec les hôteliers, les guides et les restaurateurs eux aussi réduits à changer d’activité. Et pour quoi faire ? Un travail de commercial qui parcourt les routes toute l’année ? Travailler dans une usine de voiture ? Élever des vaches qui rejettent plein de méthane ? Pointer au chômage et se mater Netflix toute la journée ? Vivre dans les bois et manger de l’herbe ? Ou prendre le boulot du moralisateur car lui, sans doute, a une activité non polluante et un comportement irréprochable ?  Nous pensons que la solution n’est pas d’interdire le tourisme, la voiture, les usines, les radiateurs, l’achat de vêtements, la mobilité, le numérique, et de mettre tout le monde au chômage, et donc de supprimer aussi toute fonction publique (c’est bien le privé qui finance le public). Nous pensons même que le voyage possède, comme beaucoup de choses, des vertus d’éducation, d’échanges, de divertissement, de rencontres, de découvertes, de vie tout simplement. Il faut continuer à voyager, et plutôt près de chez soi, tout en connaissant l’éco-empreinte de son voyage pour la diminuer.
  • Nous pensons que la solution, et nous ne sommes pas loin de penser qu’il s’agit là de la meilleure, est que chacun s’informe, puis informe son entourage et que chacun, à son niveau, qu’il soit président de la république, ouvrier agricole, boulanger, fonctionnaire ou agent de tourisme, réfléchisse à comment réduire sa consommation personnelle et professionnelle et à comment se préparer au monde de demain.
    (Togezer lance une bibliothèque complète sur le sujet, ouverte à vous tous, à voir dans un autre article).
  • Arrêter le tourisme en Tunisie ? … Il s’agit de la première industrie du pays, en situation de non-suffisance alimentaire. Arrêter le tourisme en club en Tunisie, c’est prendre le risque de plonger la population tunisienne dans de sales draps et d’obtenir pire que des rejets en GES des low-costs. Le tourisme reste un gros fournisseur d’emplois, et l’emploi la première source de stabilité, n’est-ce pas d’ailleurs la plus grande vertu du tourisme ? 
  • Nous pensons que le plus important, ce n’est pas de changer de métier mais de vivre différemment au quotidien. Les caravanes d’antan, socle à la diffusion des idées, du commerce et de la paix, seront remplacées par les voyages sobres de demain, nécessaires et véhicules de nos mythes et croyances.

Certifications et RSE

Certains parmi vous sont certifiés (ou en cours) depuis des années auprès de Tourcert, Travel life, B-corp, parmi les certifications les plus reconnues. Aussi, on vous suit de près et merci à ceux qui ont partagé leur expérience dans ce Yakafokon. 

De vos expériences, j’en tire les enseignements suivants:

  • Une certification est bénéfique avant tout pour le mode d’emploi et le suivi qu’elle propose.
  • Le coût principal, au final, ce sont les ressources humaines internes (comme pour le déploiement d’un software).
  • Il faut associer dès le départ l’ensemble des parties prenantes.
  • Une certification est un long processus laborieux qui s’avère bénéfique et finalement rentable.
  • Le processus de certification est l’occasion de tout revoir et de fédérer les troupes autour d’un projet positif.
  • C’est sans doute mieux que de ne rien faire.

Togezer s’intéresse fortement à ce sujet car depuis le début, nous envisageons de créer notre propre label, contraignant ou pas, mais quelle légitimité, quelle crédibilité, quel objectif ? Ou de nous faire certifier nous-mêmes. Pour ensuite pouvoir vous conseiller, car c’est notre rôle.
Dès que Marion de Terra Andina Pérou m’a prévenu de sa certification Tourcert, en pleine crise environnementale, je suis allé voir sur le site web de Tourcert pour trouver quelque chose qui justifierait d’abord le tourisme. Même chose pour Travel Life. Et je n’ai rien trouvé sinon des préconisations de type “hôtel sans clim”, “fournir des pailles en bambou aux clients”. Et cela me gêne et pour m’expliquer, je CARICATURE:
Je suis fabricant d’armes et je me fais certifier par l’organisme Killing Softly. Ou je suis vendeur de tabac et je me fais certifier par l’organisme Smoke & Health… à partir du moment où l’organisme est partie prenante de mon industrie, donc s’il y a le mot TRAVEL ou TOUR dans son nom, il ne remet pas en cause mon industrie, et il participe sans doute à la croissante verte.
Donc je suis allé voir avec beaucoup d’intérêt le label B-Corp, dont on me parle depuis plusieurs années, lequel n’est pas dédié spécifiquement au tourisme.
Voilà ce qui j’y trouve, en homepage (les fautes d’orthographe sont d’origine !):

