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Catégorie : Les articles togeZer

Réceptifs et actus : La gestion de crise

Par Sarah Berthé, 26 ans responsable commerciale de la web agency togezer à La Paz, en Bolivie.

Je tiens à remercier Marie, gérante de Terra Chile, réceptif au Chili ; Antoine, gérant de Terra Nicaragua & Altiplano ; Alice et Lucie, future gérante et gérante de Terra Bolivia ; ainsi que William gérant de Terra Ecuador, réceptif en Équateur pour leurs témoignages. Je remercie également chaleureusement mes collègues boliviens Luis, Paola et Gloria d’avoir pris le temps de me confier leur ressenti sur la situation actuelle de leur pays.

Cet article-témoignage sera ponctué d’histoires personnelles, car une partie de la team togezer est basée à La Paz, en Bolivie : en plein dans le feu de l’action ! 

Vous n’avez pas le temps de lire ? Écoutez le podcast de Lucie Gosnet, en direct de La Paz qui nous a livré son ressenti sur la situation actuelle du pays.


Les crises climatiques, environnementales, économiques, sanitaires comme les crises politiques sont des événements perméables à la vie du réceptif. Certains y font face en ce moment même. Dans ce contexte particulier, le réceptif doit garantir la sécurité de ses voyageurs sur le terrain, de ses fournisseurs et de son équipe locale. Il nous a paru primordial pour cette deuxième édition de Yakafokon d’évoquer ce sujet avec vous en plein dans l’actualité. 
Et si demain, c’était votre tour ? Êtes-vous prêt ?
Pour commencer, je m’appuierai sur quatre exemples concrets de réceptif ayant chacun vécu des situations similaires en Bolivie, au Chili, au Nicaragua et en Équateur. J’amorcerai cette réflexion en rappelant les causes et les conséquences de ces crises afin de mettre en lumière les solutions et actions mises en place par ces réceptifs. Enfin, je conclurai cet écrit en proposant des pistes de réflexion afin d’être préparé en interne.

Dimanche 20 octobre 2019, 13H33, La Paz, Bolivie « Je me souviens très bien de ce dimanche 20 octobre 2019, une journée ensoleillée où les Boliviens se rendaient aux urnes. Mes colocs et moi, venions à peine de poser nos valises dans ce nouvel appartement. Comme tout était fermé ce jour-là, nous avions prévu un « apthapi » (pique-nique) avec des amis sur notre terrasse. De là, nous apercevions une ribambelle de Boliviens qui marchaient vers les bureaux de vote. Pas de vente d’alcool trois jours avant et pas de transport public le jour du vote, comme l’exige la loi bolivienne. Jusque-là, tout suivait son cours…

Un Apthapi le jour des élections à La Paz  (de gch à dr. Elsa, Moi, Elise et Alice qui prend la photo)

« Le soir même, les premiers résultats du TREP (Transmisión de Resultados Electorales Preliminares), à savoir les premiers résultats de l’élection, tombaient. La presse annonçait en avant-première ce second tour historique entre Morales et Mesa. Les deux candidats en lice devaient donc s’affronter pour la course à la présidence en janvier prochain. Mais à 19H40, le soir même, le décompte des votes en temps réel de l’application du TREP s’arrête subitement. Il ne reprendra que le lendemain matin, mais à la surprise générale lors de la reprise du dépouillement : Evo Morales se retrouve en tête du scrutin avec un écart suffisant face à son opposant Carlos Mesa, permettant ainsi d’écarter un deuxième tour.  C’est cet événement qui a tout déclenché. S’ensuit une crainte de manipulation des résultats des élections présidentielles, confirmée ensuite par deux audits qui ont provoqué des manifestations et blocages quotidiens dans tout le pays. Le gouvernement présentera sa démission trois semaines plus tard, à la suite d’une mutinerie de la police et la pression de l’armée ne souhaitant pas, je cite : “réprimander le peuple” ». 

Les crises survenues en Amérique latine : causes et conséquences

Au Chili, c’est la hausse du prix du ticket de métro dans la capitale qui a mis les étudiants dans la rue. En Équateur, l’adoption d’un décret sur les subventions liées au coût du pétrole a provoqué une augmentation de 130 % du prix de l’essence. L’année dernière, le Nicaragua a connu une forte crise provoquée par la hausse des cotisations sociales. Ces soulèvements ont été en majorité portés par la jeunesse puis, par la décision ou non des gouvernements de faire intervenir l’armée dans les rues. C’est actuellement le cas au Chili, et dernièrement en Équateur où les pouvoirs en place ont fait intervenir les forces armées. Marie, gérante d’un réceptif à Valparaiso me confiait l’autre jour « qu’en 24h, les manifestations étudiantes s’étaient généralisées, l’état d’urgence décrété et le couvre-feu installé pendant une semaine ». Ces crises laissent derrière elles plusieurs victimes suite aux violents affrontements qui se sont déroulés ces dernières semaines. 

Certaines régions du monde connaissent un regain de contestations ces derniers mois (Liban, Hong Kong, Iran, Amérique Latine…) suite à un ras-le-bol généralisé dû majoritairement à des gouvernements corrompus et à l’augmentation du coût de la vie. Ce qui fait naître des mouvements de contestation plus ou moins violents. Ces événements entraînent des conséquences sérieuses du point de vue économique, humain et touristique sur les destinations. En Bolivie et au Chili, les contestations sont toujours d’actualités, à l’inverse de l’Équateur et du Nicaragua, où tout est rentré dans l’ordre.

Les impacts sur le terrain

Ces mécontentements se traduisent par de gigantesques manifestations et « cabildos » (marche du peuple). En Équateur, les Indiens, une communauté très influente dans le pays, sont venus par milliers manifester à Quito. Ils ont bloqué les principaux axes routiers. Ces blocages paralysent l’économie et l’acheminement des personnes et des marchandises. Ils sont donc très efficaces pour faire entendre sa voix. Il se passe la même chose en Bolivie où les « bloqueos » ont empêché les voyageurs de suivre leur itinéraire initial. En revanche, au Chili, les protestations se concentrent uniquement dans les centres-villes, ce qui laisse l’accès libre aux principales régions touristiques. Cela implique « des changements de programme de dernière minute des voyageurs sur place, afin de garantir leur sécurité » me confie Alice en Bolivie. En Équateur, William a décidé de rapatrier tous ses groupes sur le terrain vers l’aéroport, par peur d’agressions envers ses voyageurs. Pour l’anecdote, il a même affrété un hélicoptère pour ramener un couple en lune de miel bloqué en Amazonie.

