Le Grand baZar de la rentrée

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Étiquette : Vietnam

#tourisme de masse #authenticité #RSE #population locale

Par Van Thai Nguyen, 34 ans, responsable marketing et produits de l’agence réceptive familiale TTB Travel basée au Vietnam depuis 1996.
vanthai@ttb-tour.com


Dans un article précédent de Togezer sur l’avenir des réceptifs, j’ai déjà souligné que notre rôle s’émancipe de plus en plus. Nous ne sommes plus un simple « logisticien » qui  exécute bêtement les ordres des voyagistes à l’étranger. De nos jours, nous sommes un véritable expert du terrain avec un esprit d’innovation très prononcé. 2012 constitue une autre année charnière pour le Vietnam. C’est à cette date que le tourisme de masse s’est invité chez nous. Il n’a pas fallu longtemps pour mesurer à quel point son « succès » s’accompagnait d’effets négatifs, pour le pays et pour ses habitants. Le tourisme de masse crée le clivage social, ridiculise notre culture et pollue notre patrimoine.

  • Responsabilité sociétale vis-à-vis de nos collaborateurs : La durabilité du tourisme commence d’abord par le respect de la population via une rémunération décente. La raison pour laquelle il y a une pénurie de guides francophones, c’est parce qu’ils sont mal payés, ce qui les forcent à amener les voyageurs vers les boutiques attrape-touristes dans l’espoir de compenser un salaire ridicule. Pour les convaincre de rester dans le métier, nous augmentons le salaire de base de 30% + bonus. Idem pour les chauffeurs. Trop souvent, les gens veulent être éthiques vis-à-vis des populations pauvres dans les régions lointaines. Mais ils ne sont jamais éthiques vis-à-vis des compagnons qui sont les plus proches de leurs voyages : guides francophones et chauffeurs.
  • Responsabilité sociétale vis-à-vis de nos prestataires : le tourisme de masse vient d’une participation active des groupes de promoteurs, à la fois vietnamiens et étrangers. Les grosses chaînes tiennent la suprématie dans le parc hôtelier vietnamien. On sait qu’il y a toujours une fuite de capitaux quand les Accor, Hilton, Marriott s’implantent dans notre pays. Donc, nous éliminons volontairement toutes les marques étrangères dans nos offres. Pas de MGallery, pas de Sofitel, pas de Novotel, chez nous. Tous les hébergements dans nos circuits sont tenus par des Vietnamiens.

En tant que petite structure familiale, nous n’avons pas de ressources financières pour « sponsoriser » des ONG comme font souvent plusieurs agences dans leur communication. Nous apportons plutôt notre expertise et nos connaissances en tourisme durable pour aider nos partenaires. Nous accordons l’importance à deux axes majeurs :

Lutte contre le sur-tourisme

Compte tenu de sa taille trop petite, se battre pour un tourisme responsable dans les grands sites est une bataille perdue d’avance. Au Vietnam, il y a deux fleurons du tourisme vietnamien : la baie d’Halong et Sapa. Victimes de leur succès, les autorités locales visent la quantité plutôt que la qualité. Statistiques embellissent l’image de leur mandat. Résultat : on aime bien accueillir 3 millions de Chinois dans la Baie d’Halong et 2 millions de Chinois à Sapa. On aime bien accueillir 1 million de croisiériste dans la Baie d’Halong. On aime bien la mise en place des parcs d’attraction qui flattent l’exploit technique des téléphériques. Par conséquence, ce sont les constructions massives partout, les bateaux-hôtels qui inondent la baie, les déchets jetés dans la mer, les pêcheurs chassés de leur lieu natal et remplacés par les éco-musées dans âmes. Idem pour Sapa dont l’identité culturelle des ethnies minoritaires est écrasée sans merci par les groupes de promoteur. On sait que 95% des touristes visitent 5% du territoire. Alors, pourquoi pas neutraliser cette tendance ? Voilà pourquoi TTB TRAVEL a fait le choix d’éliminer définitivement la Baie d’Halong et Sapa dans sa production depuis 2014.