source : https://bcorporation.eu/about-b-lab/country-partner/france

Ensuite, en lisant sur le site web, je comprends que personne de chez B-Corp ne viendra vérifier sur place mes réponses au questionnaire online, et que cela me coûtera, selon mon CA, de 2 000 à 30 000 us$ tous les 3 ans, et que 40% de cette somme sera reversée à d’autres ONG par B-Corp. 
Cette présentation officielle indique qu’il s’agit plus de marketing ou de management que de sauver le monde. Bref, est-ce que le climat se fout de ma certification B-Corp ? Est-ce que ma certification B-Corp flèche vers une décroissance de conso ressources/habitant ? Et si ce n’est pas le cas, ne ferais-je pas mieux de simplement installer chez moi un récupérateur d’eaux pluviales ? A celui qui me répondra “les deux !”, je lui dis: “je suis limité en temps et en ressources, je dois prioriser, je ne peux en même temps me certifier, partir en promo en vélo, isoler ma maison, trier des déchets, … soyons aussi efficients car la transition est d’abord un arbitrage constant !”.

Nous, nous arbitrons pour la mutualisation

Alors que faire ?
Sans doute continuer à lire vos partages d’expérience sur votre certification, et pourquoi pas tenter ici ou là telle certification.

A ce jour, nous pensons plutôt à plusieurs voies à suivre, dans les prochains mois :

1° Approcher un organisme indépendant et détaché du tourisme theshiftproject.org, et leur demander de nous aider à développer une certification, un label, une charte, qu’importe. Ou pourquoi pas, leur demander de certifier les réceptifs Togezer ? Pourquoi pas devenir un partenaire de theshiftprojet.org ? Bref, nous sommes de grands fans et gros lecteurs de theshiftproject.org. Au pire, nous nous en inspirerons beaucoup. En tous les cas, Togezer qui représente x réceptifs concernés a des chances de les intéresser. Nous vous tiendrons informés.

2° L’intelligence collective.
Organiser assez vite un débat avec tous les membres et même les non-membres en vue de co-construire un label, une charte, une RSE commune et sans doute informelle au début. Nous croyons beaucoup à notre rôle d’organiser ce club de réflexions autour du voyage vertueux et de l’entreprise sobre (organisation interne). Il est évident pour nous que l’intelligence collective des memberZ et leur envie de partager et d’avancer permettront de construire ce cahier des charges. En étudiant toutes les RSE, propositions, suggestions, expériences et en organisant un espace de réflexion commun, centralisant tout cela, en bossant le sujet, en collaborant avec les bons organismes, nous avons confiance en notre capacité un sortir du bon dans les prochains mois.

Merci aux volontaires/candidats de nous envoyer un email avec le sujet: “je veux mon maillot !”. Et nous vous inviterons à notre espace de travail numérique et nous vous mettrons dans la boucle. Et qui sait ? Peut-être cela se terminera par un forum de 3 jours à refaire le monde d’ici septembre 2020.

Avant tout, nous pensons que le plus important, c’est de modifier notre jauge : la richesse produite ne doit pas être qu’exclusivement financière. Nous allons tenter de rassembler les réceptifs qui partagent cette idée.