Il y a aussi des répercussions sur les prestataires : guides, chauffeurs, hôteliers, restaurateurs et autres prestataires d’activités. A la suite d’annulation complète ou partielle des voyages : « Il a fallu trouver le bon équilibre, nous avons géré au cas par cas » m’ont-ils tous expliqués. Les réceptifs ont dû rembourser les acomptes lors d’annulation et endosser des coûts additionnels. Les voyageurs sur place ont dû aussi assumer des suppléments afin d’être relogés dans les zones sûres. Alice me confiait : « Nous avons pris le parti de rémunérer tous nos prestataires boliviens même si les prestations n’ont pu être délivrées afin qu’ils conservent leur salaire ». Même process pour les autres réceptifs, les prestataires sont rémunérés normalement si l’annulation s’effectue pendant les 30 jours avant le début des prestations. Marie me confiait que les conséquences économiques sur les destinations sont énormes « 80% des réservations hôtelières au Chili ont été annulées jusqu’à la fin de l’année ». Face à la médiatisation de ces événements à l’échelle internationale, les demandes sur ces destinations ont chuté et les chiffres présagent des pertes pour les prochains mois. Il y aura sûrement à terme, des conséquences sur les ressources humaines.

Tous ces événements sont pour le moins inhabituels et stressants. Paola, Luis et Gloria mes collègues boliviens, m’ont fait part de leur angoisse. Tous parents, ils me disaient à quel point “il était difficile d’expliquer la situation aux enfants qui se demandaient pourquoi les militaires étaient dans la rue, pourquoi les avions de chasse volaient partout…” 

Les impacts psychologiques

Les répercussions sont très présentes sur le plan psychologique. Les voyageurs sont confrontés à des situations imprévues tout comme les prestataires, les habitants, et l’équipe sur place qui travaille tant bien que mal pour les rassurer et réorganiser les voyages. Dans ces conditions exceptionnelles, les gérants ont dû faire preuve d’adaptation et de soutien envers leur équipe tant sur le plan professionnel que personnel. Lucie souligne que “c’est la responsabilité du gérant de s’assurer de la sécurité et du bien être de tous.”

Lundi 11 novembre 2019, 9H46 (en télétravail, impossible d’aller au bureau) « N’étant habituée qu’à ce genre de conflit à la télévision, je reconnais avoir eu des moments de panique surtout les jours qui ont suivi la démission du gouvernement. Des délinquants sont venus littéralement mettre le feu aux maisons d’opposants, piller et saccager les boutiques et lieux touristiques comme la “Valle de la luna”. Le lendemain, tout était calciné.” 

Ces situations vont au-delà du cercle professionnel, pour Lucie, il est important “d’identifier les personnes qui vivent mal la situation afin de bien les accompagner” surtout au début. Mais le plus fou, c’est que l’on finit par s’habituer à ces situations quand elles ne sont pas immédiatement dangereuses. Au Chili, Marie me confiait que depuis le temps, « l’équipe s’était habituée au bruit des tirs ». Au Nicaragua, en revanche les événements avaient amené le gérant à fermer l’agence pendant plusieurs mois car « la situation s’envenimait ».

Compte tenu des événements, les réceptifs ont mis en place des moyens afin de contenir ces crises. 

Les actions mises en place par les réceptifs

Sécurité et flexibilité

Pour tous, la priorité reste la sécurité des voyageurs, des employés et prestataires sur place. Il ne faut pas prendre les choses à la légère, il faut donc être préparé au pire tout en gardant la tête froide : « quitte à délaisser la partie commerciale pour un moment, il faut prioriser. » me rétorque Alice. Tous les employés ont pu travailler à distance pour éviter des déplacements inutiles. Les heures de bureau sont flexibles. Par exemple, les employés ont la possibilité de quitter le bureau avant la nuit ou venir/partir un peu plus tard/plus tôt pour prendre le temps de faire des provisions quand la sécurité le permet. 

S’informer et bien communiquer

S’informer peut devenir un casse-tête tant les sources d’infos sont diversifiées. Entre les conseils du consulat et de l’ambassade (pas toujours précis, voire dans certains cas plutôt inexistants), les informations locales, les groupes Facebook et WhatsApp… on a du mal à s’y retrouver. « Lors de la crise au Nicaragua, il y avait beaucoup d’infos et c’était difficile de trouver des informations pertinentes, alors j’écoutais tout et je me faisais mon avis » me confie Antoine.

Pour William : « il faut être en lien avec les autorités, écouter les informations officielles du consulat français au sujet des routes bloquées, etc. pour prendre la bonne décision avec le guide ». 

La grande majorité des réceptifs ont diffusé des communiqués aux voyageurs sur place, aux futurs voyageurs et aux agences. Au Chili, Marie réalise des communiqués tous les trois jours afin d’informer voyageurs et agences. Pour elle, le bon ton c’est d’être : « ni rassurant, ni alarmiste : il faut avoir une vision objective du risque ». William complète en indiquant que ses communiqués « se composaient d’infos factuelles suivies de la position de l’agence ». Alice renchérit en conseillant « une communication transparente avec les voyageurs et les agences ». Des réunions au sein de toutes les équipes sont aussi organisées afin de transmettre l’ensemble des informations et suivre l’avancement des dossiers.  Une double stratégie est mise en place : à la fois une communication globale « qui permet de gagner du temps » afin que tous reçoivent les mêmes informations complétées, par un échange personnalisé au « cas par cas ».

Certains réceptifs se sont même rapprochés de leurs concurrents afin de s’entraider. Ce fut le cas en Équateur et au Nicaragua car « dans ces moments-là, on se serre les coudes » affirme Antoine. « Nous nous sommes échangés des infos et avons mis en place un groupe WhatsApp » m’explique William.

En outre, il faut aussi être très méfiant vis-à-vis des réseaux sociaux : des informations fausses y circulent. Gloria, ma collègue constate énormément de cyber-terrorisme en Bolivie. L’objectif est de diffuser des informations fausses et effrayantes pour provoquer la panique générale. 

Lundi 11 Novembre 2019, 17H46 (toujours en télétravail) De nombreux posts sur les réseaux sociaux annoncent que des milliers de contestataires sont en route pour venir détruire la ville de La Paz. Une vidéo effrayante circulait sur les réseaux avec une horde d’environ 8 000 personnes armées criant depuis la ville de El Alto (qui se situe juste au-dessus de La Paz) « Guerra civil ! Guerra civil ! » rassurant n’est-ce pas ? D’autant que les policiers dans une interview donnée à la presse locale à ce moment-là, ont affirmé qu’ils ne pourraient pas garantir notre sécurité, faute d’effectifs. Pour se protéger, les voisins avaient organisé des milices et des « vigilia » (des rondes de surveillance) afin de défendre leur quartier et d’en barricader les accès. Paola et Luis, mes collègues ont surveillé leur quartier afin que celui-ci ne soit pas pillé. Au final, nous avons dû rester deux jours enfermés chez nous par sécurité. Tout cela provoque un stress et une atmosphère particulière.”

