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La coopétition. Le sport, un modèle pour se réinventer ?

Par Philippe Boeckler – Temps de lecture : 6 min

QUI EST PHILIPPE ? (◔◡◔)
► Philippe, fondateur d’Entrainement-Handball.fr; ancien acheteur de la grande distribution devenu archéologue. Alsacien, têtu, bulldozer mais jamais immobile pour trouver un sens à sa (la) vie.


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❝ Je suis toujours dans la projection, jamais dans le moment présent. J’aime dire que mes joueurs, le staff sont dans l’heure qui vient et moi dans le jour qui suit. ❞ 

Claude Onesta, ancien sélectionneur de l’équipe de France de Handball

D’aussi loin que je me souvienne, le sport a toujours accompagné mon existence : par les compétitions que mes parents regardaient à la télévision ou dans les stades. Par ma pratique personnelle, plus collective qu’individuelle ; ou plus tard par mon rôle d’entraineur amateur et bénévole de handball. Mais pour la première fois de ma vie, il est impossible pour la très grande majorité des personnes dans le monde de pratiquer du sport. Tous les stades, toutes les salles de sports, tous les gymnases sont fermés. Les plus grandes compétitions, de la Formule 1 au Tennis sont à l’arrêt.

                                    
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Le sport amateur est lui aussi touché et au point mort. Au final, comme un symbole, la compétition phare, les Jeux Olympiques, a été décalée d’un an : même les deux guerres mondiales n’avaient pas provoqué une telle situation.
Alors comment pouvait-on imaginer cela le 12 mars 2020 ? Ce jour-là, en terminant mon entrainement, j’ai dit « à samedi » à mes jeunes handballeurs, pensant les retrouver pour notre « game day » hebdomadaire. Je ne les ai pas revus depuis.

La pandémie virale que nous combattons aujourd’hui avec des moyens inédits, que l’on n’aurait pas pu imaginer même quelques jours avant la crise, nous rappelle à quel point nous sommes fragiles et dépendants de notre environnement. Elle redistribue les cartes pour toutes et pour tous. Tous les domaines sont impactés et, à quelques jours du déconfinement français, tout le monde s’interroge encore sur le monde d’après.
Claude Onesta, ma référence privilégiée déclare : « l’échec est utile car la souffrance qu’il génère permet une analyse réelle des problèmes ». Je partage avec lui cette idée. Aujourd’hui plus que jamais, le temps est venu de regarder en face notre monde actuel et d’en repenser le fonctionnement, les valeurs, les urgences, les liens. Cette crise planétaire est un échec qui nous donne une occasion unique de changer de paradigmes et de choisir de nouvelles voies. 
Nous sommes à la mi-temps d’un match qui n’est pas gagné, loin de là. Notre 2e mi-temps sera-t-elle identique à la première ? Lorsque l’on est entraineur sportif et que son équipe est en difficulté dans un match, un principe fondamental est de changer quelque chose. Ne rien faire, ne rien changer mène sans surprise à d’autres défaites.

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#collaboration

Pour faire face, chacun à un rôle à jouer. Comme dans une équipe. Pour me réinventer, je vais m’appuyer sur les valeurs du sport qui m’accompagnent depuis si longtemps. Elles m’ont permis de réaliser la majeure partie de mon parcours personnel et professionnel : elles m’ont aidé à trouver ma place dans la société et ont donné du sens à ma vie.

Mon cheminement m’a amené à considérer le sport et ses valeurs sous trois angles différents. Au départ, j’étais plutôt : « citius, altius, fortius ». Toujours plus ! Mon objectif était d’être le meilleur, le plus fort et de faire partie de l’élite des sportifs de haut niveau. Il s’agissait toujours de compétition, de gagner, de vaincre, de battre mon adversaire. Un peu plus tard, il s’agissait de gravir la plus haute montagne possible : après un sommet de 5000 mètres, puis un de 6000 mètres ou enfin un 8000. Plus tard encore dans ma vie professionnelle, j’ai retrouvé cette compétition dans mon métier d’acheteur de grande distribution.
Puis, je me suis posé la question du sens : le fameux « Why ». La compétition en soi est-elle suffisante, une fin en soi ? C’est donc bien plus tard que j’ai découvert et me suis intéressé aux autres façons de pratiquer du sport : seul, en équipe, en loisir, de 7 à 77 ans. Si chacun a un objectif propre, il me semble, que ce qui réunit malgré tout tous les pratiquants est une certaine recherche de la performance. Et dans beaucoup de sports, celle-ci est liée à la compétition, mais une compétition « saine », axée sur le dépassement de soi et de ses limites. Dans cette école de la vie, l’important est d’apprendre, de partager les valeurs que cette recherche de performance mobilise inévitablement : l’entraide, le respect, la solidarité, le sens de l’effort et du dépassement de soi, ces valeurs que l’on trouve dans le monde amateur et bénévole en particulier. Dans la majorité des cas, il me semble que ces valeurs restent principalement à l’échelle du sportif, de son équipe ou de son club. On reste dans une proximité rassurante.
Cette introspection associée à cette crise et cet épisode de confinement m’ont permis de réfléchir et d’imaginer une troisième voie pour moi, le sport et notre société

