Le Grand baZar de la rentrée

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Du greenwashing à l’ère de la défiance : ça va chauffer !

Par François Piot, 46 ans, Président de Prêt à Partir depuis 1998.

Ingénieur de l’École Centrale de Paris, DEA de biophysique moléculaire et d’un DESS de gestion des entreprises (IAE Paris). Entre dans l’entreprise familiale après une brève carrière de chercheur au CNRS (2 ans) et une coopération en Autriche à vendre des ventilateurs.


Il y a 12 ans, j’ai fait la rencontre de Daniel Masson, président de Niger ma Zaada, ONG qu’il avait fondé quelques années auparavant. Daniel m’a expliqué ce que son association réalisait au Niger. Dans un rayon d’action limité, à environ 45 minutes de Niamey, Niger ma Zaada avait construit des puits, des écoles, un centre de soins. Daniel partait plusieurs fois par an au Niger, sur ses deniers et en bénévole, pour suivre les chantiers financés par les fonds de l’association. Il m’a paru sympathique, compétent, et exemplaire, je lui ai signé un chèque de 3 000 €. Et n’ai pas oublié de demander mon reçu fiscal.
Douze ans plus tard, nos dons cumulés se chiffrent à 500 000 €. Par l’intermédiaire de Niger ma Zaada, nous avons financé des puits, des écoles, un centre de soins, un grenier, et un programme de conservation des dernières girafes d’Afrique de l’Ouest, pour lesquelles nous avons replanté quelques 60 000 arbres. Chaque année, nous donnons un peu plus à l’association. Nous avons écrit ensemble une belle histoire, qui s’est enrichie années après années. Cinq personnes de notre entreprise, dont moi-même, sont allées au Niger, encadrées par l’association. Daniel Masson intervient régulièrement auprès de nos équipes de ventes, et nous associons nos clients aux actions menées sur place. Nous les informons, nous les sensibilisons, et nous les remercions, car c’est grâce à eux que nous pouvons «faire notre part» au Niger.

Daniel m’a confié qu’il avait visité, en Afrique, des zones replantées de millions d’arbres… sur le papier. Dans les faits, malgré les panneaux arborant le nom des généreux mécènes, autour, c’est resté le désert. Les sponsors ont-ils réellement payé leur part ? L’argent s’est-il évaporé ? Ce qu’il y a de certain, c’est que le reçu fiscal a bien été utilisé !
Le 30 septembre dernier, Air France annonçait vouloir replanter 70 millions d’arbres pour compenser les émissions de CO2 de ses vols intérieurs. L’information est tombée juste après la faillite d’Aigle Azur et de XL Airways, et surtout après plusieurs mois de « flygskam », la honte de prendre l’avion. Il suffit de lire les commentaires sur le web pour comprendre que l’effet n’est pas celui escompté. Il y a 10 ans, Air France aurait reçu le prix Nobel du développement durable, comme Al Gore a reçu celui de la paix avec des données falsifiées. Aujourd’hui, le citoyen est mieux informé que formé, et il ne croit plus ce qu’on lui raconte. Le scepticisme radical, la chasse aux sorcières du greenwashing, l’ivresse de la théorie du complot, bienvenue dans l’ère de la défiance !

La faillite de Thomas Cook va changer durablement la relation entre le voyageur et son agence de voyages. Cela faisait 178 ans que Thomas Cook vous faisait découvrir le monde. Et, soudainement, tout s’arrête. Il faut repayer les hôteliers, rapatrier les clients, rembourser les acomptes. My God, que fait Scotland Yard ? Dieu sauve la Reine, et mes vacances… Alors, de grâce, ne venez pas me raconter que mon voyage en avion réchauffe la planète et que je ferai mieux de prendre le train électrique ou de partir en covoiturage. 