Des voisins en réunion de quartier en prévision de rondes de nuit pour se préserver d’éventuels pillages

Accompagnement 

Tous s’accordent sur l’importance du soutien moral à apporter à l’équipe. « Il faut être en contact constant avec les équipes afin de connaître le moral des troupes, vérifier que tout le monde va bien ». Marie au Chili donne un conseil par jour tel que “s’inscrire au consulat, faire des réserves d’eau et de nourriture, aller retirer de l’argent, rassurer la famille” etc. Antoine du Nicaragua recommande aussi de « se changer les idées » car les actualités sont parfois très pesantes. « Aller faire du sport, faire un bon repas au restaurant, voir ses amis ». Marie a organisé un team building à l’écart de Valparaiso afin que l’équipe se retrouve au calme.

Il faut aussi bien sûr décompresser et blaguer sur la situation. Pour détendre l’atmosphère, mes collègues ont créé une page Instagram où ils proposent un point de vue frais et décalé sur la situation, allez y faire un tour sur @flipflopbolivie.

La Team Terra Bolivia en télétravail depuis La Paz, Bolivie

Les gérants et responsables ont aussi besoin de soutien. Ils s’appuient sur leurs amis, associés, sur la personne responsable des ressources humaines, etc. Mais, il reste difficile de comprendre et de jauger une situation lorsqu’on n’est pas sur place. 

Pour Lucie : “le gérant doit donner des directives à son équipe, mais il peut avoir deux comportements possibles : soit être pris de panique et avoir des réactions démesurées ou au contraire, se voiler la face sans réaliser le danger encouru”. 

Même s’il est un impossible d’anticiper quoi que ce soit (tout dépend de la crise en question) mieux vaut être préparé en amont à cette éventualité. 

Se préparer

Dès que les prémices d’une crise se déclarent, il faut faire un « état des lieux des risques potentiels afin d’être préparé, de façon à réagir froidement et efficacement plutôt que d’avoir des réactions émotives » conseille William. Si certains se sont débrouillés sur le tas et ont bénéficié de conseils « d’expériences passées », d’autres avaient déjà un document de « situation de crise » avec un protocole à suivre. C’est le cas de William qui m’explique que son agence équatorienne détient le label tourisme responsable et que dans les conditions d’obtention de ce dernier, le réceptif doit avoir un document décrivant une démarche précise en cas de catastrophes naturelles ou autres crises sociales. Des réunions mensuelles de sécurité sont également tenues. Dans certaines agences, des formations de sécurité sont également organisées. William suggère d’y ajouter des « formations aux premiers secours pour toute l’équipe ».

Même, si chacun a sa propre façon de fonctionner, tous se rejoignent sur la nécessité de disposer de lignes directrices en cas de crise. Lucie, gérante de Terra Bolivia constate : “en 5 ans de gérance, c’est la première fois que je vis une situation pareille”.

Où est la limite ? Faut-il prendre tel ou tel risque ? Doit-on évacuer ou déménager l’agence ? A quel moment considère-t-on qu’il y ait danger pour les personnes ? Ou à quel moment arrête-t-on de vendre ?

Instaurer une politique de gestion de risque

Rien n’est prévisible et il est parfois difficile d’avoir le recul nécessaire quand on est « en plein dedans » pour prendre les mesures appropriées. Les réceptifs ont donc le devoir de préparer un document ou un plan d’action avec des recommandations précises et conformes à sa destination. Lucie recommande “un support papier qui peut être adapté à plusieurs types de crises et qui doit être validé par l’entreprise”. Pour aller plus loin, il serait judicieux dans ce genre de cas de mettre en place une cellule de crise avec des instructions fixes selon la typologie du problème : organiser un plan d’évacuation de l’agence, organiser des formations ou des wébinaires de préparation à la gestion de risque en amont, bénéficier d’une assistance psychologique si nécessaire, etc. Ce qui n’est pas sans rappeler l’intervention de Jean-Claude Razel pour le Yakafokon n°1 sur le thème de la formation et le module fondamental de la gestion des risques chez les réceptifs (en toute fin d’article).

Et après ?

Certains y pensent déjà et souhaitent mettre en place des actions de promotion et de communication pour relancer la destination « une fois la crise terminée ». Tandis que d’autres pensent que les choses se régleront d’elles-mêmes avec du temps et un coup de pouce du gouvernement. « Une crise chasse l’autre ». Marie me confie que la crise bolivienne « profite » à celle du Chili car les médias ont beaucoup parlé de la Bolivie ces derniers jours. Antoine du Nicaragua va également dans ce sens : « après la crise, nous avons rouvert l’agence en août 2019 et les ventes repartent au Nicaragua. Nous avons de belles perspectives pour 2020. » Il continue en m’expliquant que suite à la crise, certaines stations balnéaires sont redevenues les villages de pêcheurs authentiques d’antan. William souligne que même si la crise en Équateur est en veille (tout est rentré dans l’ordre, car le gouvernement a annulé le décret sur les subventions du pétrole pour calmer les protestations), un autre décret doit sortir prochainement. Ce dernier se doit d’être satisfaisant sinon “les contestations peuvent reprendre”. En Bolivie et au Chili, les contestations sont toujours en cours. Un gouvernement de transition vient d’être nommé en Bolivie afin de reconduire de nouvelles élections et si un accord constitutionnel historique a été conclu au Chili, la crise persiste et le peuple demande la démission du président.

Même si les crises sont inévitables, elles peuvent être traversées plus sereinement avec de la préparation et en respectant quelques étapes clés comme le propose AlarmTilt, une entreprise spécialisée dans la gestion de crise.

Les 9 étapes proposées par l’entreprise AlarmTILT

Infographie en temps de coup dur

Compensation carbone, Certifications, RSE… Pour la (dé)croissance verte ?

Par Fabrice Pawlak, 49 ans, co-fondateur Togezer.