Nous pensons que si notre démarche est sincère, sérieuse, engagée, alors une partie du marché le reconnaîtra et préfèrera travailler avec un DMC Togezer. Il n’y a aucune raison qu’un directeur de TO ou de réseau d’agences ne pense pas comme nous. Nous partageons sans doute le même constat, alors pourquoi pas l’envie de travailler ensemble ? Et si cela ne marche pas, tant pis, nous aurons essayé, sans regret. 

3° BIBLIO
Participer activement, intelligemment, à la conscientisation de nos interlocuteurs : nous-mêmes, nos employés, nos prestataires, nos clients, nos familles, nos copains.

4° RSE propre à Togezer: 
Ne plus participer/financer la croissance pour la croissance. Réfléchir à une nouvelle jauge de la richesse produite qui ne peut pas être exclusivement financière.

J’ai envie de terminer par un morceau du texte lu ce matin sur lemonde.fr : https://www.lemonde.fr/idees/article/2019/08/16/ecologie-climat-l-effondrement-n-est-pas-ineluctable_5499848_3232.html
Les signataires : du beau monde, vous jugerez.

“L’une des perspectives invite chacun de nous à agir à sa place, depuis le plus humble citoyen jusqu’aux plus hauts décideurs politiques, financiers et industriels. Elle nous invite à une double lucidité autant sur les risques écologiques majeurs qui nous menacent si nous n’agissons pas maintenant, que sur la force de résilience de l’humain et de l’ensemble du vivant.
Loin de tout romantisme mièvre, c’est l’expérience concrète de l’amour de la vie, la tendresse partagée entre nous et avec notre environnement – bien plus que la panique face à la fin du monde – qui invitent à agir. Seule la soif d’un monde plus humain peut nous donner l’énergie collective nécessaire à l’invention d’une sobriété heureuse et nous sortir de notre fascination morbide pour l’accumulation de nos déchets. Cet amour peut et doit être exigeant. Le temps presse.”

L’Édito de Tom, le vrai…

Mais tu peux pas être écolo ! Tu vends des voyages !

Voilà ce que vous risquez d’entendre les prochaines années… voilà ce que nous entendons parfois depuis quelques mois; depuis que nous avons eu une crise “d’éco-conscience”.
Fabrice, mon associé, a commencé à m’envoyer des “signes” courant juillet en me demandant comment était le climat à Marseille, ce que j’en pensais. Je répondais naïvement “Ben il fait chaud et j’adore quand il fait chaud…
C’est en août, quand il m’a appelé que j’ai vite senti que beaucoup de choses se bousculaient dans sa tête. Il me recommanda alors d’écouter Jean-Marc Jancovici et son interview sur le site de Présages : https://www.presages.fr/blog/2018/3/12/jean-marc-jancovici.

Et à partir de là, il n’a eu cesse de m’alimenter de livres, podcasts, vidéos sur le sujet… mon associé a été mon “déclencheur” sur cette prise de conscience.
Chacun aura son déclencheur, son révélateur, et nous avons décidé que Togezer devait essayer humblement de jouer ce rôle en lançant une réflexion, un think tank autour de ce sujet.

De quel sujet parle-t-on ?

Ce que nous avons réalisé dernièrement, ce n’est pas juste que la Terre se réchauffe et que l’humanité pollue trop. Nous l’avons traité d’abord comme de la gestion de risques en évaluant les conséquences et les probabilités de chaque scénario sur la table: conséquences politiques, économiques, sociologiques, professionnelles, personnelles. Au final, cela a affecté notre manière de penser et d’appréhender l’avenir.
Cette vidéo courte et dynamique définit bien le sujet : cliquez ici pour voir la vidéo

Sans vouloir faire une explication exhaustive, voici quelques éléments clés sur notre cheminement.
L’Homme est obsédé par le concept de croissance de la production. Tout notre système économique actuel est basé là-dessus.

Il est également basé sur un postulat de départ exprimé par Jean-Baptiste Say dans son cours complet d’économie politique pratique, en 1828-1930 :  » Les ressources naturelles sont inépuisables, car sans cela nous ne les obtiendrions pas gratuitement. Ne pouvant être ni multipliées, ni épuisées, elles ne sont pas l’objet des sciences économiques.  » 

Malheureusement, ce postulat est faux, on le sait aujourd’hui avec certitude, les ressources sont épuisables et ne sont pas gratuites.

