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Étiquette : décroissance

Le tourisme dans la perspective de l’effondrement ou un tourisme de l’effondrement…

Par William Wadoux, 49 ans, associé gérant de Terra Andina Ecuador depuis 6 ans, basé à Quito en Équateur.

Diplômé ingénieur télécoms, 7 ans chez Alcatel, Thales en tant que Chef de Projet, 2 ans dans une galerie d’art contemporain, 8 ans en ONG (Latitud Sur), passionné d’Amazonie, de ses populations (conseiller quelques mois au Ministère de l’Agriculture en Équateur sur la légalisation de territoires indigènes) et d’Agro-écologie.
william.wadoux@terra-group.com


Miroir, miroir en bois d’ébène, dis-moi, dis-moi que je suis la plus belle

Il n’est pas de débat sérieux sur le sujet de l’effondrement de la société et du changement climatique qui ne commence par la question radicale bien personnelle « Dois-je continuer à travailler dans le tourisme ? ». Notre secteur n’y échappe pas, comme bien d’autres, car il n’est pas que peu d’activité qui ne consomme de l’énergie et ne participe à sa mesure à la génération de gaz à effet de serre. On peut toujours relativiser… l’industrie du tourisme participerait à hauteur de 5 à 8% des émissions (les chiffres varient selon les sources et les activités incluses).
On peut toujours considérer le fait que c’est la part du transport aérien qui pèse le plus dans nos voyages et que de ce fait nous n’en sommes directement responsables et ne pouvons influer sur ce fait… ou encore que les avions partiraient sans doute même sans nos clients ou que ce sont ces derniers qui nous poussent à leur proposer des services polluants.

Bref, il y a de nombreux stratagèmes pour alléger la tension schizophrénique provoquée par cette question mais en tant qu’acteur économique responsable, se regarder dans le miroir est un acte essentiel, d’honnêteté intellectuelle, désormais devenu nécessaire et imprégné d’urgence selon le niveau de pessimisme avec lequel on enrobe sa vision de l’avenir sociétal qui nous attend, sans même considérer le scénario le plus dramatique.

Avant d’envisager des pistes de réflexion supplémentaires, il y a une seconde question à laquelle il semble fondamental de répondre afin de se positionner dans le débat général.

Croissance ou décroissance, toujours plus ou beaucoup moins ?

Je vais faire l’impasse sur la vision des climato-sceptiques, dont le débat ne se fonde pas sur des arguments scientifiques mais sert à mon sens des intérêts mortifères, distillant de manière fallacieuse le doute sur une situation d’extrême urgence.
L’information désormais circule en abondance autour des risques systémiques majeurs qu’encourent nos sociétés pour que nous ayons tous conscience de scenarii potentiels qui nous menacent à l’échelle de l’humanité. La complexité des simulations réalisées grâce à l’aide de données et de modélisations de plusieurs dizaines de milliers de scientifiques ne permet pas de déterminer avec certitude le type de scénario ou les dates d’occurrence des évènements. Mais une fois passée la phase de doute (en effet peu d’arguments scientifiques viennent contredire les principales conclusions de ces prédictions), il est fort probable que vous acquériez la conviction que la société souffrira de conséquents changements, provoqués par une crise de l’énergie, un effondrement du système financier, des conflits militaires, la disparition des derniers écosystèmes, des catastrophes climatiques majeures ou une pandémie.

Si vous en êtes là, il vous faudra prendre parti pour les partisans de la croissance (même si verdie pour coller à la nécessité de diminuer nos impacts) ou pour le camp des décroissants.
Le premier suit la philosophie du « business as usual », on ne change rien ou presque, on interdit l’usage des pailles à la cantine des usines Seveso, on continue à produire, notamment des équipements de transport moins énergivores et des systèmes de production d’énergie non fossile. On reste dans le modèle d’une croissance continue dans un monde aux ressources finies, avec des solutions techniques qui viendront résoudre nos différents défis.
Le deuxième fait le constat des pics passés ou à venir des ressources qui permettent cette production et conclut au fait qu’en dépit des meilleures avancées scientifiques, nos besoins matériels inévitablement croissants dans le modèle actuel amènent à une impasse.
Puisque mes convictions m’amènent à adhérer au second groupe, je vais développer les arguments qui sous-tendent cette position. Le mythe d’une croissance infinie dans un monde matériel fini, aux ressources comptées est un contresens logique. C’est du storytelling hérité de l’âge industriel, ayant bercé les générations antérieures, et duquel nous avons du mal à nous extraire tant il sert d’intérêts personnels et en dépit de son caractère nettement prédateur.
De nombreuses ressources ont passé leur pic ou sont en passe de le faire : celui du pétrole est déjà connu, mais c’est aussi le cas de l’argent (nécessaire à la fabrication des pales des éoliennes), de nombreux métaux rares (pour les ordinateurs et téléphones portables). Sans oublier par exemple les phosphates tant nécessaires à l’agro-industrie qui a rendu nos sols agricoles addictifs aux engrais chimiques. Sans énergie et avec des ressources en diminution (ou raréfiées et très coûteuses), comment alimenter la croissance de la consommation avec une population en augmentation vertigineuse (voir chiffres Afrique) ?
Cette décroissance sera ainsi subie (pour les sceptiques, les résignés ou les passéistes) ou préparée (les optimistes actifs).

Le tourisme à l’époque de l’apocalypse annoncée

Le voyage a de nombreuses vertus que l’on connaît : la rencontre avec d’autres humains aux conceptions du monde très différentes, donc forcément bénéfique si l’on veut s’essayer à changer de paradigmes ; vivre la beauté du monde pour prendre conscience de l’importance de le sauvegarder ; permettre à des sociétés de maintenir des modes de vie ou des lieux grâce aux revenus du tourisme, etc…

Dans la course à la compétitivité qui caractérise la société dans laquelle nous sommes immergés, arrêter notre activité serait un sacrifice certainement inutile car le vide provoqué par notre disparition n’en serait que vite comblé par un autre compétiteur. C’est d’ailleurs la même course entre nations qui les empêche de prendre des décisions d’importance. Le changement doit venir de l’ensemble de la société. Autrement dit, de tous ces acteurs anonymes que sont les consommateurs, nos voyageurs qui, une fois atteint un seuil critique, feront basculer les pratiques de notre industrie. C’est à ce niveau que nous devons contribuer. Ne pas le faire n’empêchera pas le changement et cela reviendra à rester du mauvais côté de l’histoire.

Côté agences, il faudra rendre nos pratiques plus vertueuses, mais avec sincérité. Pas de greenwashing, on n’en est plus à ce stade. Cela va de gestes plus respectueux de l’environnement au bureau à la conscientisation active de nos clients (une charte ne suffira pas), de nos fournisseurs et en interne. Former nos guides à prendre conscience des conséquences de leurs décisions lors du voyage est une étape importante pour qu’ils « déteignent » sur les clients. Faire un choix éclairé de nos fournisseurs au moment de dessiner un programme. C’est préférer un hôtel certifié (aussi critiquables soient certains labels) ou engagé dans une démarche vertueuse à un charmant hôtel indifférent à la communauté locale et aux pratiques écologiques. Une évidence pourtant peu encore pratiquée. Certes, nous avons tous des clients réticents, avec des choix critiquables en ce sens, mais nous pourrons opter pour abonder dans son sens, tenter de l’influencer avec des arguments bien acquis par nos agents de voyage, ou simplement refuser sa demande.
Il s’agira de pister les sources potentielles de diminution de l’empreinte carbone, remplacer un véhicule polluant par des vélos là et quand cela est possible. Il faudra sans doute renoncer à proposer des services luxueux mais extrêmement polluants et qui n’opèreraient pas si nous ne l’avions proposé (le tour en hélicoptère). Dans une perspective de décroissance, c’est penser plus de sobriété et de « slow travel ».
Insérer des visites de lieux engagés, où l’exemple et le discours auront une chance d’impacter les visiteurs, en plus des sites incontournables, est une bonne manière d’inviter les voyageurs à la réflexion mais aussi d’appuyer ces gens incroyables qui luttent pour nous depuis bien avant que nous ayons pris conscience de ces réalités.

Pour diverses raisons que je ne vais pas exposer ici, je ne parlerai pas de principe de compensation carbone mais de soutien aux initiatives vertueuses. En tant qu’acteurs conscients et responsables de nos actes, nous pourrions dédier une partie de nos bénéfices à des projets correctement sélectionnés et gérés.

Un autre axe de travail est celui des voyages « utiles », des voyages de « conscience » (il n’y a pas là de sous-entendu moral) lors desquels de nombreuses visites de lieux engagés permettraient d’apprendre quelque chose : un éco-village (passez outre la vision des hippies), une ferme en permaculture, des initiatives de préservation d’écosystème,… Tout cela avec un fil rouge qui donnerait un sens global à ce voyage.

Transition ou basculement, du Club Med vert pomme ou des vacances zadistes ?

Si le voyage reste donc une pratique de grande valeur, il devra cependant prendre une autre orientation (brutalement sous le fait de changements drastiques, ou graduellement si l’on considère des dégradations localisées et cumulatives).
Si nous considérons l’impact du pic pétrolier déjà passé, et que l’on conçoit que nous consommons actuellement les dernières réserves, les prix des vols devraient inévitablement augmenter et certainement rapidement. Même si l’augmentation du tourisme mondial semble attester l’inverse à court terme.