On s’est rendu à la grande messe worldwide de l’ATTA, cette fois-ci à Goteborg, qui réunit tous les ans 800 supposés leaders du travel adventure. Et cette année, le sujet c’était  “climate changes”. Il y eut un côté Silicon Valley et goodys à gogo, écrans super géants comme d’habitude, des VIP de toutes les couleurs, des winners leaders, une poignée de loosers sceptiques franco-italiens (nous), et des sponsors prestigieux comme AirBnb, et aussi des conférences souvent intéressantes dont la meilleure, cocorico, fut pour moi celle donnée par Eric Balian, de Terdav, qui racontait avec pertinence leur aventure pionnière dans la “compensation carbone”. Le show de clôture fut dantesque avec la conversation entre le CEO de l’ATTA et l’ex-ministre du tourisme de Jordanie et ex-haut-fonctionnaire de l’ONU. Le message final c’était : “ Growth green, stronger, further, higher ! ”, un condensé de la pensée transhumaniste victorieuse californienne. Pour être juste et complet, l’ATTA demeure ze place to be pour rencontrer plein de gens, réseauter, renifler les tendances ou simplement l’air du temps donc le lieu idéal pour les croissancistes verts mais ambiguë pour les décroissancistes verts de mon espèce.

Il fut essentiellement question de comment compenser la toxicité des vols aériens de nos clients, en plantant des arbres par exemple, mais rarement de comment réduire le bilan carbone du tourisme tout simplement.

Je ne parviens pas à comprendre qu’en augmentant le nombre de voyageurs dans le monde, on puisse favoriser l’environnement, même en compensant par la plantation d’arbres.

Et aujourd’hui, on se pose la question: “ Faut-il faire de la compensation carbone ? ”, tout en regardant de près ce que font nos homologues réceptifs ou les distributeurs. 

Je reconnais volontiers les bienfaits pour le climat de la compensation carbone, car c’est bien ce qui compte : est-ce mieux pour la planète ? 

Je crois pour ma part que la compensation carbone, c’est promouvoir la croissance verte, et je ne crois pas à la croissante verte. Je suis simplement pour la décroissance (de consommation de ressources/habitant et donc de PIB, car la corrélation énergie-pib-climat est très forte) et je pense même qu’elle est souhaitable, déjà enclenchée et inéluctable et que nous nous dirigeons rapidement vers un monde low tech et low carbone. Évidemment, la décroissance s’oppose à l’ADN de l’entrepreneur que je suis et est le cœur de mes propres contradictions au quotidien. Je ne suis pas un exemple, mais j’y pense et à force d’y penser, je change.

Concrètement, cela veut dire moins voyager en avion.

Faut-il compenser nos voyages ?

Quelques ordres de grandeur pour les GES (gaz à effet de serre, responsable principal du réchauffement climatique https://jancovici.com/changement-climatique/predire-lavenir/de-combien-la-temperature-peut-elle-monter/)

L’essentiel des GES de source humaine, ce sont :

  • rendre l’énergie disponible et consommable (centrales thermiques, réseaux, transports, raffinages, …) ;
  • l’habitat (cimenterie, climatisation et chauffage) ;
  • la transformation en biens intermédiaires (bois en planches, roches en parpaings, …) ;
  • la mobilité et le transport au quotidien des gens et des marchandises ;
  • l’alimentation (et en particulier la viande rouge).
manque la première source de GES: la production d’énergie disponible.

Il faut comprendre ici que la solution n’est absolument pas d’arrêter de voyager et de ne rien changer à notre quotidien. L’objectif raisonnable est de réduire de 4% par an en moyenne nos rejets en GES, à partir de maintenant, donc en gros notre consommation en énergie fossile (gaz, pétrole, charbon), tout en faisant le reste aussi.
Pour avoir un impact sérieux et durable, il faut d’abord mieux isoler son habitat ou construire sa maison différemment et réduire de 1°C la température ambiante et mettre un pull le soir en hiver. Ensuite, arrêter d’acheter des SUV (4×4 citadin) et modifier sa mobilité au quotidien, manger beaucoup moins de viande rouge, baisser sa consommation courante d’objets souvent inutiles, par exemple ne plus suivre les modes vestimentaires, aller vers le zéro déchet, de meilleurs emballages, … et pourquoi pas aller vers de la mutualisation ? (pourquoi ne pas partager un taille-haie entre voisins ?), du co-voiturage, de la colocation, vers l’économie circulaire, la réparabilité des objets, la fin de l’obsolescence programmée, l’interdiction des panneaux lumineux de publicité surtout la nuit (ou supprimer la pub ! de toute façon, qui la paie ?), interdiction des réchauds de terrasse dans les cafés, etc. changer progressivement et collectivement notre consommation de ressources… sobriété.

C’est certain, voyager une fois par an et plus longtemps et moins loin au lieu de trois fois en low-cost pour des week-ends à Barcelone, Prague et Malaga, sera aussi très bénéfique à mon bilan carbone. Et arrêter de prendre l’avion encore mieux ou simplement le remplacer par le train quand c’est possible. 

Ensuite, je note :

“Le numérique émet aujourd’hui 4 % des gaz à effet de serre du monde, soit davantage que le transport aérien civil. Cette part pourrait doubler d’ici 2025 pour atteindre 8 % du total – soit la part actuelle des émissions des voitures. Tandis que la contrainte climatique impose une baisse drastique des émissions mondiales de gaz à effet de serre dans les prochaines années, le numérique accroît sa consommation d’énergie de 9 % par an.”

(rapport résumé ici: https://theshiftproject.org/article/climat-insoutenable-usage-video/)

A noter que l’essentiel de la pollution numérique provient des vidéos en streaming, et en particulier des vidéos Facebook et Netflix, qui se lancent désormais sans même le demander. Et de l’obsolescence programmée et de la non-réparabilité de nos smartphones. Il suffirait donc d’avoir une consommation numérique plus sobre et d’éviter les vidéos en streaming (netflix, facebook, insta, …). 
Ne devrions-nous pas dans notre RSE interdire l’usage des réseaux sociaux privés pendant les heures de travail dans nos entreprises et éduquer nos collègues à une consommation plus sobre du numérique et acheter du hardware réparable, au moins dans nos bureaux ? 

Ce que je veux d’abord dire, c’est que le transport aérien civil émet environ 6% des émissions GES françaises (beaucoup moins pour les pays pauvres). C’est trop mais là n’est pas l’essentiel des GES.

Pour autant, Togezer, même si tout le monde s’en fout, est favorable à des taxes progressivement plus importantes sur le kérosène aérien et de manière générale favorable à des taxes sur tout ce qui est carboné. Et pourquoi pas pour un rationnement par habitant des voyages aériens récréatifs.