Nombreuses et louables ont été les initiatives dans notre métier pour proposer des voyages plus écolos : du label Chouette Nature de Cap France au Framissima Nature de Soustons, en passant par le tourisme « nature » d’Austro Pauli ou de Voyager Autrement. Malheureusement, nos clients ne se sont pas rués sur ces voyages qui n’ont jamais trouvé de rentabilité… durable. Quand j’ai rejoint l’entreprise familiale il y a 20 ans, nos clients partaient principalement en vacances autour de la Méditerranée, pendant deux semaines estivales en hôtel-club. Intuitivement, j’ai voulu rajouter à notre catalogue deux superbes circuits : l’un en Bourgogne autour des églises romanes, l’autre au nord de Paris pour visiter les premières églises gothiques. Inutile de vous dire que nous avons annulé les deux voyages.

13 ans plus tard, j’ai récidivé en déposant la marque « Esprit et Culture » pour organiser des voyages avec le diocèse de Nancy. A l’occasion du lancement de cette très belle croisière avec des excursions exceptionnelles, nous avions organisé une fabuleuse conférence avec le journaliste et écrivain, spécialiste des religions, Antoine Sfeir – paix à son âme. Nous avons réuni plus de 2000 personnes en une soirée mémorable, et… vendu 2 cabines sur le bateau. Au début de notre partenariat avec Niger ma Zaada, nos vendeurs avaient pour consigne de demander 3 euros par voyage à nos clients, et de leur expliquer nos actions au Niger. Devant les réactions parfois décevantes, parfois agressives de nos clients, nous avons simplement augmenté nos frais de dossier de 3 euros et  glissé une carte de remerciement dans nos carnets de voyages. Culpabiliser les clients ne sert à rien, sinon à leur donner envie de changer d’agence de voyages.

Quand Fabrice Pawlak m’a proposé de rédiger un article pour le Yakafokon, nous venions d’avoir une discussion sur le voyage éthique et la dimension sociétale des voyages à proposer à nos clients. Et nous n’étions pas du tout d’accord. Nous ne changerons pas les goûts de nos clients, et notre métier est de leur conseiller le voyage qui leur apportera le plus de joies et de souvenirs. Nous avons certes une responsabilité dans les conseils que nous leur prodiguons, y compris en matière de responsabilité sociétale et environnementale. Par exemple, nous luttons contre le tourisme sexuel. Mais si notre client veut lézarder deux semaines au bord de la piscine en évitant tout contact avec les indigènes ou aller passer un week-end à Pékin, nous lui vendrons quand même. 

En revanche, avec un bout de la marge de ces voyages, nous pouvons agir. C’est ce que nous faisons, par exemple en finançant Niger ma Zaada. Nous consacrons une part importante de nos résultats à des investissements dans les énergies renouvelables (panneaux solaires, centrales hydro-électriques, centrales de méthanisation). Comme le colibri, nous faisons notre part. Pour changer les mentalités, pour changer les habitudes, il faudra la force de la loi. Restreindre, interdire, taxer. 

Cela suffira-t-il pour stopper le réchauffement climatique à un niveau acceptable ? Soit la corrélation entre le taux de CO2 dans l’atmosphère et la température moyenne de la planète est un hasard, ce qui signifierait que l’activité humaine n’a pas d’impact démontré sur le climat, soit il est déjà trop tard pour éviter un réchauffement qui devrait atteindre plusieurs degrés et plonger l’humanité dans un chaos inimaginable : montée des eaux, réfugiés climatiques, famines, pandémies, et bien sûr une guerre mondiale, qui mettrait peut-être fin à notre espèce. Restons optimiste pour Gaïa : l’homme est arrivé dans les dernière secondes de la vie sur Terre – 400 000 ans sur 4,5 milliards d’années – et plein d’autres espèces n’attendent que notre disparition pour prendre le pouvoir. Il y aura une Terre pleine de vie après notre disparition. Rappelons que les dinosaures, ces êtres soi-disant mal adaptés et stupides, ont régné sur la planète pendant 160… millions d’années. Dans tous les cas, exit la question du CO2. Évidemment, pas politiquement correct…