Si l’on me demande à quoi ressembleront les voyages de demain, je répondrais qu’ils seront plus lents, plus longs, moins éloignés. Le tourisme local prendra le pas sur le tourisme long courrier. Les clients aisés continueront de voyager mais sans doute pour se réfugier dans des oasis protégées, histoire de se faire plus discrets.
Le principe de communauté rééquilibrera l’individualisme forcené et les acteurs du tourisme apprendront à mieux vivre et travailler ensemble, quand le gâteau s’est amaigri et que la collaboration devient une nécessité de survie. Il s’agit d’un changement de paradigme qui se fera, contraint ou voulu.

En somme, décroître ce n’est pas retourner à l’âge de pierre (même si sur certains aspects cela y ressemble) mais vivre mieux (et voyager mieux) avec moins (en privilégiant l’humain et la nature sur le matériel) dans une société devenue plus dangereuse et chaotique. Reconsidérons le voyage ayant du sens dans cette période d’incertitude croissante, libérons notre ingéniosité et employons ce désir de liberté qui caractérise notre milieu de réceptifs pour inventer le voyage de demain. Au pire, si l’effondrement n’a pas lieu, vous aurez donné plus de valeur à vos voyages et contribué à freiner le changement climatique ; au mieux, vous vous serez préparés (avant tout dans vos têtes) à ce qu’il adviendra. Une seule recommandation : ne tardez pas à y réfléchir, c’est certainement la décision la plus conséquente de et sur votre vie et celle de vos enfants.

…Fabrice me disait à propos de cet article que je devrais le colorer, y mettre une touche encore plus personnelle et le relier à l’actualité avec mon analyse particulière…
J’ai longtemps hésité et plutôt que de l’amender, eh bien je vais lui rajouter une extension, une note de fin d’article, un cheveu dans la soupe pour le rendre plus ésotérique…

Avez-vous déjà senti la vie parcourir les racines, le tronc, les branches d’un arbre ? Certains peut-être, mais la plupart n’y voyez qu’un arbre, un objet, au mieux esthétique, sans doute utile. Vous connaissez tous le film Avatar, et ces lumières qui constituent un réseau de veines s’étendant dans le végétal et au-delà, mettant en lien ainsi plusieurs arbres ? Vous avez peut-être même lu ces livres faisant état d’ultimes recherches portant sur les moyens de communication des plantes ?
Imaginez alors qu’il existe un moyen de percevoir cette circulation du vivant ! dont la science officielle se rapproche petit à petit pour en donner des explications rationnelles.

C’est lors de nombreuses cérémonies partagées avec plusieurs communautés amazoniennes que j’ai côtoyées pendant 12 ans que j’ai connu ce type de perception. Il s’agit d’un mode ancien d’accès à la connaissance, dont les techniques varient selon les cultures, mais omniprésentes à travers le monde.
Autant vous dire qu’avec ce type d’expériences, se développe non seulement une manière complémentaire de voir le monde (on le voit en vérité depuis plusieurs angles de vue), en marge de la société dominante, mais aussi une meilleure intuition et surtout une plus grande sensibilité pour le vivant. Des larmes ont coulé sur mes joues à l’annonce des incendies récents en Amazonie qui ont ravagé ces millions d’arbres (en l’écrivant, cette même émotion me revient)… car, tout comme les Indiens, je sais combien tout ceci est un suicide collectif perpétré par une société immature, mais dont le danger réside dans le fait qu’elle s’imagine adulte. Je dois beaucoup à ces populations indiennes dont on fait l’économie dans notre engouement pour une croissance dévorante et inhumaine. Je leur dois ma forme de spiritualité, ma façon si peu consensuelle et commune de voir le monde et de me relationner, et surtout mon respect pour la vie sous toutes ses formes, même s’il me reste bien du chantier comme tout être humain.

Cette intuition, combinée à ma formation d’ingénieur qui m’a permis de ne pas sombrer dans une approche new-age, me font percevoir les récents évènements sociaux, en Équateur, puis au Chili, en Bolivie, ou encore en France, comme les prémisses de l’explosion d’un modèle de société tentant de résister avant que l’océan ne l’emporte, indifférent aux « plus riches » du cimetière en construction autant qu’aux « pauvres ».

Mais c’est grâce à cette spiritualité amazonienne millénaire que je peux garder un certain optimisme réaliste face à l’annonce de l’effondrement des écosystèmes, du réchauffement climatique dont l’issue semble inéluctable ou de la chute du château de cartes financier. Et c’est ainsi que ma spiritualité me dicte de tenter d’alerter aussi mon entourage, par amour, même s’il m’en coûte leur amitié.
Rappelez-vous « Dune »… le dormeur doit se réveiller…

Réinventer le voyage porteur de sens

Par Alix Gauthier, 34 ans, diplômée de Sciences Po Paris et HEC Entrepreneurs

Après 5 ans de salariat en grand groupe en marketing et communication (Pernod Ricard), j’ai co-fondé Copines de Voyage et Petits trips entre amis, que j’ai quitté cet été. J’accompagne désormais les jeunes entreprises du tourisme dans leurs problématiques de positionnement, organisation et croissance ! Vous pouvez me contacter par mail : gauthieralix@gmail.com


Jamais notre rapport au voyage n’a été autant questionné dans les pays européens. A la rentrée des classes en Septembre cette année, on pouvait entendre beaucoup de parents revendiquer assez fièrement des vacances « 100% made in France ». Émettre un certain scepticisme envers les séjours européens ou longs courriers de 5 à 15 jours, fortement consommateurs en kérosène, en énergie, et en désagréments liés à la surfréquentation touristique des mois de Juillet et Août. Plus particulièrement chez les « CSP+ », ces catégories socio-professionnelles supérieures, dont les moyens financiers en font, à coup sûr, le profil type de clients des réceptifs Togezer.

Et les chiffres de l’été 2019, publiés par le SETO (en octobre 2019), semblent corroborer ces conversations de sortie d’école : la France a connu une croissance des voyageurs de 5,6% (en voyages à forfait), là où le moyen courrier et le long courrier ont déçus (respectivement -4,2% et 0,9%). Bien sûr, les mouvements sociaux français ont eu un impact majeur, mais comment ne pas s’interroger, derrière ces chiffres, sur certains signaux qui apparaissent dans le rapport au voyage des sociétés les plus industrialisées ?

Si certaines tendances de fond pourraient nous laisser craindre un recul du marché de la consommation touristique en chiffre d’affaires, il est plus probable qu’il s’agisse simplement d’une mutation dans notre façon de voyager, par laquelle le voyage devient un événement, plus rare, plus intense, plus riche en terme de sens pour l’individu.

Il y a encore quelques années/mois, la fréquence de vos voyages, l’exotisme de vos destinations, la richesse de vos rencontres locales, étaient unanimement reconnues comme vertueuses. Désormais, l’acte de voyager n’est plus un fait aussi consensuel.  L’acceptation sociale du lourd bilan carbone lié à l’utilisation du transport aérien en est bien sûr une cause directe. Mais d’autres paramètres contribuent à cette modification des perceptions : dans des vies professionnelles soumises au stress, des vies personnelles qui laissent peu de moments de qualité en famille, l’aspiration au « slow travel » semble de plus en plus forte. Et se poser dans un lieu hexagonal, en reconnexion avec la nature et ses proches, un projet qui devient fortement désirable. A l’opposé, donc, des formats traditionnels  de voyages « vacances scolaires », qui nécessitent du temps et de l’organisation en amont et génèrent eux-mêmes du stress et de la fatigue. A fortiori si le voyage implique le passage par des sites ou itinéraires sur-fréquentés, par le cumul de touristes à certaines périodes de l’année, ou l’accélération du tourisme outbound parmi les populations des pays émergents.

Pour autant, je crois assez fortement que ces phénomènes ne constituent pas la mort à petit feu du tourisme moyen et long courrier des français, mais plutôt une mutation en devenir, selon le concept économique Schumpeterien de destruction créatrice. Netflix fait certes trembler Canal +, mais la consommation de contenus vidéos des français n’a jamais été aussi élevée !

Et ceux là même qui revendiquent des vacances 100% françaises formulent aussi, en parallèle, des projets de voyages longs, immersifs, et porteurs de sens.

Pour certains, ce projet sera un congé sabbatique « Tour du monde », en famille, de 6 mois à 1 an, voire plus, pour recréer un lien fort et impérissable au sein de la cellule familiale. L’émission « zone interdite » en a fait sa marque de fabrique, avec 4 à 5 épisodes par an dédiés à ces familles qui changent de vie, partent faire un break pour un tour du monde. Si cette répétition crée une overdose chez certains téléspectateurs, les belles audiences de ces épisodes incitent la chaîne à reprogrammer régulièrement le sujet.

Pour d’autres, ce projet se construit autour du dépassement de soi, physique ou psychologique : une retraite méditative, transformationnelle, une itinérance exigeante en vélo, à pieds, en traversée, chacun à son niveau. Pour un break à un moment de changement de vie, de remise en cause personnelle, suite à un événement personnel ou professionnel. A la manière d’Elisabeth Gilbert dans son récit « mange, prie, aime », ou de ces étudiants ou jeunes actifs qui veulent découvrir le monde lors d’une phase de transition. A l’image de ces quelques 300 participantes qui partent chaque année pour le raid Amazones, des femmes ordinaires, et non pas des sportives de haut niveau, qui sortent de leur confort quotidien, de leurs obligations de maman, pour se confronter pendant 5 jours de raid à des épreuves physiques dans un environnement lointain. Ou bien de « Copines de Voyage », qui permet à certaines femmes de se lancer pour la première fois dans un voyage à l’étranger. Ou encore de ces femmes et ces hommes qui se lancent un défi de dépassement de soi par le biais d’une exploration, avec Explora Project. Ou enfin, de ces passionnés, capables de traverser le monde pour participer à des compétitions ou évènements mythiques, qu’il s’agisse du marathon de New York, du Burning Man festival, ou d’un IronMan (triathlon).