Ensuite, techniquement, il est bon de savoir :

  • Le parcours vers le lieu de vacances constitue, en général, 85% des émissions en GES (voyages lointains). La partie locale, résiduelle, qui incombe au réceptif, est à comparer à l’éco-empreinte du client s’il partait ailleurs ou s’il restait à son domicile, et a priori, son comportement sera le même. Nous sommes effectivement en faveur de la production locale, et de la consommation locale et en faveur d’améliorer l’utilité du voyage.
  • Pour l’aérien : il y a peu de différences en terme d’émissions en GES, entre un vol de 500 km ou de 1000 km, car le décollage et l’atterrissage représentent la principale dépense d’énergie. Parfois, on “doit” le remplacer par le train (pour les pays produisant leur électricité au nucléaire, sinon ça ne marche pas pareil !). 
  • Nous pensons que plus on voyage, plus on doit consommer local, rendre son voyage utile et partir longtemps. Il n’y a plus de sens à aller au Japon pour des vacances de 5 jours, ou de partir faire un trek de 5 jours en Patagonie et d’appeler cela un éco-voyage parce qu’on marche à pied. Par exemple, on pourrait s’interdire de vendre des voyages courts s’ils sont lointains (par exemple 1 jour min par 1000 km, c’est une idée).
  • Prendre l’avion ? Il est juste de dire : si je ne prends pas l’avion demain, il partira quand même; que je le prenne ou pas, cela ne change rien au climat. Par contre, si je fais le trajet en voiture, mon empreinte sera plus importante. Il est juste aussi de dire : « si tout le monde pense ainsi, alors le trafic aérien ne baissera jamais et nous sommes mal barrés ». 

Nous pensons au final que chacun doit faire sa part, car nous avons besoin des politiques et les politiques ont besoin de nous :

  • Aux gouvernants d’instaurer de fortes taxes sur le kérosène ou de rationner les déplacements récréatifs en avion.
  • A chaque citoyen de moins voyager en avion et d’éviter de prendre l’avion, à chaque citoyen de s’informer sur les conséquences et de son niveau de consommation. Tout le monde devrait être éduqué au sujet. Comme pour les paquets de cigarettes, on pourrait avoir des photos horribles sur son billet d’avion.
  • Si quelqu’un doit faire de la compensation carbone, c’est à la compagnie aérienne, et pas au TO, ni au réceptif. 
  • De toute façon, à la fin, c’est le consommateur qui paye, non ? Tant sa taxe que les conséquences du désastre écologique en cours. Mais la taxe pourrait servir, justement, à financer le combat, plutôt que “pas de taxe” et d’attendre la hausse inéluctable du prix de l’énergie, qui sera alors payée directement au producteur. La taxe “maintenant” reste chez nous, mais la hausse (taxe différée) partira en Russie ou au Moyen Orient, ou encore au Canada ! (La France achète du pétrole “sale” canadien mais s’interdit d’en extraire en Guyane… c’est incohérent, non ?)

Tout cela, ce sont les arguments du professionnel de tourisme que je suis. J’aimerais ajouter les arguments techniques et scientifiques, qui ont eu raison de mes doutes, vous ne perdrez pas votre temps, je vous le promets :

5 mn de lecture ici et Togezer vous octroie le Niveau 1 en compensation carbone : 
http://www.carbone4.com/neditespluscompensation-de-compensation-a-contribution/

5 mn de lecture et Togezer vous octroie le Niveau 2 en taxe aérienne :
https://theshiftproject.org/article/aerien-climat-fiscalite-manuel-auto-defense-intellectuelle/

Quelques heures de lecture et vous n’aurez plus aucune chance de bosser à Air France (tentez toujours Togezer) :
http://www.carbone4.com/decryptage-mobilite-compensation-jetblue/
http://www.carbone4.com/?s=avion
aussi :
https://www.alternatives-economiques.fr/faut-arreter-de-prendre-lavion/00089449

Si vraiment, il subsiste des doutes, alors voici un article écrit par un expert qui explique pourquoi, dans la pratique, la compensation carbone ne rime pas forcément avec action pour le climat.

Le positionnement togeZer

Togezer croit à un monde de demain qui sera low-tech, low-carbone, et que la responsabilité sociétale et environnementale du réceptif est de favoriser un tourisme plus sobre en ressources et en énergie, et de réfléchir à des voyages plus vertueux (apprenant, utile, éducatif, rencontres, sérendipitiques). 
Ce n’est pas le rôle du réceptif que de faire de la compensation carbone. Je peux en faire en tant que citoyen !

Faut-il poursuivre le tourisme ?

Nous nous sommes posés la question. Au final, notre réponse est oui. Voici quelques arguments et nous pourrons passer à la dernière partie, la Responsabilité Sociétale et Environnementale d’Entreprise  (RSE) et les Certifications. 

  • Mon-Super-Réceptif n’a aucune influence sur le nombre de touristes sur ma destination. Si nous stoppons notre activité, cela n’aura aucune influence sur le climat, et cela n’aura qu’une seule influence, c’est que nous et nos employés devront trouver un travail, et pourquoi pas, former un club avec les hôteliers, les guides et les restaurateurs eux aussi réduits à changer d’activité. Et pour quoi faire ? Un travail de commercial qui parcourt les routes toute l’année ? Travailler dans une usine de voiture ? Élever des vaches qui rejettent plein de méthane ? Pointer au chômage et se mater Netflix toute la journée ? Vivre dans les bois et manger de l’herbe ? Ou prendre le boulot du moralisateur car lui, sans doute, a une activité non polluante et un comportement irréprochable ?  Nous pensons que la solution n’est pas d’interdire le tourisme, la voiture, les usines, les radiateurs, l’achat de vêtements, la mobilité, le numérique, et de mettre tout le monde au chômage, et donc de supprimer aussi toute fonction publique (c’est bien le privé qui finance le public). Nous pensons même que le voyage possède, comme beaucoup de choses, des vertus d’éducation, d’échanges, de divertissement, de rencontres, de découvertes, de vie tout simplement. Il faut continuer à voyager, et plutôt près de chez soi, tout en connaissant l’éco-empreinte de son voyage pour la diminuer.
  • Nous pensons que la solution, et nous ne sommes pas loin de penser qu’il s’agit là de la meilleure, est que chacun s’informe, puis informe son entourage et que chacun, à son niveau, qu’il soit président de la république, ouvrier agricole, boulanger, fonctionnaire ou agent de tourisme, réfléchisse à comment réduire sa consommation personnelle et professionnelle et à comment se préparer au monde de demain.
    (Togezer lance une bibliothèque complète sur le sujet, ouverte à vous tous, à voir dans un autre article).
  • Arrêter le tourisme en Tunisie ? … Il s’agit de la première industrie du pays, en situation de non-suffisance alimentaire. Arrêter le tourisme en club en Tunisie, c’est prendre le risque de plonger la population tunisienne dans de sales draps et d’obtenir pire que des rejets en GES des low-costs. Le tourisme reste un gros fournisseur d’emplois, et l’emploi la première source de stabilité, n’est-ce pas d’ailleurs la plus grande vertu du tourisme ? 
  • Nous pensons que le plus important, ce n’est pas de changer de métier mais de vivre différemment au quotidien. Les caravanes d’antan, socle à la diffusion des idées, du commerce et de la paix, seront remplacées par les voyages sobres de demain, nécessaires et véhicules de nos mythes et croyances.