En revanche, nos enfants vivront la fin du pétrole. La fin du pétrole comme carburant, car il y en aura toujours, mais on ne l’utilisera plus comme aujourd’hui, tellement son prix aura monté. On l’utilisera tellement peu qu’il redeviendra moins cher qu’aujourd’hui. Souvenez-vous que nos grands-parents ont connu la fin du charbon, grâce au déploiement du nucléaire en France. Le voyage est devenu un besoin essentiel pour beaucoup d’entre nous. La liberté de se déplacer pour pas cher est devenu une liberté fondamentale. Quand j’étais enfant, un voyage en Thaïlande coûtait 20 000 francs (3 000 euros) et durait 3 semaines. Aujourd’hui, personne ne part trois semaines en voyage ! Et l’offre s’est adaptée à la demande : un week-end à Pékin plutôt qu’une vraie découverte de la Chine. Pour un week-end, ne vaudrait-il pas mieux une bonne expérience 3D avec un casque de réalité virtuelle qui, comme le DVD élimine la pub, permettra d’éviter les contrôles dans les aéroports et les files d’attente dans les musées ? Une visite virtuelle de la Cité Interdite, sans bouger de son canapé.

L’autre tendance serait le « slow tourisme » : on court toute l’année métro-boulot-dodo, pourquoi ne pas prendre son temps pendant les vacances ? Il faudra alors repenser nos programmes, passer du temps à visiter tous ces merveilleux sites touristiques secondaires, déserts et authentiques. Partir à la rencontre de celui qui nous accueille dans son pays, découvrir son histoire, sa civilisation, ses mœurs et ses coutumes. Toutes choses que nos touristes stressés et pressés n’ont pas le temps de voir. 

Bien entendu, si on part moins souvent mais plus longtemps, le bilan carbone du voyageur s’améliore, car c’est le vol qui émet le plus de CO2. Il est probable que le chemin sera, une fois de plus, montré par le monde de l’entreprise : de plus en plus de sociétés utilisent la vidéo-conférence pour éviter un rendez-vous de deux heures à l’autre bout du monde. Le voyage le plus économe en CO2 est celui qu’on ne fait pas… Dans les appels d’offres de business travel, on commence à voir apparaître de nouvelles demandes liées à la RSE de l’entreprise. Par exemple, le montant des émissions de CO2 liées au déplacement. C’est une piste intéressante : êtes-vous prêt à payer votre voyage un peu plus cher si votre avion est plus économe en kérosène ? Êtes-vous disposé à prendre le train plutôt que l’avion ? A utiliser Airbnb plutôt qu’un hôtel de chaîne ? Observons bien ce qui se produit dans le monde du voyage d’affaires, cela nous montrera l’évolution du comportement de nos voyageurs.

Si on résume notre plan-climat chez Prêt à Partir pour les 5 ans qui viennent :

  • Renseigner les voyageurs sur leur impact CO2 de la façon la plus précise possible, dès le devis ;
  • Inciter nos clients à partir plus longtemps, mais moins souvent, pour de véritables expériences avec les populations locales ;
  • Consacrer une part toujours croissante de notre marge à des actions utiles et durables qui donnent du sens à notre métier.

On ne va pas sauver le monde, mais on va juste essayer de rendre nos clients, nos fournisseurs et nos collaborateurs un peu plus heureux.

Structurer ses actions à l’aide d’un label de certification durable

Avec Philippe Richard, co-fondateur et directeur des ventes du groupe EASIA Travel, agences réceptives basées au Vietnam, Cambodge, Laos, Birmanie et Thaïlande. 

Propos recueillis et rédigés par Emma Dominguez pour TogeZer le 22/10/2019 


L’origine d’Easia Travel  

De formation d’une grande école commerce, Philippe enchaîne les refus successifs d’embauche professionnelle, aucune grande entreprise du CAC40 n’a voulu de son profil, il n’arrivait pas à passer les tests psychologiques des recrutements. Philippe les remercie vivement aujourd’hui car cela lui a permis de trouver vraiment sa voie. En effet, à cette époque, son envie de vivre à l’étranger le pousse à aller rendre visite à un copain d’enfance vivant au Vietnam, il tombe amoureux du pays et trouve un boulot chez un réceptif local. Sans possibilité d’évolution dans cette entreprise, il côtoie Hoa sa collègue vietnamienne de l’époque, ils s’entendent bien et décident de créer leur propre structure. C’est la naissance d’Easia Travel en 2000, une agence réceptive d’abord présente au Vietnam, puis ils seront rejoints par Huy, l’autre associé vietnamien. Philippe définit Easia Travel comme une société multiculturelle travaillant exclusivement en BtoB.