Rien de nouveau sous le soleil me direz vous. Mais imaginez un monde où effectivement le coût de l’énergie augmente drastiquement, débouchant sur une augmentation forte du prix de tous les produits carbonés, c’est à dire à peu près tout. Essayez de passer une journée à réfléchir à l’impact carbone de tout ce qui vous entoure, de ce que vous achetez, de ce que vous jetez…
C’est à devenir fou de se rendre compte à quel point nous sommes intoxiqués au pétrole, à la croissance…

Le système est lancé dans une course folle, nous sommes tous conscients de cela et nous ne savons pas comment le ralentir, l’arrêter. A sa manière, chacun y va de son geste, de son implication tant que cela ne bouleverse pas son confort. C’est tellement difficile d’essayer de changer ! Je vis toutes ces contradictions au quotidien.

Alors que pouvons-nous faire ?
Cet article résume bien la problématique :
https://youmatter.world/fr/ecologie-eco-gestes-impact/

La solution viendra de ceux qui osent “rêver et imaginer ”

La solution doit venir des citoyens mais aussi de ceux qui ont un impact plus global.
Malheureusement, les grands acteurs économiques, les hommes politiques n’arrivent pas à prendre conscience de l’urgence, ou tout simplement n’arrivent plus à sortir du système en marche.

A quel moment la prise de conscience s’emparera de tous ces acteurs ?
A quel moment cela déclenchera l’innovation, l’invention suffisante pour ralentir et permettre de continuer à croître autant en ayant un impact écologique minime ?

Nous n’avons évidemment pas la réponse à cela et nous ne portons aucun jugement face à ce manque de réaction.

Cependant, nous pensons qu’une part de la solution viendra de ceux qui osent rêver, imaginer un monde différent et meilleur.
Cette peur, ou cette déprime qui peut s’emparer de nous face à un constat anxiogène, sera génératrice d’idées et nous poussera à nous réinventer.

Alors, humblement et parce qu’il faut bien commencer quelque part, nous allons lancer Togezer et ses membres dans cette réflexion commune. Beaucoup d’énergie se dégage de cette “bande de réceptifs” que vous êtes et de tous ceux qui “virevoltent” autour de Togezer.

Imaginez si nous mettons toute cette énergie à réfléchir à un tourisme différent, meilleur.
Imaginez si nous réfléchissons ensemble à rendre nos entreprises plus durables, autant écologiquement qu’économiquement.
Imaginez que nous réfléchissions ensemble à des systèmes de management et d’organisation plus horizontaux et plus justes…

Dans 20 ans, même si on se trompe, on aura participer à changer certaines choses et on l’aura fait ensemble… Togezer…
Tous ces changements vont clairement avoir un impact sur notre métier qu’on le veuille ou non, en tout cas, je le crois.
De quelles manières ? Je n’en sais rien. Les touristes vont-ils arrêter de prendre l’avion et se tourner vers la micro-aventure ? 
Vont-ils décider de voyager plus longtemps dans chaque destination, en voyageant moins mais mieux ?
Allons-nous être obligés de voyager virtuellement via des casques de réalité virtuelle ?

Des questions plus larges se posent aussi. En terme de management par exemple, les nouvelles générations arrivent sur le marché du travail avec cette volonté de donner du sens à leur métier, à être des éco-citoyens responsables et ils cherchent un système plus juste, loin des modèles verticaux que nous avons connus.