Certifications et RSE

Certains parmi vous sont certifiés (ou en cours) depuis des années auprès de Tourcert, Travel life, B-corp, parmi les certifications les plus reconnues. Aussi, on vous suit de près et merci à ceux qui ont partagé leur expérience dans ce Yakafokon. 

De vos expériences, j’en tire les enseignements suivants:

  • Une certification est bénéfique avant tout pour le mode d’emploi et le suivi qu’elle propose.
  • Le coût principal, au final, ce sont les ressources humaines internes (comme pour le déploiement d’un software).
  • Il faut associer dès le départ l’ensemble des parties prenantes.
  • Une certification est un long processus laborieux qui s’avère bénéfique et finalement rentable.
  • Le processus de certification est l’occasion de tout revoir et de fédérer les troupes autour d’un projet positif.
  • C’est sans doute mieux que de ne rien faire.

Togezer s’intéresse fortement à ce sujet car depuis le début, nous envisageons de créer notre propre label, contraignant ou pas, mais quelle légitimité, quelle crédibilité, quel objectif ? Ou de nous faire certifier nous-mêmes. Pour ensuite pouvoir vous conseiller, car c’est notre rôle.
Dès que Marion de Terra Andina Pérou m’a prévenu de sa certification Tourcert, en pleine crise environnementale, je suis allé voir sur le site web de Tourcert pour trouver quelque chose qui justifierait d’abord le tourisme. Même chose pour Travel Life. Et je n’ai rien trouvé sinon des préconisations de type “hôtel sans clim”, “fournir des pailles en bambou aux clients”. Et cela me gêne et pour m’expliquer, je CARICATURE:
Je suis fabricant d’armes et je me fais certifier par l’organisme Killing Softly. Ou je suis vendeur de tabac et je me fais certifier par l’organisme Smoke & Health… à partir du moment où l’organisme est partie prenante de mon industrie, donc s’il y a le mot TRAVEL ou TOUR dans son nom, il ne remet pas en cause mon industrie, et il participe sans doute à la croissante verte.
Donc je suis allé voir avec beaucoup d’intérêt le label B-Corp, dont on me parle depuis plusieurs années, lequel n’est pas dédié spécifiquement au tourisme.
Voilà ce qui j’y trouve, en homepage (les fautes d’orthographe sont d’origine !):

source : https://bcorporation.eu/about-b-lab/country-partner/france

Ensuite, en lisant sur le site web, je comprends que personne de chez B-Corp ne viendra vérifier sur place mes réponses au questionnaire online, et que cela me coûtera, selon mon CA, de 2 000 à 30 000 us$ tous les 3 ans, et que 40% de cette somme sera reversée à d’autres ONG par B-Corp. 
Cette présentation officielle indique qu’il s’agit plus de marketing ou de management que de sauver le monde. Bref, est-ce que le climat se fout de ma certification B-Corp ? Est-ce que ma certification B-Corp flèche vers une décroissance de conso ressources/habitant ? Et si ce n’est pas le cas, ne ferais-je pas mieux de simplement installer chez moi un récupérateur d’eaux pluviales ? A celui qui me répondra “les deux !”, je lui dis: “je suis limité en temps et en ressources, je dois prioriser, je ne peux en même temps me certifier, partir en promo en vélo, isoler ma maison, trier des déchets, … soyons aussi efficients car la transition est d’abord un arbitrage constant !”.

Nous, nous arbitrons pour la mutualisation

Alors que faire ?
Sans doute continuer à lire vos partages d’expérience sur votre certification, et pourquoi pas tenter ici ou là telle certification.

A ce jour, nous pensons plutôt à plusieurs voies à suivre, dans les prochains mois :

1° Approcher un organisme indépendant et détaché du tourisme theshiftproject.org, et leur demander de nous aider à développer une certification, un label, une charte, qu’importe. Ou pourquoi pas, leur demander de certifier les réceptifs Togezer ? Pourquoi pas devenir un partenaire de theshiftprojet.org ? Bref, nous sommes de grands fans et gros lecteurs de theshiftproject.org. Au pire, nous nous en inspirerons beaucoup. En tous les cas, Togezer qui représente x réceptifs concernés a des chances de les intéresser. Nous vous tiendrons informés.

2° L’intelligence collective.
Organiser assez vite un débat avec tous les membres et même les non-membres en vue de co-construire un label, une charte, une RSE commune et sans doute informelle au début. Nous croyons beaucoup à notre rôle d’organiser ce club de réflexions autour du voyage vertueux et de l’entreprise sobre (organisation interne). Il est évident pour nous que l’intelligence collective des memberZ et leur envie de partager et d’avancer permettront de construire ce cahier des charges. En étudiant toutes les RSE, propositions, suggestions, expériences et en organisant un espace de réflexion commun, centralisant tout cela, en bossant le sujet, en collaborant avec les bons organismes, nous avons confiance en notre capacité un sortir du bon dans les prochains mois.

Merci aux volontaires/candidats de nous envoyer un email avec le sujet: “je veux mon maillot !”. Et nous vous inviterons à notre espace de travail numérique et nous vous mettrons dans la boucle. Et qui sait ? Peut-être cela se terminera par un forum de 3 jours à refaire le monde d’ici septembre 2020.

Avant tout, nous pensons que le plus important, c’est de modifier notre jauge : la richesse produite ne doit pas être qu’exclusivement financière. Nous allons tenter de rassembler les réceptifs qui partagent cette idée.

Nous pensons que si notre démarche est sincère, sérieuse, engagée, alors une partie du marché le reconnaîtra et préfèrera travailler avec un DMC Togezer. Il n’y a aucune raison qu’un directeur de TO ou de réseau d’agences ne pense pas comme nous. Nous partageons sans doute le même constat, alors pourquoi pas l’envie de travailler ensemble ? Et si cela ne marche pas, tant pis, nous aurons essayé, sans regret. 

3° BIBLIO
Participer activement, intelligemment, à la conscientisation de nos interlocuteurs : nous-mêmes, nos employés, nos prestataires, nos clients, nos familles, nos copains.