« Le premier slogan d’Easia Travel, c’était rencontre au bout de l’horizon. Le voyage pour nous, c’est avant tout des rencontres. L’aspect sociétal du voyage avec la découverte d’autres cultures, c’est ce qui nous a motivé dès le départ. On a toujours travaillé sur des circuits proches de la nature et de l’habitant. A l’époque, il fallait d’ailleurs convaincre les agents de voyage que dormir en jonque avec les locaux sur la baie d’Halong était tout à fait sécurisant et combattre l’idée qui circulait qu’il y avait des pirates dans la baie. Côté nature, Huy nous a aidé à développer cette dimension, il a été le premier à faire des voyages en kayak de mer avec National Geographic notamment »

Puis, d’autres ouvertures se font au Laos, Cambodge, Birmanie et Thaïlande, Easia Travel se retrouve alors en plein essor. L’entreprise compte aujourd’hui 400 salariés répartis entre ces 5 pays asiatiques.

La prise de conscience vient de plein fouet, les actions s’ensuivent.

Depuis le début, Easia Travel a toujours travaillé sur l’aspect sociétal du voyage et notamment la rencontre avec les habitants, l’aide en local : « Par exemple, on aide les familles en investissant dans l’amélioration et la restauration de leur habitat pour accueillir les voyageurs, ce qui fait vivre localement beaucoup de monde. Cet aspect sociétal a toujours été naturel et fondamental pour nous. »

Mais le travail sur la dimension environnementale est venu d’une prise de conscience de l’urgence climatique il y a environ cinq ans : « Les vietnamiens n’ont pas conscience du niveau de pollution qui a été atteint. En dehors de la Thaïlande (ndlr pays déjà bien développé), les autres pays n’ont découvert la consommation et le mode de vie occidental que très récemment, et ils mordent dedans à pleine dent – comme nous le faisons, nous occidentaux. »

Voyant que les petites actions ne suffisaient plus, les fondateurs d’Easia Travel décident alors de structurer leur démarche et de l’intégrer dans toutes les actions inhérentes à l’entreprise. C’est pour cela, qu’ils ont souhaité passer au stade de la certification avec le label Travel Life. A l’époque, Philippe fait un comparatif de tous les modèles de certification de la place : Travel Life, ATR, Green Globe, Global Sustainable Tourism Council, Earth Check, United Nations Global Impact, etc.

« Nous avions écarté ATR – le label français – car il ne certifie que la distribution, à la différence de Travel Life qui certifie toute la filière : la distribution, les réceptifs et les hôteliers. En effet, si la boutique est certifiée durable mais que ce n’est pas le cas de tes fournisseurs, la démarche ne va pas jusqu’au bout, pour moi c’est du greenwashing. Ce qui a nous a fait choisir Travel Life, c’est le côté organisationnel, des formations ont lieu régulièrement, il y a un support techno-éducatif qui te permet au fur et à mesure d’avancer dans ton processus de certification. C’est un peu l’équivalent de B CORP, le label américain, même si grosso modo, n’importe quelle société française qui respecte la législation rentre dans les critères B CORP. Il faut savoir que quand tu rentres dans la certification du tourisme durable, ce n’est jamais fini car tu es toujours en évolution, c’est ce qui est le plus intéressant, c’est de se remettre en cause constamment. »

Il y a 5 ans, les fondateurs d’Easia Travel annoncent en interne le processus pour obtenir la certification Travel Life : « ce qui a été génial, c’est de voir à quel point les équipes se sont appropriées ces problématiques, nous n’avons jamais eu à dire, il faut être durable. Nous avons demandé à nos 400 salariés si tout le monde était d’accord et c’était le cas. ». Philippe pense que le succès vient du fait qu’il n’y avait que des initiatives isolées (liées à une demande d’un voyageur plus sensible, liées à un employé qui menait une action par-ci, par-là), ce qui ne faisait pas avancer la problématique au global, il fallait faire un vrai travail de fond.