Voyager moins souvent loin, mais dans un cadre plus fortement porteur de sens pour soi. Les projets cités ci dessous ont tous pour dénominateur commun la recherche d’une «expérience mémorable». Comme le rappellent les chercheurs et professeurs Hélène Michel, Dominique Kreziak et Marielle Salvador dans leur article « la microaventure, le voyage en bas de chez soi » : « Une expérience mémorable comprend trois dimensions clés : une dimension personnelle et psychologique liée à l’émotion, une dimension culturelle liée à l’environnement, et une dimension relationnelle. (…) Nous sommes désormais dans une « économie de l’expérience » où les acteurs du tourisme s’organisent pour répondre à cette recherche par l’individu d’un authentique soi (…). »

Les esprits chagrins y verront un rapport plus égoïste au voyage, par lequel on recherche, à l’étranger, un miroir de soi pour y trouver des réponses, une émotion. D’autres se réjouiront que le tourisme moyen ou long courrier retrouve de sa sacralisation, de son exceptionnel, qui marque un point de passage, avec un avant et un après. Et les entrepreneurs y verront une opportunité de réinventer le tourisme de demain, en s’interrogeant sur la façon de réinventer un voyage mémorable pour nos clients !

*étude SETO été 2019, publiée en octobre 2019
** https://start.lesechos.fr/actus/tendances-societe/la-microaventure-le-voyage-en-bas-de-chez-soi-16430.php


Compensation carbone, Certifications, RSE… Pour la (dé)croissance verte ?

Par Fabrice Pawlak, 49 ans, co-fondateur Togezer.


On s’est rendu à la grande messe worldwide de l’ATTA, cette fois-ci à Goteborg, qui réunit tous les ans 800 supposés leaders du travel adventure. Et cette année, le sujet c’était  “climate changes”. Il y eut un côté Silicon Valley et goodys à gogo, écrans super géants comme d’habitude, des VIP de toutes les couleurs, des winners leaders, une poignée de loosers sceptiques franco-italiens (nous), et des sponsors prestigieux comme AirBnb, et aussi des conférences souvent intéressantes dont la meilleure, cocorico, fut pour moi celle donnée par Eric Balian, de Terdav, qui racontait avec pertinence leur aventure pionnière dans la “compensation carbone”. Le show de clôture fut dantesque avec la conversation entre le CEO de l’ATTA et l’ex-ministre du tourisme de Jordanie et ex-haut-fonctionnaire de l’ONU. Le message final c’était : “ Growth green, stronger, further, higher ! ”, un condensé de la pensée transhumaniste victorieuse californienne. Pour être juste et complet, l’ATTA demeure ze place to be pour rencontrer plein de gens, réseauter, renifler les tendances ou simplement l’air du temps donc le lieu idéal pour les croissancistes verts mais ambiguë pour les décroissancistes verts de mon espèce.

Il fut essentiellement question de comment compenser la toxicité des vols aériens de nos clients, en plantant des arbres par exemple, mais rarement de comment réduire le bilan carbone du tourisme tout simplement.

Je ne parviens pas à comprendre qu’en augmentant le nombre de voyageurs dans le monde, on puisse favoriser l’environnement, même en compensant par la plantation d’arbres.

Et aujourd’hui, on se pose la question: “ Faut-il faire de la compensation carbone ? ”, tout en regardant de près ce que font nos homologues réceptifs ou les distributeurs. 

Je reconnais volontiers les bienfaits pour le climat de la compensation carbone, car c’est bien ce qui compte : est-ce mieux pour la planète ? 

Je crois pour ma part que la compensation carbone, c’est promouvoir la croissance verte, et je ne crois pas à la croissante verte. Je suis simplement pour la décroissance (de consommation de ressources/habitant et donc de PIB, car la corrélation énergie-pib-climat est très forte) et je pense même qu’elle est souhaitable, déjà enclenchée et inéluctable et que nous nous dirigeons rapidement vers un monde low tech et low carbone. Évidemment, la décroissance s’oppose à l’ADN de l’entrepreneur que je suis et est le cœur de mes propres contradictions au quotidien. Je ne suis pas un exemple, mais j’y pense et à force d’y penser, je change.

Concrètement, cela veut dire moins voyager en avion.

Faut-il compenser nos voyages ?

Quelques ordres de grandeur pour les GES (gaz à effet de serre, responsable principal du réchauffement climatique https://jancovici.com/changement-climatique/predire-lavenir/de-combien-la-temperature-peut-elle-monter/)

L’essentiel des GES de source humaine, ce sont :

  • rendre l’énergie disponible et consommable (centrales thermiques, réseaux, transports, raffinages, …) ;
  • l’habitat (cimenterie, climatisation et chauffage) ;
  • la transformation en biens intermédiaires (bois en planches, roches en parpaings, …) ;
  • la mobilité et le transport au quotidien des gens et des marchandises ;
  • l’alimentation (et en particulier la viande rouge).
manque la première source de GES: la production d’énergie disponible.

Il faut comprendre ici que la solution n’est absolument pas d’arrêter de voyager et de ne rien changer à notre quotidien. L’objectif raisonnable est de réduire de 4% par an en moyenne nos rejets en GES, à partir de maintenant, donc en gros notre consommation en énergie fossile (gaz, pétrole, charbon), tout en faisant le reste aussi.
Pour avoir un impact sérieux et durable, il faut d’abord mieux isoler son habitat ou construire sa maison différemment et réduire de 1°C la température ambiante et mettre un pull le soir en hiver. Ensuite, arrêter d’acheter des SUV (4×4 citadin) et modifier sa mobilité au quotidien, manger beaucoup moins de viande rouge, baisser sa consommation courante d’objets souvent inutiles, par exemple ne plus suivre les modes vestimentaires, aller vers le zéro déchet, de meilleurs emballages, … et pourquoi pas aller vers de la mutualisation ? (pourquoi ne pas partager un taille-haie entre voisins ?), du co-voiturage, de la colocation, vers l’économie circulaire, la réparabilité des objets, la fin de l’obsolescence programmée, l’interdiction des panneaux lumineux de publicité surtout la nuit (ou supprimer la pub ! de toute façon, qui la paie ?), interdiction des réchauds de terrasse dans les cafés, etc. changer progressivement et collectivement notre consommation de ressources… sobriété.

C’est certain, voyager une fois par an et plus longtemps et moins loin au lieu de trois fois en low-cost pour des week-ends à Barcelone, Prague et Malaga, sera aussi très bénéfique à mon bilan carbone. Et arrêter de prendre l’avion encore mieux ou simplement le remplacer par le train quand c’est possible. 

Ensuite, je note :

“Le numérique émet aujourd’hui 4 % des gaz à effet de serre du monde, soit davantage que le transport aérien civil. Cette part pourrait doubler d’ici 2025 pour atteindre 8 % du total – soit la part actuelle des émissions des voitures. Tandis que la contrainte climatique impose une baisse drastique des émissions mondiales de gaz à effet de serre dans les prochaines années, le numérique accroît sa consommation d’énergie de 9 % par an.”

(rapport résumé ici: https://theshiftproject.org/article/climat-insoutenable-usage-video/)

A noter que l’essentiel de la pollution numérique provient des vidéos en streaming, et en particulier des vidéos Facebook et Netflix, qui se lancent désormais sans même le demander. Et de l’obsolescence programmée et de la non-réparabilité de nos smartphones. Il suffirait donc d’avoir une consommation numérique plus sobre et d’éviter les vidéos en streaming (netflix, facebook, insta, …). 
Ne devrions-nous pas dans notre RSE interdire l’usage des réseaux sociaux privés pendant les heures de travail dans nos entreprises et éduquer nos collègues à une consommation plus sobre du numérique et acheter du hardware réparable, au moins dans nos bureaux ? 

Ce que je veux d’abord dire, c’est que le transport aérien civil émet environ 6% des émissions GES françaises (beaucoup moins pour les pays pauvres). C’est trop mais là n’est pas l’essentiel des GES.

Pour autant, Togezer, même si tout le monde s’en fout, est favorable à des taxes progressivement plus importantes sur le kérosène aérien et de manière générale favorable à des taxes sur tout ce qui est carboné. Et pourquoi pas pour un rationnement par habitant des voyages aériens récréatifs.

