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Le sérendipien ♣

Par Fabrice Pawlak – Temps de le lecture : 7 min


QUI EST FAB ? (◔◡◔)
Fabrice Pawlak, cofondateur en 2018 de l’agence Serendip, accompagnateur B2B dans la transition.
Contact : fabrice@agence-serendip.com


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Citons, pour le plaisir, ce passage de Cami, dans  “Les Aventures sans pareilles du baron de Crac“ :
De sa retraite en Gascogne, au château de la Cracodière, il raconte à ses invités émerveillés d’avance les exploits qui établirent sa réputation universelle : « J’ai toujours eu horreur, vous le savez, mes amis, de ces récits extraordinaires, de ces prouesses invraisemblables dont se vantent trop souvent chasseurs ou pêcheurs à la veillée. Le modeste souvenir de chasse que je vais vous conter a du moins pour lui d’être absolument véridique. D’ailleurs, vous allez en juger… »

À un interlocuteur curieux de savoir comment fut découvert le vaccin contre la rage, Louis Pasteur répondit :
«…Par hasard, diriez-vous, mais souvenez-vous que dans les sciences d’observation le hasard ne favorise que des esprits préparés »

Le très ancien conte oriental des Trois Princes de Serendip raconte l’histoire de trois voyageurs, qui au cours de leur périple, font des rencontres inattendues et sont exposés à une série de situations insolites et parfois dangereuses. Le récit raconte comment ils vont tirer profit de ces situations et comment, par de fines observations, et une sagacité à toute épreuve, ils vont transformer ces mésaventures en opportunités… Ce conte devint l’inspiration des aventures de Zadig, de Voltaire, ou encore du Don Quijote de Cervantes, et bien plus tard d’un mot, la serendipity.

La sérendipité est le don de faire des trouvailles par hasard heureux, de trouver ce qui n’était pas recherché, grâce à une observation surprenante. De nombreuses innovations ont en commun un élément : un observateur, un explorateur, un chercheur a, à un certain moment, su tirer profit de circonstances imprévues (…). La leçon est que, pour découvrir, il reste essentiel de garder les deux yeux ouverts, l’un pour ce que l’on cherche et l’autre… pour ce que l’on ne cherche pas ! (1).

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Sir Fleming déclara, lors de la réception de son prix Nobel en 1945 récompensant sa découverte de la pénicilline :
« …la pénicilline était née d’une observation accidentelle. Mon seul mérite est que je ne négligeais pas l’observation… ».

Car le hasard intervient toujours dans une découverte. On ne peut connaître que ce qui existe déjà, et le sentiment de surprise à la vue d’une chose jamais vue se confond alors à une observation fortuite. Aussi, on ne trouve jamais que ce qu’on est pas préparé à voir. Parfois même, on ne veut pas croire ce que l’on sait, surtout en ce moment avec le dérèglement climatique.
Kepler, le grand astronome, le dit autrement : « Les voies par lesquelles les hommes arrivent à comprendre les choses célestes me semblent aussi admirables que ces choses elles-mêmes ».

En effet, pour ceux qui « savent chercher », l’activité même de chercher compte autant que celle de trouver.
George Hugo décrivait ainsi la méthode de travail de son grand-père : «  il jetait l’encre au hasard ».

Suite à un voyage en Inde, John Lennon écrit les titres les plus révolutionnaires des Beatles.

Le voyage de Christophe Colomb est probablement l’exemple le plus étonnant d’une découverte accidentelle dans toute l’histoire du monde : c’est en cherchant une route plus courte pour les Indes orientales qu’il trouva, de manière totalement inattendue, un continent vaste et inconnu.

On pourrait citer ces exemples de découverte, toute obtenues par sérendipité, à travers une suite d’événements rocambolesques : les rayons X, la pénicilline, le roquefort, la tarte Tatin !, le Post-It, le four à micro-ondes, le Viagra, les semelles « gaufrées » de Nike, le Velcro, la poussée d’Archimède, Chanel N°5, le cognac, la pierre de Rosette, les montgolfières, les grottes de Lascaux ou encore le super-amas galactique Laniakea, et même.. l’internet !

Pour trouver ce que nous ne cherchons pas, rien de tel que de se sentir perdu sur le web. La capacité d’explorer la toile sans but précis serait une compétence de plus en plus essentielle à l’heure où le volume d’information accessible est gigantesque. L’enjeu consisterait à penser autrement, en faisant appel non plus à l’efficience mais à la sérendipité, habilité 2.0 de saisir et d’interpréter ce qui se présente à nous de manière inattendue. Si pour certains, l’incertitude représente une difficulté, elle est, pour d’autres, bienvenue et source d’inspiration.