Pour obtenir leur certification, toute l’entreprise y a travaillé pendant 3 années, une équipe dédiée spéciale durabilité a été constituée pour mettre en place les actions concrètes et les procédures, il a fallu faire un gros de travail pour former les employés. Cela a été contraignant mais très structurant. L’équipe « durabilité » compte aujourd’hui 8 personnes à temps plein sur les 5 pays (Vietnam, Laos, Cambodge, Birmanie et Thaïlande).

Voici quelques exemples d’actions concrètes sur lesquels Travel Life les a aidé à réfléchir et à mettre en place :

–        Le bien-être animal : prenons le cas des éléphants, l’équipe d’Easia Travel s’est rapprochée de spécialistes pour comprendre les problématiques qui sont en réalité assez complexes : « Lors du dernier meeting au Global Sustainable Tourism Council (GSTC) à Chiang Mai, il y a des interrogations qui restent encore en suspens, les spécialistes ne sont pas encore complètement sûrs des impacts du tourisme sur les éléphants. Des TO ont pris des positions extrêmes en bannissant les camps d’éléphants de leurs circuits, mais en réalité ce n’est pas si tranché que cela. On a donc fait un audit de chaque camp et on a arrêté une liste des camps qui nous semble répondre aux derniers critères élaborés par le GSTC mais il n’existe pas de grille de certification, cela fait encore partie des choses mouvantes. »

–        Bannir les bouteilles en plastique : A partir de janvier, il n’y aura plus aucune bouteille en plastique, ni lingette (à utilisation unique) dans les voyages proposés par Easia Travel. Au Cambodge, Easia Travel a rejoint le mouvement Refill Not Landfill. Puis les autres destinations ont suivi. Ces actions impliquent de mettre en place des fontaines à eau sur tous les lieux où les voyageurs passent. Deux années de travail ont été nécessaires avec les prestataires (guides, hôtels, restaurants). « Le plastique est une vraie problématique, chaque jour sur les temples d’Angkor, c’est l’équivalent de 4 piscines olympiques remplies de plastiques consommés (150 000 bouteilles par jour). Le paradoxe, c’est qu’on n’est pas aidé par les autorités locales, ni par les grandes entreprises telles que Coca Cola, le plus grand distributeur de bouteille au monde, qui gagne plus d’argent en vendant des bouteilles en plastique que la boisson elle-même. Et de l’autre côté, des entreprises comme nous, dépensent une énergie folle pour empêcher d’acheter ces produits occidentaux. L’utopie serait que ces grandes entreprises distribuent elles-mêmes ces fontaines pour vendre leurs boissons. Le système est aberrant, et revient au débat sur l’économie circulaire. »

–        La protection des enfants : Easia Travel a rejoint l’organisation Child Safe qui les a aidé à définir des lignes directrices pour s’assurer que leur société prévienne et réponde aux problématiques d’abus des enfants, que les produits ou services de l’entreprise aient le meilleur impact sur les enfants (voyageurs et locaux) dans les écoles, villages, etc.

Le coût des certifications revient souvent dans le débat. Pour Travel Life, il faut compter entre 400 et 2000 euros par an suivant la taille de la société et le pays concerné. Philippe nous précise qu’en réalité : « Le vrai coût, c’est celui l’équipe et des moyens qui sont mises en place. Le fait que tout le monde l’ait accepté aussi chez Easia Travel permet aussi une mise en place plus rapide, et d’un autre côté, l’impact auprès des salariés est important, je pense que les salariés sont plus heureux et plus fiers de travailler chez nous, leur métier prend du sens. »

Chaque année, Easia Travel est soumis à un audit pour renouveler la certification, et l’entreprise doit également auditer ses prestataires. Évidemment, ce processus crée également un impact sur comment construire les programmes : limiter l’avion, proposer des modes de transport plus alternatifs, privilégier les restaurants ayant une approche bio et durable, éviter le gaspillage des repas. Philippe conclut par : « Le stade de la certification, c’est sans fin, ce n’est en fait que le début du travail, il faut toujours s’adapter aux conditions qui changent, s’améliorer, trouver de nouvelles idées, c’est un réel engagement. »