Ensuite, techniquement, il est bon de savoir :

  • Le parcours vers le lieu de vacances constitue, en général, 85% des émissions en GES (voyages lointains). La partie locale, résiduelle, qui incombe au réceptif, est à comparer à l’éco-empreinte du client s’il partait ailleurs ou s’il restait à son domicile, et a priori, son comportement sera le même. Nous sommes effectivement en faveur de la production locale, et de la consommation locale et en faveur d’améliorer l’utilité du voyage.
  • Pour l’aérien : il y a peu de différences en terme d’émissions en GES, entre un vol de 500 km ou de 1000 km, car le décollage et l’atterrissage représentent la principale dépense d’énergie. Parfois, on “doit” le remplacer par le train (pour les pays produisant leur électricité au nucléaire, sinon ça ne marche pas pareil !). 
  • Nous pensons que plus on voyage, plus on doit consommer local, rendre son voyage utile et partir longtemps. Il n’y a plus de sens à aller au Japon pour des vacances de 5 jours, ou de partir faire un trek de 5 jours en Patagonie et d’appeler cela un éco-voyage parce qu’on marche à pied. Par exemple, on pourrait s’interdire de vendre des voyages courts s’ils sont lointains (par exemple 1 jour min par 1000 km, c’est une idée).
  • Prendre l’avion ? Il est juste de dire : si je ne prends pas l’avion demain, il partira quand même; que je le prenne ou pas, cela ne change rien au climat. Par contre, si je fais le trajet en voiture, mon empreinte sera plus importante. Il est juste aussi de dire : « si tout le monde pense ainsi, alors le trafic aérien ne baissera jamais et nous sommes mal barrés ». 

Nous pensons au final que chacun doit faire sa part, car nous avons besoin des politiques et les politiques ont besoin de nous :

  • Aux gouvernants d’instaurer de fortes taxes sur le kérosène ou de rationner les déplacements récréatifs en avion.
  • A chaque citoyen de moins voyager en avion et d’éviter de prendre l’avion, à chaque citoyen de s’informer sur les conséquences et de son niveau de consommation. Tout le monde devrait être éduqué au sujet. Comme pour les paquets de cigarettes, on pourrait avoir des photos horribles sur son billet d’avion.
  • Si quelqu’un doit faire de la compensation carbone, c’est à la compagnie aérienne, et pas au TO, ni au réceptif. 
  • De toute façon, à la fin, c’est le consommateur qui paye, non ? Tant sa taxe que les conséquences du désastre écologique en cours. Mais la taxe pourrait servir, justement, à financer le combat, plutôt que “pas de taxe” et d’attendre la hausse inéluctable du prix de l’énergie, qui sera alors payée directement au producteur. La taxe “maintenant” reste chez nous, mais la hausse (taxe différée) partira en Russie ou au Moyen Orient, ou encore au Canada ! (La France achète du pétrole “sale” canadien mais s’interdit d’en extraire en Guyane… c’est incohérent, non ?)

Tout cela, ce sont les arguments du professionnel de tourisme que je suis. J’aimerais ajouter les arguments techniques et scientifiques, qui ont eu raison de mes doutes, vous ne perdrez pas votre temps, je vous le promets :

5 mn de lecture ici et Togezer vous octroie le Niveau 1 en compensation carbone : 
http://www.carbone4.com/neditespluscompensation-de-compensation-a-contribution/

5 mn de lecture et Togezer vous octroie le Niveau 2 en taxe aérienne :
https://theshiftproject.org/article/aerien-climat-fiscalite-manuel-auto-defense-intellectuelle/

Quelques heures de lecture et vous n’aurez plus aucune chance de bosser à Air France (tentez toujours Togezer) :
http://www.carbone4.com/decryptage-mobilite-compensation-jetblue/
http://www.carbone4.com/?s=avion
aussi :
https://www.alternatives-economiques.fr/faut-arreter-de-prendre-lavion/00089449

Si vraiment, il subsiste des doutes, alors voici un article écrit par un expert qui explique pourquoi, dans la pratique, la compensation carbone ne rime pas forcément avec action pour le climat.

Le positionnement togeZer

Togezer croit à un monde de demain qui sera low-tech, low-carbone, et que la responsabilité sociétale et environnementale du réceptif est de favoriser un tourisme plus sobre en ressources et en énergie, et de réfléchir à des voyages plus vertueux (apprenant, utile, éducatif, rencontres, sérendipitiques). 
Ce n’est pas le rôle du réceptif que de faire de la compensation carbone. Je peux en faire en tant que citoyen !

Faut-il poursuivre le tourisme ?

Nous nous sommes posés la question. Au final, notre réponse est oui. Voici quelques arguments et nous pourrons passer à la dernière partie, la Responsabilité Sociétale et Environnementale d’Entreprise  (RSE) et les Certifications. 

  • Mon-Super-Réceptif n’a aucune influence sur le nombre de touristes sur ma destination. Si nous stoppons notre activité, cela n’aura aucune influence sur le climat, et cela n’aura qu’une seule influence, c’est que nous et nos employés devront trouver un travail, et pourquoi pas, former un club avec les hôteliers, les guides et les restaurateurs eux aussi réduits à changer d’activité. Et pour quoi faire ? Un travail de commercial qui parcourt les routes toute l’année ? Travailler dans une usine de voiture ? Élever des vaches qui rejettent plein de méthane ? Pointer au chômage et se mater Netflix toute la journée ? Vivre dans les bois et manger de l’herbe ? Ou prendre le boulot du moralisateur car lui, sans doute, a une activité non polluante et un comportement irréprochable ?  Nous pensons que la solution n’est pas d’interdire le tourisme, la voiture, les usines, les radiateurs, l’achat de vêtements, la mobilité, le numérique, et de mettre tout le monde au chômage, et donc de supprimer aussi toute fonction publique (c’est bien le privé qui finance le public). Nous pensons même que le voyage possède, comme beaucoup de choses, des vertus d’éducation, d’échanges, de divertissement, de rencontres, de découvertes, de vie tout simplement. Il faut continuer à voyager, et plutôt près de chez soi, tout en connaissant l’éco-empreinte de son voyage pour la diminuer.
  • Nous pensons que la solution, et nous ne sommes pas loin de penser qu’il s’agit là de la meilleure, est que chacun s’informe, puis informe son entourage et que chacun, à son niveau, qu’il soit président de la république, ouvrier agricole, boulanger, fonctionnaire ou agent de tourisme, réfléchisse à comment réduire sa consommation personnelle et professionnelle et à comment se préparer au monde de demain.
    (Togezer lance une bibliothèque complète sur le sujet, ouverte à vous tous, à voir dans un autre article).
  • Arrêter le tourisme en Tunisie ? … Il s’agit de la première industrie du pays, en situation de non-suffisance alimentaire. Arrêter le tourisme en club en Tunisie, c’est prendre le risque de plonger la population tunisienne dans de sales draps et d’obtenir pire que des rejets en GES des low-costs. Le tourisme reste un gros fournisseur d’emplois, et l’emploi la première source de stabilité, n’est-ce pas d’ailleurs la plus grande vertu du tourisme ? 
  • Nous pensons que le plus important, ce n’est pas de changer de métier mais de vivre différemment au quotidien. Les caravanes d’antan, socle à la diffusion des idées, du commerce et de la paix, seront remplacées par les voyages sobres de demain, nécessaires et véhicules de nos mythes et croyances.

Certifications et RSE

Certains parmi vous sont certifiés (ou en cours) depuis des années auprès de Tourcert, Travel life, B-corp, parmi les certifications les plus reconnues. Aussi, on vous suit de près et merci à ceux qui ont partagé leur expérience dans ce Yakafokon. 

De vos expériences, j’en tire les enseignements suivants:

  • Une certification est bénéfique avant tout pour le mode d’emploi et le suivi qu’elle propose.
  • Le coût principal, au final, ce sont les ressources humaines internes (comme pour le déploiement d’un software).
  • Il faut associer dès le départ l’ensemble des parties prenantes.
  • Une certification est un long processus laborieux qui s’avère bénéfique et finalement rentable.
  • Le processus de certification est l’occasion de tout revoir et de fédérer les troupes autour d’un projet positif.
  • C’est sans doute mieux que de ne rien faire.

Togezer s’intéresse fortement à ce sujet car depuis le début, nous envisageons de créer notre propre label, contraignant ou pas, mais quelle légitimité, quelle crédibilité, quel objectif ? Ou de nous faire certifier nous-mêmes. Pour ensuite pouvoir vous conseiller, car c’est notre rôle.
Dès que Marion de Terra Andina Pérou m’a prévenu de sa certification Tourcert, en pleine crise environnementale, je suis allé voir sur le site web de Tourcert pour trouver quelque chose qui justifierait d’abord le tourisme. Même chose pour Travel Life. Et je n’ai rien trouvé sinon des préconisations de type “hôtel sans clim”, “fournir des pailles en bambou aux clients”. Et cela me gêne et pour m’expliquer, je CARICATURE:
Je suis fabricant d’armes et je me fais certifier par l’organisme Killing Softly. Ou je suis vendeur de tabac et je me fais certifier par l’organisme Smoke & Health… à partir du moment où l’organisme est partie prenante de mon industrie, donc s’il y a le mot TRAVEL ou TOUR dans son nom, il ne remet pas en cause mon industrie, et il participe sans doute à la croissante verte.
Donc je suis allé voir avec beaucoup d’intérêt le label B-Corp, dont on me parle depuis plusieurs années, lequel n’est pas dédié spécifiquement au tourisme.
Voilà ce qui j’y trouve, en homepage (les fautes d’orthographe sont d’origine !):

source : https://bcorporation.eu/about-b-lab/country-partner/france

Ensuite, en lisant sur le site web, je comprends que personne de chez B-Corp ne viendra vérifier sur place mes réponses au questionnaire online, et que cela me coûtera, selon mon CA, de 2 000 à 30 000 us$ tous les 3 ans, et que 40% de cette somme sera reversée à d’autres ONG par B-Corp. 
Cette présentation officielle indique qu’il s’agit plus de marketing ou de management que de sauver le monde. Bref, est-ce que le climat se fout de ma certification B-Corp ? Est-ce que ma certification B-Corp flèche vers une décroissance de conso ressources/habitant ? Et si ce n’est pas le cas, ne ferais-je pas mieux de simplement installer chez moi un récupérateur d’eaux pluviales ? A celui qui me répondra “les deux !”, je lui dis: “je suis limité en temps et en ressources, je dois prioriser, je ne peux en même temps me certifier, partir en promo en vélo, isoler ma maison, trier des déchets, … soyons aussi efficients car la transition est d’abord un arbitrage constant !”.