4° RSE propre à Togezer: 
Ne plus participer/financer la croissance pour la croissance. Réfléchir à une nouvelle jauge de la richesse produite qui ne peut pas être exclusivement financière.

J’ai envie de terminer par un morceau du texte lu ce matin sur lemonde.fr : https://www.lemonde.fr/idees/article/2019/08/16/ecologie-climat-l-effondrement-n-est-pas-ineluctable_5499848_3232.html
Les signataires : du beau monde, vous jugerez.

“L’une des perspectives invite chacun de nous à agir à sa place, depuis le plus humble citoyen jusqu’aux plus hauts décideurs politiques, financiers et industriels. Elle nous invite à une double lucidité autant sur les risques écologiques majeurs qui nous menacent si nous n’agissons pas maintenant, que sur la force de résilience de l’humain et de l’ensemble du vivant.
Loin de tout romantisme mièvre, c’est l’expérience concrète de l’amour de la vie, la tendresse partagée entre nous et avec notre environnement – bien plus que la panique face à la fin du monde – qui invitent à agir. Seule la soif d’un monde plus humain peut nous donner l’énergie collective nécessaire à l’invention d’une sobriété heureuse et nous sortir de notre fascination morbide pour l’accumulation de nos déchets. Cet amour peut et doit être exigeant. Le temps presse.”

Et si l’entraide était la nouvelle loi de la jungle ?*

*Titre largement emprunté au livre de Pablo Servigne.

Par Thomas Loubert, 36 ans, co-fondateur Togezer.


Nous entendons de plus en plus parler de la notion d’effondrement. On entend par là l’effondrement de notre civilisation telle qu’on la connaît aujourd’hui. Cet article résume bien le concept : qu’est-ce que la collapsologie, cette théorie de l’effondrement de la civilisation ?
C’est un mot fort, volontairement choisi par ceux qui l’utilisent pour marquer les esprits.
Cet effondrement passe par la remise en question de nombreux concepts qui ont été considérés comme acquis et immuables depuis des siècles.
Par exemple, le fait que les ressources naturelles étaient gratuites et renouvelables s’avère faux.
Certains penseurs contemporains comme Pierre Rabhi et Jean-Marie Pelt suggèrent dans leur livre :  “Le monde a-t-il un sens?” que la théorie de Darwin a été mal interprétée :

“L’œuvre de Darwin n’a pas été lue de la bonne manière. La lecture officielle de la théorie de l’évolution est que la nature est régie par la loi de la jungle, la loi du plus fort et que pour les hommes, c’est la même chose. Nous pensons tous les deux que ce n’est pas tout à fait comme cela que ça marche. En réalité, la coopération a un rôle important à jouer dans la nature comme dans la société. Le concept de coopération n’a jamais été pris en compte sérieusement, ni en biologie, ni en sciences sociales. »

Et cette notion de coopération débouche forcément sur des notions de partage et de mutualisation. Tout devient “co”… les espaces de co-working, les lieux de co-living fleurissent dans toutes les villes. Ces mouvements s’expliquent souvent par la flambée des prix et le souhait de réduire des coûts.

Aujourd’hui, ces mouvements de mutualisation ont un réel impact sur l’environnement.

En partageant, nous consommons forcément moins.

Prenons l’image du taille-haie chère à un memberZ. Le taille-haie est typiquement un outil qu’on utilise 3 fois par an maximum. Chaque personne vivant dans le même quartier et ayant une haie va acheter son propre outil car nous avons perdu ces notions de partage. Si au lieu de cela, ces mêmes voisins achetaient un taille-haie en commun et que ce schéma se reproduisait des milliers de fois sur la planète et pour plein d’outils différents alors nous consommerions moins et donc nous polluerions moins.

Ces notions de partage et de mutualisation que nous avions perdues face à la notion de propriété et d’individualisation reprennent leur place dans la société.
Je m’interroge et je me demande si l’inconscient collectif ne nous pousse pas, face une anxiété croissante à se rapprocher les uns des autres, à réapprendre à vivre ensemble en partageant des lieux, des techniques de travail, des bons plans.

Tout le projet de Togezer repose sur cette idée de base : la MUTUALISATION des efforts, des coûts de promotion, des énergies.

Très rapidement, nous avons réuni une centaine de réceptifs qui adhérait à cette idée.
Si nous mutualisons, alors c’est moins cher…

La figure de proue de Togezer c’est (ou plutôt c’était)… la plateforme.

1 – La plateforme

Nous avons commencé par mutualiser des coûts de développement technologique en créant une plateforme all.togezer.travel et accessible gratuitement aux agents de voyages.

Cette plateforme regroupe différents outils pratiques et gratuits pour les agents de voyage :

  • La Connect Now : annuaire interactif pour trouver des réceptifs de qualité ;
  • Appel d’offres : pour contacter plusieurs réceptifs en même temps ;
  • Les Wébinars : mutualisation d’un logiciel de présentation en ligne où les réceptifs présentent leur destination – nous en organisons 2 par semaine.

Vous souhaitez une formation plus détaillée ? Un service personnalisé pour qu’on vous explique où cliquer et surtout avoir un login ! Alors contactez Aurélie, l’agent A – notre perle du Sud.

De nouveaux outils arrivent sur la plateforme début 2020 :

  • La Boussole du voyage

Pendant des années nous pensions en tant que réceptif que nous faisions du “sur mesure” alors qu’en fait nous faisions du “à la carte.”
À la carte, car le client nous demandait et nous lui donnions ce qu’il voulait.
La boussole du voyage est un outil qui permet de faire du vrai sur mesure.
À travers un questionnaire, le client est amené à se poser des questions qu’il ne se serait pas forcément posées. Nous le poussons à réfléchir aux VRAIES motivations de son voyage.
Ce questionnaire permet également de connaître le profil du client, c’est-à-dire savoir s’il est plus visuel, auditif ou kinesthésique …
Vous ne mettrez pas une chambre où on entend la mer à un client dont le profil est plus auditif, le bruit pourrait le gêner même si pour vous ce bruit est agréable et vous berce …

La force de l’outil est surtout d’être connecté par un système de tags (d’étiquettes) à des circuits ou des modules déjà prédéfinis dans la base commune des réceptifs souvent équipés du même logiciel : Toogo.
Les résultats de la boussole permettent de sortir rapidement des itinéraires correspondants au profil du client.

Cet outil a été développé par mon associé Fabrice pour Terra Group et Serendip, et est utilisé aujourd’hui par les commerciaux.

Nous allons assez vite mettre online sur la plateforme une boussole spécifique Togezer, accessible et utilisable par les agents pour leur propre profil de prospects.