La (R)évolution est en marche…

Philippe observe que le mouvement est général même si cela dépend de la sensibilité des agences de voyage, TO et des voyageurs : « Quand Easia Travel lance le mouvement pour remplacer les bouteilles en plastique par des gourdes, l’entreprise constate que les voyageurs sont fiers de revenir ensuite dans leur pays avec ce produit. Le plus dur finalement, c’est de changer les habitudes dans la vie quotidienne, Alors que quand tu es vacances, tu es déconnecté, si on t’apporte la solution, tu vas te l’approprier le temps de tes vacances car tu auras le temps d’en prendre conscience. Même si c’est une goutte d’eau. »

Le tourisme durable lui fait beaucoup penser à la filière d’agriculture biologique il y a 15 ans. De par son environnement familial, Philippe a baigné dans ce milieu : « Quand on parlait de l’agriculture biologique, les gens étaient réticents comme si l’on parlait d’une secte car cela remettait en cause 50 ans d’habitude alimentaire, de mode de vie. Le bio, c’est revenir à des techniques plus anciennes, moins productives et surtout moins rentables pour des grosses entreprises qui structurent la filière avec une agriculture très intensive. Mais aujourd’hui, l’agriculture bio n’est plus remise en question, la vraie question qui se pose : c’est comment faire en sorte de la rendre accessible à tout le monde ? La problématique a donc complètement changé. Pour le tourisme durable, c’est la même chose, j’espère juste que la transition sera plus rapide. »

Concernant l’avenir du voyage, Philippe distingue deux types de voyage. D’un côté, il différencie le voyage d’affaire : « il faut repenser ce type de voyage, ce sont beaucoup de trajets courts en avion souvent pour des réunions clients très courtes alors que l’impact sur l’environnement est énorme. Envisager une autre façon de rencontrer ces clients, changer notre mode de fonctionnement pour limiter les déplacements professionnels tout en gardant une certaine efficacité et proximité avec les clients, c’est le défi de demain de ce type de tourisme. ». Et de l’autre côté, Philippe précise que pour le voyage loisir : « il faudra sans doute changer nos habitudes de prendre un vol long courrier une fois par an pour aller en vacances, il y aura un certain niveau de décroissance, c’est sûr. En accumulant les voyages en permanence, on rentre dans la consommation, cela n’a plus de sens, il n’y a plus ce côté découverte, ce qui va changer la manière de travailler des réceptifs, il faudra s’y adapter. ».

Ce qui lui parait positif, c’est que toute l’industrie commence à s’émouvoir de la problématique du tourisme durable, c’est en effet un bon moyen d’avancer vite si toute la chaîne du voyage s’empare du sujet : agences de voyage, tours opérateurs, réceptifs, hôteliers, guides, restaurateurs et voyageurs.

S’engager, pas toujours facile mais indispensable !

Par Bianca Von Lieres, namibienne de 47 ans, fondatrice de Matiti Safaris en Namibie.

Diplômée de « Retail Business Management » au Cape Technikon, puis 2 ans guide freelance en Namibie, j’ai fondé le réceptif Matiti Safaris en 1999 avec Gwendal Cochet pour valoriser le patrimoine exceptionnel namibien. Notre réceptif est le spécialiste francophone du voyage sur-mesure en Namibie, l’équipe compte aujourd’hui 60 employés. Contact : bianca@matitisafaris.com


Notre mission est celle de la plupart des réceptifs dans le monde entier : accueillir les voyageurs dans les meilleures conditions possibles et leur faire découvrir les beautés de la Namibie tout en ayant une bonne influence sur les communautés et le pays dans lequel nous vivons.
Cela passe aussi par le bien-être de nos employés, leur formation et leur accompagnement jour après jour. Notre principale clientèle parle français, aussi, nous employons quelques guides étrangers. Néanmoins, notre but principal est d’offrir de nouvelles opportunités aux Namibiens, et leur permettre d’accueillir et guider notre clientèle francophone. Nous offrons une formation complète qui va des techniques de guidage aux cours de français dispensés gratuitement au sein de notre entreprise. C’est un risque certes, car il est arrivé que des guides formés nous quittent à la fin de leur apprentissage, mais nous sommes persuadés que les Namibiens sont les meilleurs ambassadeurs de leur pays, et leur formation est également une garantie pour nos clients et pour notre réputation auprès de nos agents. Aujourd’hui, nous avons parmi nous plusieurs guides namibiens qui parlent couramment français et guident en parfaite autonomie.  