Nous, nous arbitrons pour la mutualisation

Alors que faire ?
Sans doute continuer à lire vos partages d’expérience sur votre certification, et pourquoi pas tenter ici ou là telle certification.

A ce jour, nous pensons plutôt à plusieurs voies à suivre, dans les prochains mois :

1° Approcher un organisme indépendant et détaché du tourisme theshiftproject.org, et leur demander de nous aider à développer une certification, un label, une charte, qu’importe. Ou pourquoi pas, leur demander de certifier les réceptifs Togezer ? Pourquoi pas devenir un partenaire de theshiftprojet.org ? Bref, nous sommes de grands fans et gros lecteurs de theshiftproject.org. Au pire, nous nous en inspirerons beaucoup. En tous les cas, Togezer qui représente x réceptifs concernés a des chances de les intéresser. Nous vous tiendrons informés.

2° L’intelligence collective.
Organiser assez vite un débat avec tous les membres et même les non-membres en vue de co-construire un label, une charte, une RSE commune et sans doute informelle au début. Nous croyons beaucoup à notre rôle d’organiser ce club de réflexions autour du voyage vertueux et de l’entreprise sobre (organisation interne). Il est évident pour nous que l’intelligence collective des memberZ et leur envie de partager et d’avancer permettront de construire ce cahier des charges. En étudiant toutes les RSE, propositions, suggestions, expériences et en organisant un espace de réflexion commun, centralisant tout cela, en bossant le sujet, en collaborant avec les bons organismes, nous avons confiance en notre capacité un sortir du bon dans les prochains mois.

Merci aux volontaires/candidats de nous envoyer un email avec le sujet: “je veux mon maillot !”. Et nous vous inviterons à notre espace de travail numérique et nous vous mettrons dans la boucle. Et qui sait ? Peut-être cela se terminera par un forum de 3 jours à refaire le monde d’ici septembre 2020.

Avant tout, nous pensons que le plus important, c’est de modifier notre jauge : la richesse produite ne doit pas être qu’exclusivement financière. Nous allons tenter de rassembler les réceptifs qui partagent cette idée.

Nous pensons que si notre démarche est sincère, sérieuse, engagée, alors une partie du marché le reconnaîtra et préfèrera travailler avec un DMC Togezer. Il n’y a aucune raison qu’un directeur de TO ou de réseau d’agences ne pense pas comme nous. Nous partageons sans doute le même constat, alors pourquoi pas l’envie de travailler ensemble ? Et si cela ne marche pas, tant pis, nous aurons essayé, sans regret. 

3° BIBLIO
Participer activement, intelligemment, à la conscientisation de nos interlocuteurs : nous-mêmes, nos employés, nos prestataires, nos clients, nos familles, nos copains.

4° RSE propre à Togezer: 
Ne plus participer/financer la croissance pour la croissance. Réfléchir à une nouvelle jauge de la richesse produite qui ne peut pas être exclusivement financière.

J’ai envie de terminer par un morceau du texte lu ce matin sur lemonde.fr : https://www.lemonde.fr/idees/article/2019/08/16/ecologie-climat-l-effondrement-n-est-pas-ineluctable_5499848_3232.html
Les signataires : du beau monde, vous jugerez.

“L’une des perspectives invite chacun de nous à agir à sa place, depuis le plus humble citoyen jusqu’aux plus hauts décideurs politiques, financiers et industriels. Elle nous invite à une double lucidité autant sur les risques écologiques majeurs qui nous menacent si nous n’agissons pas maintenant, que sur la force de résilience de l’humain et de l’ensemble du vivant.
Loin de tout romantisme mièvre, c’est l’expérience concrète de l’amour de la vie, la tendresse partagée entre nous et avec notre environnement – bien plus que la panique face à la fin du monde – qui invitent à agir. Seule la soif d’un monde plus humain peut nous donner l’énergie collective nécessaire à l’invention d’une sobriété heureuse et nous sortir de notre fascination morbide pour l’accumulation de nos déchets. Cet amour peut et doit être exigeant. Le temps presse.”

Le futur ne manque pas d’avenir

Par Fabrice Pawlak, 49 ans, co-fondateur Togezer, sérendipien since 1970. 


Fabrice Pawlak, co-fondateur togeZer

Il y a 15 jours, j’eus la chance d’assister à Paris à une passionnante conférence sur l’exploration de la planète Mars donnée par l’un des pères de la conquête spatiale française. Depuis toujours, je dévore les derniers livres d’astronomie ou de manière générale à tout ce qui touche au Big Bang, au pourquoi ou au comment de la vie, à Tolkien, bref, je me pose 10 000 questions comme beaucoup.
Puis vint la séance de questions au conférencier, et j’en profitais pour poser la mienne …
Vous venez de parler des projets Mars 2040 et 2050, je me demande quel sera le carburant de cette exploration vu que d’ici 2040, nous en aurons probablement fini de notre stock en pétrole ? ”
C’est alors que l’illustre conférencier se mit en colère et me qualifia de “collapsologue” avant de se calmer et de répondre posément qu’effectivement, l’unique carburant envisageable en 2050 est éventuellement l’énergie nucléaire. 

Thomas, mon associé de Togezer, dans son édito, me présenta comme son “déclencheur”. Chacun, sur ce sujet, a sa propre histoire et son rythme (les 7 étapes du deuil : choc et déni – douleur et culpabilité – colère – marchandage – dépression – acceptation – reconstruction). Pour mon ami Jean-Claude Razel, par exemple, réceptif aventure au Brésil, ce fut le vendredi 28 juin dernier, alors qu’il se trouvait précisément à Gallargues-le-Montueux, à l’ouest du Gard, où fut enregistrée la température record all time en France de 46 °C. Il me raconta qu’il fut saisi d’une grande peur et de l’impression que tout allait s’embraser en un claquement de doigt. C’est ainsi qu’il bascula.

Pour ma part, mon “Messager”, c’est tout d’abord monsieur Jean-Marc Jancovici, dont je lis et écoute à peu près tout depuis 10 ans (voir carbone4.com, theshiftproject.com, jancovici.com) et j’en profite pour lui témoigner dans ces illustres colonnes du Yakafokon ma plus grande reconnaissance. Merci monsieur Jancovici. 
Mais mon déclencheur, dans la vraie vie, c’est ma fille Kea, qui passait son bac en juin 2019, et qu’il a fallu aider, orienter quant à son avenir, puis préparer et transporter à différents oraux de sélection post-bac. Et c’est ainsi que je me suis plongé comme jamais sur le sujet du futur. C’est aussi un peu ma mission à Togezer ou à Terra. Sans le savoir, mon année 2019 allait être consacrée à la prospective …
Quel monde demain et après-demain ? Comment s’y préparer ? Que conseiller à une jeune fille de 17 ans ? Et au-delà, quel avenir professionnel pour le voyage dans un monde low-carbone et low-tech ? 
Et ce qui était avant un peu un hobby devint un sujet central, avant de devenir un sujet unique qui allait dévorer tout mon temps libre des 6 derniers mois. J’y ai passé tout l’été … jusqu’à faire mon coming out auprès de mes collègues, avec l’impression d’être arrivé en retard sur le sujet, mais une fois dedans, de toute façon en avance de quelques mois sur les sceptiques ou sur ceux qui préfèrent s’enfermer dans leur cave et éteindre la radio mais qui finiront par en sortir.
La baisse inexorable des ressources disponibles n’est pas une croyance, c’est un fait qui repose sur la finitude de la planète, et qui est amplifié par une population toujours plus grande consommant toujours plus. La courbe de la démographie est directement et fortement corrélée à la consommation d’énergie. Les arbres ne montent pas au ciel.
Ainsi, j’appartiens à cette minorité grandissante pour laquelle il y a un avant et un après été 2019. Encore merci aux précurseurs.
Les scientifiques se battent depuis 5 décennies pour nous mobiliser et on les imagine abattus devant le résultat. Il semble que le message purement technique ou scientifique (indiscutable et indiscuté) ne marche pas pour la majorité. 
Nous ne croyons pas ce que nous savons !
(à lire sur ce sujet: http://amaninthearena.com/biais-de-confirmation/)

Ils devront peut-être, pour gagner en efficacité, associer au message scientifique apolitique actuel: les arts, la culture, différentes formes du récit, et des émotions. Après 12 ans d’effort, Jancovici, l’une des “anti-stars” du milieu “écologie politique”, va rassembler peut-être 50 000 vues sur Youtube alors que Kim Kardashian va se casser un ongle et rassembler 1 000 fois plus de monde. Jancovici et consorts ne sont jamais plus convaincants que quand ils se livrent en fin de conférence, en parlant d’eux et de leurs ressorts intimes, quand ils doutent et sont humains et vulnérables, plutôt qu’une machine rodée que la plupart n’a pas envie d’écouter.
Il faudrait aussi que la communauté artistique et culturelle (et pourquoi pas nous ?) se bouge un peu pour aider les scientifiques, que l’on sent à bout de forces, et finalement les seuls à essuyer les critiques de ceux qui ne font pas grand chose.