La sérendipité, c’est donc rechercher une aiguille dans une botte de foin et y trouver une carte au trésor, et elle n’est pas le résultat du suivi d’une savante hypothèse ou d’un plan déterminé…

On pourrait remplacer ici « sérendipité » par « aventure ».  
Pour les professionnels du voyage que nous sommes, l’intérêt est évident car il nous permet de nous réconcilier avec l’aventure.
Etre un professionnel de l’aventure, c’est la légaliser, l’encadrer, la garantir, c’est donc gommer l’incertitude, empêcher l’imprévu, et tout faire pour éviter l’inattendu. Voilà une formidable contradiction pour un amoureux du voyage… Mike Horn n’est pas un aventurier mais un sportif de haut niveau qui va éviter ou prévoir les obstacles et s’il ne le peut pas, se confronter à eux. Le sérendipien ressemble plus à une rivière qui va s’écouler quoi qu’il arrive et dessiner au fur et à mesure son chemin jusqu’à la mer. L’année suivante, son cours sera différent.

En effet, si l’aventure est imprévus et audace, comment ne pas la trahir en la cadrant dans un contrat ?

La sérendipité décrit notre capacité à nous étonner, puis d’imaginer une logique ou un destin là ou certains ne verraient qu’un simple hasard. En quelque sorte, la sérendipité se sert de l’inattendu. Sans mouvement, sans rencontre, sans confrontation avec le réel, il n’y a pas de sérendipité. Tout comme un voyage, cqfd.

Nous avons eu envie de créer des séminaires basés sur la sérendipité comme méthode, chez nous, autour du lac d’Annecy, mais aussi en digital, dans notre Transiterie. Et ainsi pouvoir répondre dignement à Nicolas Bouvier, auteur de ces lignes dans “L’usage du monde”:
« Un voyage se passe de motifs. Il ne tarde pas à prouver qu’il se suffit à lui même. On croit qu’on va faire un voyage mais bientôt c’est le voyage qui vous fait ou vous défait. »

Bouvier encore :
« Mais c’est le propre des longs voyages que d’en ramener tout autre chose que ce que l’on allait y chercher (…) On ne voyage pas pour se garnir d’exotisme et d’anecdotes comme un sapin de Noël, mais pour que la route vous plume, vous rince, vous essore, vous rende comme ces serviettes élimées par les lessives qu’on vous tend avec un éclat de savon (…) En route, le mieux c’est de se perdre. Lorsqu’on s’égare, les projets font place aux surprises et c’est alors, mais alors seulement que le voyage commence. »

Bienvenue en Terre de Serendip, là où l’inattendu crée l’inattendu.

Serendip, notre société, est née d’une suite de rencontres fortuites et de hasards heureux, et nous y avons découvert que le voyage, par nature, favorise la sérendipité, c’est ce que nous apprend le conte des 3 princes perses. Tout comme Mr Jourdain qui écrit de la prose sans le savoir, nos séminaires et nos expériences ne sont que des supports à l’exercice de la sérendipité.
Être sérendipien, c’est croire aux vertus de l’inattendu. C’est croire qu’en plongeant les gens dans une situation inattendue, insolite, inconfortable, hors des sentiers battus, c’est les plonger dans une situation favorable à l’observation du monde, puis à l’étonnement, puis à la créativité et à la quête de soi, dont l’issue sera inattendue. Nous souhaitons ainsi emmener nos clients dans des lieux insoupçonnés, les sortir du cadre, pour y faire des rencontres insolites et les plonger dans l’avenir.

Un séminaire Serendip, c’est faire croire aux participants qu’on les envoie passer un week-end avec les collègues pour faire du paddle en pleine nature, pour les embarquer malgré eux dans une forêt où ils vont se perdre, puis devoir, à force de sagacité et de curiosité, retrouver un à un les objets nécessaires à leur survie. Ou encore les entraîner dans une chasse au trésor où ils ne trouveront rien d’autre qu’une poignée de réponses à des problèmes qu’ils croyaient insolubles et à une plus grosse poignée de nouvelles questions qu’il ne s’étaient pas posées. Et en montgolfière !

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Notre recette “séminaire” à Annecy :
On plonge tout d’abord les participants dans un état propice d’intelligence collective et émotionnelle et il faut 3 ingrédients : leadership ou volonté de sortir du cadre, coopération, empathie.

Plus concrètement :
– un programme inconnu du participant
– des lieux insolites
– des expériences ou des situations hors-cadre (wim-hof, chasse au trésor, nuits sous les étoiles)
– des rencontres décalées, des intervenants inspirants (tribune: on écoute)
– des laboratoires (on invente, on traite d’un sujet: par exemple comment appliquer les principes de la permaculture à l’entreprise)
– des ateliers (on fabrique)
– des conversations (les forums)
– des séances de développement personnel (on s’écoute) : ikigai et cie.

Encore plus concrètement :
Nous avons conçu des scénarios, des fresques (du climat, de la biodiversité, du numérique,…), des jeux participatifs, des outils numériques (la boussole du voyage), la box, la transiterie, des tests de personnalité, des scénarios pour comprendre le réchauffement climatique “même si on n’a pas lu Janco”

Avec le confinement, nous avons dû nous-mêmes nous réinventer, et nous avons créé la Transiterie, sorte de congrès digital 2.0 ou de village digital ou l’on transpose ce que nous avons prévu pour les séminaires physiques. 

L’objectif : “Oser se réinventer.”
Voir le détail ici
Fabrice Pawlak, sérendipien since 1970

(1) Pek van Andel et Dominique Bourcier, De la sérendipité. Leçons de l’inattendu, L’Act mem, 2008.