Il ne faut pas oublier notre équipe au bureau : elle a cette même opportunité d’apprendre le français. Tous nos documents de voyage sont en français et sont souvent rédigés par des personnes sans aucune connaissance de la langue française (cela demande une vérification rapide par une personne qui connaît la langue). Pour faire gagner du temps, nous encourageons les consultants à participer aux cours de français proposés gratuitement dans nos locaux, en partie pendant les heures de travail (sur un cours de 1h30, une heure se déroule pendant les heures de travail, et 30 minutes pendant leur pause déjeuner). Environ 50% de nos consultants ont déjà une très bonne notion du français et peuvent le lire (le parler est un peu plus difficile).
20 ans après sa création, Matiti Safaris compte aujourd’hui plus de 60 employés dont la grande majorité est namibienne. Avoir un emploi c’est subvenir à ses besoins, ceux de sa famille mais aussi avoir accès à de nouvelles opportunités au sein de son entreprise. Nous sommes donc fiers de pouvoir rallier nos employés à nos valeurs et faire en sorte ensemble que notre empreinte en Namibie soit la plus vertueuse possible.
Nous nous engageons depuis le début dans des projets solidaires. Nous croyons en effet en un tourisme durable et bénéfique pour tous. Il y a plus de dix ans maintenant, nos employés ont créé un « Social Committee » et aujourd’hui nous avons différents projets et actions mis en place tout au long de l’année :
Nous organisons des soupes populaires dans le quartier de Katutura en partenariat avec l’association Family of Hope qui vient en aide aux enfants défavorisés ou orphelins.
Nous cuisinons et servons des dîners dans une maison de retraite également située dans le quartier populaire de Katutura.
Nous récoltons des habits, jouets et objets courants de seconde main auprès des employés et des voyageurs que nous accueillons et les distribuons lors de soupes populaires ou les vendons à tout petit prix pour récolter des fonds et financer de nouveaux projets.

Les autres projets durables qui nous tiennent à cœur sont :

Le Rhino Tracking

Notre circuit Moringa inclut une excursion avec un ranger local sur les pistes reculées du Damaraland à la recherche des rhinocéros qui vivent en toute liberté dans cette région. Nous proposons également sur demande cette activité dans nos circuits guidés privés.
Matiti Safaris travaille avec les rangers locaux afin de leur fournir du travail, un revenu et de les impliquer dans la protection des rhinocéros. Les rangers reçoivent une formation donnée par le SRT (Save the Rhino Trust). Lorsqu’ils partent avec nos clients en excursion, cela leur permet de donner d’importantes informations aux clients sur l’environnement, leur travail, les rhinocéros mais aussi de faire une patrouille anti-braconnage en bénéficiant de notre véhicule pour cela et de noter tout comportement anormal afin de le reporter ensuite.
En 2018, l’association Save the Rhino Trust travaillant dans la région du Kunene, est fière d’annoncer la naissance de 9 rhinocéros dans la région Erongo-Kunene, contre 0 rhinocéros tué par des braconniers.
Une victoire dans la protection de ces animaux et la lutte contre le braconnage !  Rhino + 9 ; braconniers 0

Go Green Matiti #Less Plastic Is Fantastic

Durant nos circuits guidés, pour augmenter la qualité de notre service, nous offrions chaque jour de l’eau en bouteille à nos voyageurs, qui était jetée une fois vide. Afin d’augmenter notre engagement écologique, et de diminuer la pollution plastique en Namibie, les voyageurs recevront désormais une gourde en cadeau de bienvenue, qu’ils pourront remplir au fur et à mesure du circuit avec de l’eau filtrée stockée dans des containers de 10 litres. Chaque container est stérilisé et réutilisé. Le guide assistera les clients pour remplir leur gourde.
Si vous le souhaitez, pour un coup minime nous pouvons faire mettre votre logo avec celui de Matiti Safaris sur les gourdes. Merci de me contacter si cela vous intéresse.