L’art et la culture, le récit, la rencontre, l’altérité ou “la quête de l’autre ou d’un ailleurs en quête de soi”, le dépassement de soi (car pour baisser volontairement son niveau de consommation, il faudra se dépasser !), voilà autant de raisons du voyage : découverte, émotion, partage, curiosité, sérendipité, associativité. Le voyage, tout comme les caravanes d’antan, est d’abord une source d’échanges. Même s’il est polluant au même titre que les autres activités humaines, le tourisme sobre est un outil à notre disposition en vue d’un monde résilient. Et c’est notre métier !

Pour le constat sur l’état de la planète et de son évolution, d’autres savent mieux l’exprimer que moi, et ce Yakafokon n°2 l’exprime déjà de 10 façons différentes. Je vous invite simplement, si cela vous intéresse, à lire les 2 courts textes résumant bien la situation:
https://www.franceculture.fr/emissions/le-tour-du-monde-des-idees/colapsologie-prise-de-conscience-recente-ou-bon-vieux-malthusianisme
ou
https://theshiftproject.org/ambition/

J’ai donc passé les derniers mois à lire ou à écouter tout d’abord Jancovici, Servigne, Cochet, Bihouix, Rob Hopkins et je suis ensuite passé à d’autres styles et je peux citer l’ensemble des podcasts : Présages, Sismique, Thinkerview, Rendez-vous avec le futur, France Culture. C’est passionnant et motivant. Je découvre plein de choses à 49 ans et je rencontre différemment plein de personnes, et à plusieurs titres, je vis une période exceptionnelle. Tout ceci n’est pas qu’anxiogène et déprimant !

Une fois ma “conscientisation” réalisée, et une bonne phase de décantation, il a bien fallu traduire professionnellement et concrètement ce nouveau bagage très lourd. Je suis passé par toutes les phases et j’ai vécu intimement, depuis, les effets de mon positionnement, que ce soit auprès d’amis, d’associés, de collègues ou dans le cercle familial. Ce sujet est évidemment anxiogène et conflictuel mais plus que cela il vous expose, mêle le professionnel et le privé, il oppose convictions et intérêts, il affiche ses propres contradictions, sans parler des incertitudes sur le sujet et croyances diverses. J’ai même traversé une période d’hyper-sensibilité, à pleurer une fois par semaine, et parfois en plein salon devant un prospect, pour un rien. Bizarre. 
Ça change le bonhomme.

Dès le départ, pourtant, je choisis le “low profile”, concrètement le partage d’opinions et jamais le jugement. Mais on ne peut rien y faire, malgré toutes les précautions, l’épisode de la question sur Mars illustre parfaitement la situation, même auprès de gens très qualifiés. 
Il s’agit ici d’une remise en cause profonde de notre mode de vie, de notre civilisation, de notre relation à l’autre, de nos convictions politiques, en gros, cela remet tout à plat, et cela dépasse rapidement le cadre du tourisme, en témoigne cet article ou le débat à la télé hier soir sur le thème “Toutes les opinions sont-elles bonnes à dire ?”. Ces invités de haut niveau répondaient tous oui à la question mais s’invectivaient avec une rare agressivité.
Voilà tout le problème et j’ai fini par le dire avec cette formule que mon entourage ne supporte plus :“Je suis prisonnier et soldat d’une prison et j’ai décidé de m’échapper”.
Donner son opinion sur ce sujet est souvent perçu comme un jugement moral par l’interlocuteur, ou comme moralisateur, radical, parfois même présomptueux.
Et pourtant, même “conscientisé”, faut bien continuer à bouffer, et à vivre tout court, à travailler sur “aujourd’hui”, et faire des compromis avec ses convictions. 
Mais mieux vaut vivre d’échecs que de regrets, alors on s’est décidé à faire notre part de Colibri, au niveau personnel et professionnel.

Au cours des semaines récentes de salons et de caravanes, j’ai constaté aussi que nous sommes nombreux à sentir que nous vivons une période extraordinaire, au sens littéral du terme. Sur les pentes de l’Etna, 48h avant une éruption volcanique, les chèvres descendent se réfugier en plaine… Certains parmi nous ont cette impression et se posent des questions nouvelles : « Quel est le sens de mon boulot ? », « Quel est le sens que je souhaite donner à ma vie ? », et c’est assez nouveau pour moi d’aborder ces questions sur les salons professionnels.

Les sciences économiques ne sont pas des sciences exactes, d’ailleurs les économistes se plantent toujours, et c’est peut-être parce que le raisonnement est faux ?
L’économie de marché se base sur le fait que chacun est un acteur économique maximisant son intérêt, dénué du soucis de l’intérêt général ou d’Utopie. Et bien, je ne me reconnais pas dans ce portrait.

Ensuite, le productivisme (socialisme, capitalisme, communisme) repose sur la conviction que les ressources naturelles sont à la fois gratuites et abondantes. Non seulement leur prix est de plus en plus élevé (déchets, pollution, chute drastique de la biodiversité en 20 ans, extraction, disponibilité, …) mais la plupart des stocks sont largement entamés. 
Porté par des théories qui légitiment l’appropriation et l’exploitation illimitée de l’environnement par et pour l’Homme, le productivisme et son objectif, la croissance, se sont identifiés depuis au Progrès, qui serait donc l’augmentation des besoins et des biens. Au final, le progrès d’un pays se mesure par son PIB, et l’objectif est l’enrichissement maximal. 
Constatant le problème de la finitude des ressources, des économistes proposent l’alternative de la croissance verte qui repose sur le découplage de la croissance et de l’énergie, ou dit autrement, que l’on va faire de la croissance avec moins d’énergie. Je comprends qu’on a beaucoup envie d’y croire mais je ne comprends pas qu’on puisse y croire. 
Les économistes me font penser aux géologues d’autrefois qui considéraient la croûte terrestre comme immobile (jusqu’en 1960) et qui refusèrent pendant 40 ans de croire en la tectonique des plaques de Wegener sans doute parce qu’il était climatologue. Et bien la croissance verte, je préfèrerai ne pas parier dessus, et je n’ai pas envie d’y participer. 
C’est pour cela que je ne suis pas fan de la compensation carbone, souvent défendue par les mêmes qui prônent la croissance verte. 
Il faut baisser notre consommation individuelle de ressources ET planter des arbres ET nous éduquer ET nous responsabiliser ET militer ET essayer d’être un exemple ETC. Il faut tout ça et sans doute plus, et vite.

A Togezer, on se pose ces questions et on cherche des réponses.
En chemin, on s’est rendu compte de plusieurs choses importantes que je partage avec vous : il ne faut pas rester seul, et il faut en parler, partager. On trouve refuge dans l’action et dans le partage. Et c’est ainsi qu’on a créé une sorte de club informel des “écooliques anonymes”. Ça nous a fait du bien, ça nous fait du bien, et ce club vous est ouvert. On croit en l’avenir, et on s’y marre bien ! 
Aussi, la principale difficulté, en général, est la cellule familiale. Un membre de la Togezer me racontait ses conflits familiaux ou de voisinage dès que l’on songe à toucher au confort matériel du quotidien. Ce membre est génétiquement un low-tech-man et pour l’anecdote je vous raconte sa réunion avec ses voisins : 
“Chacun d’entre nous a une tondeuse, ou un coupe-haie personnel pour s’en servir 3h par an… et si on partageait un super coupe-haie ?”. Ses voisins l’ont pris pour un marginal. Bref, y’a du boulot et pourtant il existe tant de solutions disponibles, durables, économiques, cela s’appelle le low-tech (à lire le livre de Bihouix, “l’âge des low tech”).

Rien ne sert de convaincre, cela ne marche pas comme cela. Il faut simplement aider les gens à se documenter, cela doit venir d’eux. 

MEDIATHEQUE APRES-DEMAIN

Pour cela, nous avons monté une médiathèque complète de livres, podcasts, vidéos. Elle est ouverte non seulement aux membres de Togezer mais aussi à vos amis, à vos proches, à vos concurrents, à vos collègues. Cette médiathèque, déjà étoffée, sera enrichie les prochains mois par nous, par vous et elle est adossée à un Gsheet d’évaluations des références ou chacun(e) est invité(e) à donner une note et un commentaire. 
Il vous suffit de nous demander un accès. Bienvenue au club.

Coté Biz :

Le côté positif, c’est qu’en même temps que de constater que certains prospects m’évitent désormais dans les couloirs des salons, en particulier les anglo-saxons (“this debate is so frenchy !”, c’est vrai que Tibo les regardait tout en mimant une lame avec son pouce sur le cou, il est con hein ?), j’ai changé en bien ma relation avec d’autres. 
En fait, je vis tout cela comme une renaissance bienvenue, cela donne beaucoup plus de sens à tout, et surtout cela me conduit à rencontrer “mieux” plein de gens, et de partager plus. J’ai même constaté que cela pouvait être efficace en affaires. En effet, sur 4 prospects qui allaient peut-être travailler avec moi un jour mais qui finalement étaient juste-à-fond-comme-tout-le-monde pendant le salon, et bien j’ai fini mes derniers salons avec le résultat suivant :
Il y en a 3 qui ne travailleront définitivement pas avec moi dans les 2 prochaines années et nous ne perdrons pas notre temps à rediscuter et à faire semblant. Mais le 4ème, c’est certain, on travaillera ensemble parce que nous partageons cela. 
Cela ressemble à une formidable “aubaine” pour celui qui allait continuer à travailler dur pour finir le plus riche du cimetière, et sans doute trop tôt.