Puis, nous avons dressé chez Togezer quelques pistes de réflexion en anticipant le prochain numéro du Yakafokon qui aura pour objet : “ Quelles solutions pour après-demain et comment augmenter l’intérêt sociétal de nos entreprises ?
Ce sera le thème du prochain Yakafokon, à sortir dans quelques mois, et l’idée est d’aller au delà du constat et tenter d’inventer le voyage de demain. Nous avons déjà reçu une dizaine d’articles remarquables, voici un petit teaser: le slow travel, cinema&voyage, famille&voyage, voyage et serendipité, voyage local, le trek2020, partager la vie locale, l’oenotourisme, microaventure, voyage & tour du monde en voilier…

Vers un plan B

Je suis associé de Terra Group, un groupe de réceptifs, co-fondateur de Togezer et je ne m’imagine pas en tant qu’entrepreneur ne pas commencer à réfléchir à un “plan B” face à ce qu’il se passe. Je ne souhaite pas que nos associés, nos salariés, nos partenaires externes, et par extension ma famille et moi-même soyons impactés par ce qui risque d’arriver faute de “courage et de vision”.

Le plan B : c’est utiliser notre réseau, notre expertise et bouleverser notre business model, nos organisations pour nous préparer à ce qui arrive.
Dans le cas du tourisme, cela peut nous amener à remettre totalement en cause le produit que l’on vend : le voyage.
Un réceptif a souvent un excellent réseau local, en plus de vendre du voyage c’est un fabuleux logisticien, avec des équipes bien implantées dans le pays qu’il opère.

L’objectif du plan B est d’utiliser ces ressources pour développer une autre entreprise en parallèle de son métier actuel. Ainsi son entreprise a deux activités, et en cas de chute du tourisme alors il peut bifurquer sur l’autre activité.
Comme disait Lavoisier : “Rien ne se perd tout se transforme” et le réceptif pourra alors s’en sortir. 

Et dans le meilleur cas, c’est à dire le cas où nous aurions tort et que le tourisme continue sur sa croissance, que l’on trouve des solutions vertes et durables pour continuer à voyager, alors nous aurons deux métiers et nos entreprises seront encore plus florissantes.

Ce n’est pas la première fois que nos entreprises sont confrontées à une telle transition. Ces débats ont également eu lieu lors de la transition digitale qui a bouleversé notre métier.
Ces transitions entraînent la confrontation de deux “visions” de l’avenir faisant appel aux mêmes leviers.
Cet article détaille bien les liens entre ces deux transitions : https://www.cairn.info/revue-responsabilite-et-environnement-2017-3-page-5.htm#

Pour Togezer, nous allons mettre en place ce plan B.
Nous réfléchissons encore à différentes pistes.

Ce numéro a pour but de faire un constat de ce qui se fait chez différents réceptifs ou acteurs du voyage.
En essayant de répondre à la question : “ Comment réduire l’éco- empreinte du tourisme ? ”.
Pour cela, nous ouvrons le débat, la discussion, vous êtes tous amenés à donner votre avis, nous parler de vos solutions.

Pour les moins informés sur le sujet, nous avons mis en place une médiathèque, non-exhaustive, de nos meilleures lectures, podcasts ou vidéos.
N’hésitez pas à nous en demander l’accès à fabrice@togezer.travel ou à nous écrire afin d’y contribuer.
Cette médiathèque collaborative a pour but de recommander à chacun des lectures sur ce sujet vaste et complexe.

Puis, nous avons dressé chez Togezer quelques pistes de réflexion en anticipant le prochain numéro du Yakafokon qui aura pour objet : “ Quelles solutions pour après-demain et comment augmenter l’intérêt sociétal de nos entreprises ? “

Ce numéro n’aurait jamais vu le jour sans le travail remarquable de Fabrice, Emma et Sarah, qui en quelques semaines ont réuni ces articles et monté la médiathèque. Bravo à eux !
Également un grand merci à tous les rédacteurs qui ont pris le temps malgré leur quotidien chargé pour écrire des articles de grande qualité ou répondre à nos interviews.

Ce numéro “transpire” les valeurs de Togezer : associativité et collaboration.
C’est le deuxième Yakafokon seulement mais nous en sommes très fiers et cela ouvre de belles perspectives et promet des discussions passionnantes.

C’est un très beau cadeau de Noël en avance !

Bonne lecture et “ bon bout d’an” (comme on dit dans le sud)