 Let’s keep Namibia picture perfect !

TOSCO Sponsorship

TOSCO (Tourism Supporting Conservation – https://tosco.org/) est une association namibienne à but non lucratif œuvrant pour le tourisme responsable et la préservation de l’environnement. TOSCO soutient la recherche scientifique, ceux qui vivent avec la faune sauvage et la sensibilisation du public pour le bénéfice de tous.
TOSCO s’engage à augmenter l’impact positif du tourisme sur trois niveaux :

  • Économique en créant des bénéfices financiers pour les communautés locales
  • Social en prenant soin et en respectant les cultures traditionnelles et locales
  • Environnemental en protégeant la biodiversité (faune, flore, paysages)

Matiti Safaris est le sponsor le plus important de l’association TOSCO afin de soutenir ses différents projets : participation aux frais d’adhésion annuelle, versement volontaire d’une contribution fixe pour toute personne faisant des excursions dans les rivières de la région du Damaraland (notamment à la recherche des éléphants du désert, c’est-à-dire dans l’Huab/Aba-Huab, Hoarusib, Ugab…), financements de projets ponctuels au cours de l’année (ex : pour le comptage de la faune sauvage en partenariat avec le Ministère de l’Environnement et du Tourisme et autres associations).
En plus d’un apport financier, l’équipe de Matiti Safaris participe bénévolement et de façon régulière aux événements/projets organisés durant l’année.

Go Green Matiti #CarbonOffSettingProgram

Durant nos voyages, il ne nous viendrait pas à l’idée de laisser des détritus derrière nous et nos guides font de leur mieux pour sensibiliser nos voyageurs sur ce sujet. Mais il existe aussi une pollution invisible qui est celle des moteurs de nos véhicules. Le tourisme est aujourd’hui responsable à hauteur de 8% du réchauffement climatique mondial. Mais la bonne nouvelle est que des arbres peuvent nettoyer cela après notre passage. Encore faut-il les planter !

En 2018, Matiti Safaris a pris part de façon active au projet de pépinière avec TOSCO et ELOOLO PERMACULTURE (http://www.tosco.org/cleantravel).
Depuis le 1er janvier 2019, cette formule est automatiquement incluse dans tous nos départs garantis (Moringa, Visions Australes et Namibian Highlights). Et proposée en option pour nos circuits en version privative aux agences.
Le but étant de proposer à nos/vos voyageurs de réduire leur empreinte écologique en Namibie durant leur voyage en sponsorisant des arbres qui seront plantés afin de compenser les émissions de carbone émises par les véhicules.  
C’est un pas majeur vers un tourisme plus durable que nous prenons ensemble. Un opérateur touristique tel que Matiti Safaris se doit de montrer l’exemple et de prendre ses responsabilités dans le combat contre le réchauffement climatique.

ELOOLO PERMACULTURE plante des arbres dans les communautés locales et les écoles qui en prennent soin et en bénéficient directement à l’aide d’un système de permaculture mis en place, permettant aux familles de profiter des différentes cultures pour se nourrir et en retirer des revenus complémentaires.

Investissement dans l’immobilier

Investir dans l’immobilier est une façon d’aider les personnes à gagner un revenu supplémentaire. Il est difficile pour une personne en Namibie de pourvoir acheter seule sa maison. Nous avons alors créé des associations d’employés avec l’aide de Matiti Safaris pour permettre aux personnes travaillant chez nous d’investir et d’être actionnaires à hauteur de leurs moyens dans l’immobilier.  Une fois cet investissement payé, ils retirent des bénéfices des loyers payés.

Bien sûr nous pouvons toujours mieux faire, et on continue à chercher de produits locaux intéressants à soutenir et des nouveaux projets à développer (toutes vos idées sont les bienvenues !). Le plus important, c’est de commencer quelque part, et d’avancer dans la direction qui bénéficie à tout le monde !