« Ce n’est pas gagner qui rend heureux. On est d’abord heureux, ensuite, on gagne parce que l’on a su être heureux ensemble » 

Yannick Noah

Si la place du sport dans la société n’est plus à démontrer, je pense qu’aujourd’hui, le sport doit se réinventer : au « toujours plus » et à la recherche de performance individuelle doit succéder la possibilité de lier étroitement la performance et la collaboration. Les adversaires, les concurrents d’aujourd’hui coopèrent pour obtenir des bénéfices communs. Ce que l’on appelle, dans d’autres disciplines la coopétition. C’est elle qui permet l’évolution des espèces et leur survie : elle incite des espèces à mettre en place des systèmes de garantie collective pour être plus résilient et antifragiles (capacité à s’améliorer après un choc). Prenons l’exemple d’un sport, à priori, très individuel : les courses à la voile en solitaire comme le Vendée Globe Challenge. Dès sa première édition en 1990, on assiste à un comportement coopétitif : Loick Peyron se déroute de sa course pour secourir son adversaire, Philippe Poupon. 
Prenons l’exemple d’un sport collectif, le handball et le palmarès exceptionnel de l’équipe de France. Claude Onesta a réussi à placer « des individualités exceptionnelles », aux objectifs antagonistes, en mode coopétitif : ce qui permis à l’équipe de France d’être « plus qu’une équipe, c’est une philosophie, une culture ».
Ces exemples restent marginaux dans le monde professionnel où le « toujours plus » reste la valeur première. Cependant, on peut facilement imaginer le potentiel de la coopétition. Il me semble qu’il est temps de faire naitre et de diffuser cette notion de coopétition dans le sport amateur. 

                                                                                                             
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           /       "C'EST LE MOMENT
          /    __  DE SE RÉINVENTER, GO !"
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Il s’agit, par exemple, de montrer aujourd’hui que :
– Collaborer et partager les ressources entre les clubs devient essentiel ;
– Apprendre la compétition à des joueurs de -10 ans, n’est pas forcément bienveillant ;
– Spécialiser trop tôt les jeunes dans un sport n’est pas le mieux pour leur développement ;
– Différents clubs de sports d’une même ville doivent multiplier les passerelles entre eux et ne plus faire la course aux licenciés ;
– Il est certainement plus intéressant d’organiser des rencontres dans son environnement proche pour éviter les déplacements, revenir au concept d’« Intervilles » mais dans un même département ;

Et il s’agit aussi, par exemple, d’éviter que :
– pour chaque rencontre, tous les week end, il y ait 3-4 voitures qui se déplacent et consomment des énergies fossiles ;
– chaque année, les sportifs renouvellent leurs équipements ;
– chaque clubs se fassent concurrences pour trouver des sponsors locaux et au contraire mutualisent leurs ressources ;
– chaque clubs se fassent de la concurrence pour recruter des joueurs, des entraineurs ;


– C’est pour défier le « statu quo » que je travaille à la transformation de mon projet professionnel et personnel. Au départ, plateforme d’échanges et de ressources pour les entraineurs amateurs et bénévoles de handball, mon projet évolue pour qu’il devienne un outil de transformation des clubs de sports amateurs vers la coopétition pour inventer et pratiquer le sport de demain.

Le sport peut être un formidable vecteur d’éducation pour réinventer la façon dont on considère « l’adversaire », les relations avec notre entourage et le monde de demain. 
La coopétition est également à mon sens, le principe qui devrait guider tous les secteurs professionnels mis en difficultés par les évènements actuels (qui ne manqueront pas de ressurgir d’une manière ou d’une autre). Il s’agit de transformer son rapport à sa concurrence, son environnement et de trouver les réponses dans l’intelligence collective, la collaboration et le partage.
J’ai l’intime conviction qu’appliquer cette transition au sport et plus largement à la société est une question de survie aujourd’hui. Le monde de demain ne peut plus être le monde d’hier.

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