Il n’y a pas de sens à travailler toujours plus pour gagner toujours plus pour consommer toujours plus de ressources. Il n’y a plus de sens non plus à regarder mes droits d’Homo Sapiens sans les associer à mes devoirs d’Homo Sapiens appartenant à un écosystème qui s’appelle la Terre. Nous allons vers la décroissance (de consommation de ressources/habitant) et c’est non seulement inéluctable, c’est aussi une bonne chose. Je suis moins inquiet pour mes enfants depuis que j’ai réalisé que la croissance pour la croissance, c’est le modèle insensé de ma génération et qu’il est temps de passer à autre chose. Plutôt participer à un monde de coopération que de compétition. Plutôt tenter la sobriété que l’excès, ça rend sûrement plus heureux.
Les espèces qui s’en sortent le mieux, ce ne sont pas les plus fortes, ce sont les plus coopératives (selon l’associativité de JM Pelt, “le monde a-t-il un sens ?”). Ça tombe bien, on a monté Togezer, tout est dit dans le nom du produit.

Nous allons chercher à croître notre satisfaction d’aller au travail.

Soyons lucides : les seuls gagnants du marketing digital, ce sont ceux qui dégradent l’environnement. Refusons collectivement d’engraisser les acteurs du numérique ! Si seulement on pouvait tous nous mettre d’accord pour ne pas prendre d’Adwords ! A chaque forum ou convention des leaders du tourisme, il y a les experts du e-marketing, les blogueurs professionnels, etc. qui viennent nous expliquer que ce qui compte dans nos voyages, c’est le bonus social, les selfies, le prestige de l’exclusivité, le lundi de retour au bureau. Aussi, à chaque moment vraiment convivial, sympa à vivre, il faut s’arrêter pour prendre une photo pour les réseaux sociaux et ainsi gâcher l’instant pour lequel, au fond, je travaille.

Les vidéos privées des réseaux sociaux qui n’intéressent personne polluent presque autant que le transport aérien civil, ne faudrait-il pas lancer la Videoskam en plus du Flygskam? 

Soyons pour la taxe numérique, la taxe carbone, et tout ce qui détruit notre environnement social et naturel. Soyons réalistes, rêvons ! Pour s’en sortir collectivement, soyons un peu utopistes !

TogeZer 2020

Notre objet social va se simplifier : être utile !

Nous allons bien sûr poursuivre nos actions afin que les memberZ en aient pour leur abonnement. Mais nous renonçons à défendre un business auquel nous ne croyons plus. Et cet article, nous le savons, fera son travail et certains parmi vous nous quitteront. 
Et si nous sommes sincères, alors peut-être qu’il y a tout autant de vendeurs de voyage qui pensent exactement comme nous et nous aurons plaisir à travailler ensemble.

On pense que la seule solution pour éviter l’ingérable de notre vivant, c’est que la société civile réagisse massivement, urgemment, collectivement. Et que cela commence par moi, chez moi, et dans mon entreprise, puis chez mes clients, chez mes fournisseurs. Chacun a son rythme. Peut-être est-ce du militantisme, c’est bien possible, mais mes associés et moi, sentons que c’est notre responsabilité.

Ce qui nous semble utile et notre rôle :
Fédérer des réceptifs qui vont chercher à rendre leur activité plus sobre et plus vertueuse, pour ensuite aller défendre leurs couleurs et leur diversité avec passion.

Et avec eux, partagez nos réflexions, nos bonnes pratiques, avancer ensemble pour co-construire une charte commune. Ce sera la suite du Yakafokon, une sorte de think tank à notre niveau. Ne nous sous-estimons pas, nous réceptifs, et regardons plutôt la masse d’expertise que nous réunissons ! Et combien parmi vous pourraient aussi écrire un article dans ce Yakafokon ?

Poursuivre nos actions de mutualisation (Yapluka, plateforme, e-services, caravanes promotionnelles)

Ouvrir et étoffer notre médiathèque sur le monde de demain low-tech, low-carbone à tous ceux qui le souhaitent : participer activement, intelligemment, à la conscientisation de nos interlocuteurs : nous-mêmes, nos employés, nos prestataires, nos clients, à travers une fiche d’information « climat » à la vente de chaque voyage. Cette fiche d’information aurait pour objectif d’expliquer les raisons du réchauffement climatique, la décarbonation de notre société et donner des ordres de grandeur pour qu’une fois rentré chez lui, le voyageur puisse mettre en place des actions qui font la différence. Le principal ennemi, c’est la désinformation ou le manque d’information qui conduit à des petits gestes bienveillants (et utiles !) qui ne règleront pas les grands problèmes. Il faut que chaque citoyen, chaque entrepreneur, chaque salarié, qu’il soit boulanger, instituteur, au chômage, agent immobilier, premier ministre, soit informé pour éventuellement modifier son comportement. Nous pensons qu’il s’agit là de la méthode la plus efficiente à notre portée. Imaginez si nous sommes un million à faire cela ? Nous sommes peut-être déjà beaucoup plus nombreux ! Et c’est facile à faire, alors pourquoi pas ? 

Rédiger une fiche d’information que chacun des membres sera invité à personnaliser et à envoyer à chacun de ses fournisseurs, employés, clients, voisins.

Explorer le monde des Creative Communs et de l’open-source, et cela pourrait concerner notre logiciel à sortir, la BOX (qui permet de reproduire à moindre coût la plateforme actuelle Togezer).

Et préparez éventuellement un plan B, en 2020…. 

Voici comment nous comptons nous y prendre : vous pousser à explorer chez vous le monde de demain : le recyclage, la réparabilité, l’économie circulaire, la sobriété énergétique, les monnaies locales, la permaculture, l’habitat, l’entraide, la résilience et l’ingéniosité locales, la traction animale, le glocal, l’art, la culture, le savoir, le low-tech, le low-carbone, l’art du récit, le producteur de ski en bois, de semences paysannes, de spiruline, les écovillages ou zad ou autres tentatives d’une vie différente. 
Pour ensuite enrichir nos voyages de visites sur ces lieux, et ainsi augmenter leur contenu et votre savoir faire.
Au final, l’avenir du monde, c’est sans doute le mode de vie non pas de l’Amérique mais … de l’Afrique ! L’innovation low-tech, low-carbone est en Afrique !
Pour ensuite, pourquoi pas, voir certains parmi vous pivoter vers une activité d’abord complémentaire et sait-on jamais, importante demain.

Nous envisageons sérieusement une BOX du monde de demain, qui au lieu de mettre en relation suppliers et buyers de voyages, sera une plateforme d’échanges de savoir-faire, de produits uniques, de semences, de bonnes pratiques, de troc entre un producteur de spiruline au Tchad et un producteur de quinoa dans les Andes, ou un exploitant d’espace forestier. 
En somme, nous considérons que notre communauté de professionnels du voyage est d’autant plus en danger qu’elle est éloignée de son public (typiquement, le dmc en Nouvelle-Zélande travaillant avec le marché francophone).
Avec la même lucidité, nous voyons ce réseau mondial de réceptifs comme un formidable socle d’experts worlwide de la logistique, curieux de tout et ayant chacun un formidable réseau local dans les endroits les plus reculés de la planète.
Notre BOX pourrait les mettre en réseau ! Et c’est un avenir possible, ambitieux et très enthousiasmant. Ensemble, en confiance, on se dit même que c’est une fucking good idea. 
Affaire à suivre.


Alerte lancée par le Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE), dans la 10e édition de son « Emissions Gap Report », publiée mardi 26 novembre 2019:

« Notre incapacité collective à agir rapidement et énergiquement contre le changement climatique signifie que nous devons dès maintenant réduire considérablement nos émissions, prévient Inger Andersen, la directrice exécutive du PNUE. Cela montre que les pays ne peuvent tout simplement pas attendre la fin de 2020 [et la COP26] pour intensifier leur action. Ils doivent agir maintenant, ainsi que chaque ville, région, entreprise et individu. »

« Des transformations sociétales et économiques majeures doivent avoir lieu au cours de la prochaine décennie pour compenser l’inaction du passé, notamment en ce qui concerne la décarbonisation rapide des secteurs de l’énergie, du bâtiment et des transports »

« Chaque année de retard à partir de 2020 nécessitera des réductions d’émissions plus rapides, ce qui deviendra de plus en plus cher, improbable et difficile »

« Il n’y a aucun signe de ralentissement, et encore moins de diminution, de la concentration des gaz à effet de serre dans l’atmosphère malgré tous les engagements pris au titre de l’accord de Paris sur le climat »

« Nous laissons aux générations futures un monde où non seulement le réchauffement sera très important, mais où il faudra aussi pomper le CO2 que nous émettons aujourd’hui. C’est très problématique d’un point de vue éthique »

L’Édito de Tom, le vrai…

Mais tu peux pas être écolo ! Tu vends des voyages !

Voilà ce que vous risquez d’entendre les prochaines années… voilà ce que nous entendons parfois depuis quelques mois; depuis que nous avons eu une crise “d’éco-conscience”.
Fabrice, mon associé, a commencé à m’envoyer des “signes” courant juillet en me demandant comment était le climat à Marseille, ce que j’en pensais. Je répondais naïvement “Ben il fait chaud et j’adore quand il fait chaud…
C’est en août, quand il m’a appelé que j’ai vite senti que beaucoup de choses se bousculaient dans sa tête. Il me recommanda alors d’écouter Jean-Marc Jancovici et son interview sur le site de Présages : https://www.presages.fr/blog/2018/3/12/jean-marc-jancovici.