Nous essayons de dispatcher les 95% de touristes vers les endroits moins connus mais autant sublimes. Nous décidons de commencer l’éducation environnementale avec des endroits vierges, là où les partenaires locaux sont plus à notre écoute. Il y a en plusieurs dans notre réseau, et souvent ce sont les villages où nous connaissons personnellement des acteurs impliqués : Hai Hau, Hoang Su Phi, Ba Thuoc, Binh Phuc, Vung Liem. Ainsi, nous co-construisons les projets de tourisme communautaire avec un fort accent sur l’empreinte écologique. Nous sensibilisons dès le départ les conséquences néfastes de la consommation plastique et proposons des solutions alternatives. Dans les régions comme Hoang Su Phi et Nam Dinh, nous exigeons de nos prestataires d’utiliser de l’eau préalablement bouillie, au lieu d’acheter des bouteilles plastiques. Les clients qui passent la nuit dans ces endroits peuvent remplir leur gourde, au lieu de gaspiller des bouteilles d’eau. Pour certains endroits comme Hai Hau et Hoang Su Phi, nous leur prodiguons des conseils techniques tels que : comment concevoir un site internet, travailler sur leur positionnement pour renforcer l’identité culturelle du lieu, comment mettre en place un programme de visite qui profite à plusieurs personnes de la communauté, comment mettre en place un processus d’accueil pour renforcer l’hospitalité du propriétaire, etc.

Pour sensibiliser les Vietnamiens à la notion de déchet, nous organisons gratuitement une activité de kayaking à Hoi An pour nos clients. L’idée est de pagayer le long de la rivière Thu Bon pour ramasser des déchets sur les berges, notamment des sacs et bouteilles plastiques. Dans certains circuits au Nord du Vietnam, nous proposons aux clients d’utiliser leur propre gourde et de la remplir avec de l’eau bouillie à chaque étape. En moyenne, un client consomme une bouteille 500ml par jour, et pour un circuit de 15 jours sur place, c’est en gros une trentaine de bouteilles en plastique gaspillées. Avec une gourde, on peut sauver notre planète. A petits pas, nous pouvons réduire considérablement la consommation plastique.

Axe sociétal

Danse Apsara, Cambodge

Enfin concernant l’aspect sociétal, nous encourageons l’entrepreneuriat local et les porteurs de projets communautaires que nous soutenons techniquement et conseillons. Idem avec les prestataires et artisans que l’on aide à mettre au point des produits touristiques non réducteurs, mettant au contraire en valeur notre culture et les traditions locales. Et comme ces produits plaisent aux voyageurs, ces personnes en vivent de mieux en mieux. Par exemple, l’ONG Zo Project vise à préserver le métier de fabrication du papier ancestral. Via l’innovation, nous avons élaboré conjointement avec les membres des produits touristiques tels que : atelier de découverte, atelier de travaux manuels, création d’objets cadeaux dérivés. Tout cela crée du travail complémentaire pour les artisans. Concrètement : nous achetons de nombreux produits chez Zo Project pour offrir à nos clients : lampions, estampes, calendrier, etc.

Nous recommandons aussi Zo Project à nos prestataires (restaurants, hôtels) pour qu’ils achètent leurs produits. Cela génère des prises de commandes stables pour les artisans. Nous soutenons le slogan « les Vietnamiens achètent vietnamien ». En outre, nous intégrons l’atelier de travaux manuels de Zo Project dans certains de nos circuits, notamment pour les voyage en famille. Les enfants adorent ça ! Du coup, la visite en question permet de rémunérer les artisans qui accompagnent les enfants pendant la réalisation des œuvres. La rémunération va directement dans la poche des artisans. Tous ces revenus sont largement supérieurs à la marge qu’ils réalisent sur une estampe traditionnelle vendue. L’honoraire payé pour une séance d’atelier de 2h équivaut à 20 fois la marge sur une estampe traditionnelle (et il faut 2h pour finir le travail de chaque estampe).  Nous multiplions cette démarche pour les autres activités telles que la cueillette de thé dans la région de Thai Nguyen, la fabrication de cerf-volant à Hue, etc.

La forme même de nos voyages, ancrés dans le local, en fait des actes solidaires. L’argent dépensé par le voyageur bénéficie directement à l’habitant local. Nous sommes solidaires et équitables puisque nous varions nos contacts et favorisons ceux qui sont communautaires : famille d’accueil, artisans et fabricants (alcool, sauce de poisson, etc.), tous profitent de ce tourisme villageois.