Et à partir de là, il n’a eu cesse de m’alimenter de livres, podcasts, vidéos sur le sujet… mon associé a été mon “déclencheur” sur cette prise de conscience.
Chacun aura son déclencheur, son révélateur, et nous avons décidé que Togezer devait essayer humblement de jouer ce rôle en lançant une réflexion, un think tank autour de ce sujet.

De quel sujet parle-t-on ?

Ce que nous avons réalisé dernièrement, ce n’est pas juste que la Terre se réchauffe et que l’humanité pollue trop. Nous l’avons traité d’abord comme de la gestion de risques en évaluant les conséquences et les probabilités de chaque scénario sur la table: conséquences politiques, économiques, sociologiques, professionnelles, personnelles. Au final, cela a affecté notre manière de penser et d’appréhender l’avenir.
Cette vidéo courte et dynamique définit bien le sujet : cliquez ici pour voir la vidéo

Sans vouloir faire une explication exhaustive, voici quelques éléments clés sur notre cheminement.
L’Homme est obsédé par le concept de croissance de la production. Tout notre système économique actuel est basé là-dessus.

Il est également basé sur un postulat de départ exprimé par Jean-Baptiste Say dans son cours complet d’économie politique pratique, en 1828-1930 :  » Les ressources naturelles sont inépuisables, car sans cela nous ne les obtiendrions pas gratuitement. Ne pouvant être ni multipliées, ni épuisées, elles ne sont pas l’objet des sciences économiques.  » 

Malheureusement, ce postulat est faux, on le sait aujourd’hui avec certitude, les ressources sont épuisables et ne sont pas gratuites.

Rien de nouveau sous le soleil me direz vous. Mais imaginez un monde où effectivement le coût de l’énergie augmente drastiquement, débouchant sur une augmentation forte du prix de tous les produits carbonés, c’est à dire à peu près tout. Essayez de passer une journée à réfléchir à l’impact carbone de tout ce qui vous entoure, de ce que vous achetez, de ce que vous jetez…
C’est à devenir fou de se rendre compte à quel point nous sommes intoxiqués au pétrole, à la croissance…

Le système est lancé dans une course folle, nous sommes tous conscients de cela et nous ne savons pas comment le ralentir, l’arrêter. A sa manière, chacun y va de son geste, de son implication tant que cela ne bouleverse pas son confort. C’est tellement difficile d’essayer de changer ! Je vis toutes ces contradictions au quotidien.

Alors que pouvons-nous faire ?
Cet article résume bien la problématique :
https://youmatter.world/fr/ecologie-eco-gestes-impact/

La solution viendra de ceux qui osent “rêver et imaginer ”

La solution doit venir des citoyens mais aussi de ceux qui ont un impact plus global.
Malheureusement, les grands acteurs économiques, les hommes politiques n’arrivent pas à prendre conscience de l’urgence, ou tout simplement n’arrivent plus à sortir du système en marche.

A quel moment la prise de conscience s’emparera de tous ces acteurs ?
A quel moment cela déclenchera l’innovation, l’invention suffisante pour ralentir et permettre de continuer à croître autant en ayant un impact écologique minime ?

Nous n’avons évidemment pas la réponse à cela et nous ne portons aucun jugement face à ce manque de réaction.

Cependant, nous pensons qu’une part de la solution viendra de ceux qui osent rêver, imaginer un monde différent et meilleur.
Cette peur, ou cette déprime qui peut s’emparer de nous face à un constat anxiogène, sera génératrice d’idées et nous poussera à nous réinventer.

Alors, humblement et parce qu’il faut bien commencer quelque part, nous allons lancer Togezer et ses membres dans cette réflexion commune. Beaucoup d’énergie se dégage de cette “bande de réceptifs” que vous êtes et de tous ceux qui “virevoltent” autour de Togezer.

Imaginez si nous mettons toute cette énergie à réfléchir à un tourisme différent, meilleur.
Imaginez si nous réfléchissons ensemble à rendre nos entreprises plus durables, autant écologiquement qu’économiquement.
Imaginez que nous réfléchissions ensemble à des systèmes de management et d’organisation plus horizontaux et plus justes…

Dans 20 ans, même si on se trompe, on aura participer à changer certaines choses et on l’aura fait ensemble… Togezer…
Tous ces changements vont clairement avoir un impact sur notre métier qu’on le veuille ou non, en tout cas, je le crois.
De quelles manières ? Je n’en sais rien. Les touristes vont-ils arrêter de prendre l’avion et se tourner vers la micro-aventure ? 
Vont-ils décider de voyager plus longtemps dans chaque destination, en voyageant moins mais mieux ?
Allons-nous être obligés de voyager virtuellement via des casques de réalité virtuelle ?

Des questions plus larges se posent aussi. En terme de management par exemple, les nouvelles générations arrivent sur le marché du travail avec cette volonté de donner du sens à leur métier, à être des éco-citoyens responsables et ils cherchent un système plus juste, loin des modèles verticaux que nous avons connus.

Puis, nous avons dressé chez Togezer quelques pistes de réflexion en anticipant le prochain numéro du Yakafokon qui aura pour objet : “ Quelles solutions pour après-demain et comment augmenter l’intérêt sociétal de nos entreprises ?
Ce sera le thème du prochain Yakafokon, à sortir dans quelques mois, et l’idée est d’aller au delà du constat et tenter d’inventer le voyage de demain. Nous avons déjà reçu une dizaine d’articles remarquables, voici un petit teaser: le slow travel, cinema&voyage, famille&voyage, voyage et serendipité, voyage local, le trek2020, partager la vie locale, l’oenotourisme, microaventure, voyage & tour du monde en voilier…

Vers un plan B

Je suis associé de Terra Group, un groupe de réceptifs, co-fondateur de Togezer et je ne m’imagine pas en tant qu’entrepreneur ne pas commencer à réfléchir à un “plan B” face à ce qu’il se passe. Je ne souhaite pas que nos associés, nos salariés, nos partenaires externes, et par extension ma famille et moi-même soyons impactés par ce qui risque d’arriver faute de “courage et de vision”.

Le plan B : c’est utiliser notre réseau, notre expertise et bouleverser notre business model, nos organisations pour nous préparer à ce qui arrive.
Dans le cas du tourisme, cela peut nous amener à remettre totalement en cause le produit que l’on vend : le voyage.
Un réceptif a souvent un excellent réseau local, en plus de vendre du voyage c’est un fabuleux logisticien, avec des équipes bien implantées dans le pays qu’il opère.

L’objectif du plan B est d’utiliser ces ressources pour développer une autre entreprise en parallèle de son métier actuel. Ainsi son entreprise a deux activités, et en cas de chute du tourisme alors il peut bifurquer sur l’autre activité.
Comme disait Lavoisier : “Rien ne se perd tout se transforme” et le réceptif pourra alors s’en sortir. 

Et dans le meilleur cas, c’est à dire le cas où nous aurions tort et que le tourisme continue sur sa croissance, que l’on trouve des solutions vertes et durables pour continuer à voyager, alors nous aurons deux métiers et nos entreprises seront encore plus florissantes.

Ce n’est pas la première fois que nos entreprises sont confrontées à une telle transition. Ces débats ont également eu lieu lors de la transition digitale qui a bouleversé notre métier.
Ces transitions entraînent la confrontation de deux “visions” de l’avenir faisant appel aux mêmes leviers.
Cet article détaille bien les liens entre ces deux transitions : https://www.cairn.info/revue-responsabilite-et-environnement-2017-3-page-5.htm#

Pour Togezer, nous allons mettre en place ce plan B.
Nous réfléchissons encore à différentes pistes.

Ce numéro a pour but de faire un constat de ce qui se fait chez différents réceptifs ou acteurs du voyage.
En essayant de répondre à la question : “ Comment réduire l’éco- empreinte du tourisme ? ”.
Pour cela, nous ouvrons le débat, la discussion, vous êtes tous amenés à donner votre avis, nous parler de vos solutions.

Pour les moins informés sur le sujet, nous avons mis en place une médiathèque, non-exhaustive, de nos meilleures lectures, podcasts ou vidéos.
N’hésitez pas à nous en demander l’accès à fabrice@togezer.travel ou à nous écrire afin d’y contribuer.
Cette médiathèque collaborative a pour but de recommander à chacun des lectures sur ce sujet vaste et complexe.

Puis, nous avons dressé chez Togezer quelques pistes de réflexion en anticipant le prochain numéro du Yakafokon qui aura pour objet : “ Quelles solutions pour après-demain et comment augmenter l’intérêt sociétal de nos entreprises ? “

Ce numéro n’aurait jamais vu le jour sans le travail remarquable de Fabrice, Emma et Sarah, qui en quelques semaines ont réuni ces articles et monté la médiathèque. Bravo à eux !
Également un grand merci à tous les rédacteurs qui ont pris le temps malgré leur quotidien chargé pour écrire des articles de grande qualité ou répondre à nos interviews.

Ce numéro “transpire” les valeurs de Togezer : associativité et collaboration.
C’est le deuxième Yakafokon seulement mais nous en sommes très fiers et cela ouvre de belles perspectives et promet des discussions passionnantes.

C’est un très beau cadeau de Noël en avance !

Bonne lecture et “ bon bout d’an” (comme on dit dans le sud)