Pour ceux parmi vous qui souhaitent une boussole customisée et à vos couleurs, nous le faisons. Contactez Fabrice: fabrice@togezer.travel

Vous pouvez la tester ici : https://www.terra-group.com/test-voyageur/ ou encore ici : https://www.serendip.travel/boussole-voyage-annecy/

  • Team messaging

Dans la plateforme vous pourrez “tchatter, discuter” entre les utilisateurs de la plateforme.
Si vous travaillez dans la même agence alors vous pourrez discuter entre collègues… fini Whatsapp – Togezer is in the place !

Mais ce socle technologique n’est rien sans l’humain.
Cela a vite été remplacé par la mutualisation d’énergie à travers les événements que nous organisons toute l’année. Et nous nous sommes rendus compte alors que la technologie n’est qu’un outil au service de l’humain.

Et que le vrai socle de Togezer, c’était l’humain et la mise en relation.

2 – Les Événements

Tout au long de l’année, nous organisons des événements gérés avec talent par Rémy (qu’on appelle Rémite au bureau).

Nous avons commencé par la CARAVANE.

Objectif : mutualiser les coûts d’organisation – au lieu que 10 personnes organisent leur voyage de prospection chacun de leur côté alors il faut mieux qu’une seule personne s’en charge et que chacun paye le salaire de cette personne. Pareil pour les listes de prospects, chaque réceptif tous les ans fait sa liste de prospects en vue de son voyage commercial. 
Autant qu’une personne le fasse une fois et le partage à ceux qui souhaitent et payent une partie de son salaire.

Et hop – la caravane était née…

Rapidement, nous nous sommes rendus compte que cet esprit de partage se propageait et nous avons assisté pendant les caravanes à des échanges de bons plans. Tel réceptif recommandait son meilleur client à un autre réceptif, un autre recommandait un logiciel à un autre réceptif.
Quand la confiance est instaurée alors les gens collaborent et même des concurrents deviennent amis…

Puis, nous avons sorti les Breakfast ou les Petits Déjs
Le principe est simple : un réceptif paie très cher pour aller sur le salon à Top Résa, certains réceptifs ne peuvent pas se payer de stand. 
Si nous mutualisons les coûts de la brasserie en face de Top Résa alors cela n’est vraiment pas cher pour les réceptifs : 150 euros / réceptif / matinée… Prix imbattable !

Et comme toujours en plus de cela, nous mutualisons les clients. Une agence de voyage qui vient voir son réceptif sur la Namibie verra dans la même salle 20 autres réceptifs qu’elle ne connaît pas… Tout le monde est gagnant.

Dernier événement mutualisé : la participation de Togezer aux Universités de Prêt à Partir.
Dans un grand chapiteau, nous réunissons 30 réceptifs qui présentent toute la semaine leur destination auprès des agences de voyage du réseau Prêt à Partir.

3 – Les Collections

Ce travail techno et de réseautage a besoin d’être appuyé par du contenu. Chaque réceptif est capable de créer un voyage original et insolite comme un voyage autour du vin. Mais ce circuit est toujours difficile à vendre – seul sur une destination. Prenez le même thème et faites le même circuit sur plusieurs destinations.Alors c’est beaucoup plus facile à vendre et l’agent de voyage a beaucoup plus de facilité à l’intégrer à sa production. Nous avons développé plusieurs thèmes de collections originaux et insolites que nous fournissons clé en main. Nous pouvons également, comme nous l’avons fait pour Univairmer, monter une collection spécifique pour votre agence ou votre réseau. 

Zemma la guerrière basée au Costa Rica s’occupe de cela et relance inlassablement les réceptifs pour faire remonter les circuits !
Nous travaillons actuellement sur une collection FAMILLE.

4 – La Web Agency

Tous les réceptifs ont des besoins en développement de site internet, en animation de réseaux sociaux. Mais cela coûte cher et surtout quand il faut choisir un prestataire, les réceptifs ont besoin d’avoir confiance et quelqu’un qui connaît leur métier. Zarah, notre associée de la première heure, motivée et chanteuse à ses heures saura écouter vos besoins ! Et si vous aimez la com’ de Togezer alors c’est elle qu’il faut féliciter!

5 – L’énergie humaine

Nous nous sommes rendus compte que Togezer est une fabuleuse machine à mutualiser les énergies humaines. Lequel d’entre nous n’a jamais la veille d’un salon soupiré en disant à son conjoint ou à ses amis la flemme qui s’emparait de lui à l’idée de partir en déplacement ? Et pendant l’événement une magie s’opère, entouré de tous vos collègues, partenaires vous prenez un shoot d’énergie gigantesque et vous êtes blindé d’adrénaline. Pendant ces réunions les idées fuses, l’intelligence collective se met en place, des milliers de projets se créent. Peu importe si à la fin seuls quelques-uns se mettent en place, vous revenez l’esprit plein de positivisme et d’énergie. Togezer est aussi ce catalyseur et il est notre moteur tout au long de l’année.

Alors oui, tous ces outils nous montrent que l’entraide et l’associativité permettent de grandir plus vite et mieux. La loi du plus fort a fait son temps finalement, et c’est ensemble que nous construisons un avenir différent.

Le réchauffement climatique et ses conséquences peuvent mettre en péril notre métier ou du moins le menace fortement. À travers le Yakafokon, nous essayons de cultiver cette intelligence collective, nous essayons de mettre en avant ces énergies individuelles qui peuvent, à plusieurs, faire réfléchir et faire sortir de nouvelles idées.

Togezer lance donc un club ouvert à tous, nous mettons à disposition une biblio mutualisée pour que chacun puisse se former à son rythme sur les causes et conséquences du réchauffement climatique. Cette bibliographie n’est pas exhaustive, elle s’enrichit chaque jour, vous pouvez recommander certains ouvrages, donnez votre avis sur une vidéo afin que chacun puisse gagner du temps et attaquer les sujets qui l’intéressent.

Le vrai projet de Togezer, c’est finalement de mutualiser et que les petits producteurs (de voyage aujourd’hui et peut-être d’autre chose demain …) puissent ensemble porter un message et avoir un impact plus important sur leur secteur d’activité.

Le futur ne manque pas d’avenir

Par Fabrice Pawlak, 49 ans, co-fondateur Togezer, sérendipien since 1970. 


Fabrice Pawlak, co-fondateur togeZer

Il y a 15 jours, j’eus la chance d’assister à Paris à une passionnante conférence sur l’exploration de la planète Mars donnée par l’un des pères de la conquête spatiale française. Depuis toujours, je dévore les derniers livres d’astronomie ou de manière générale à tout ce qui touche au Big Bang, au pourquoi ou au comment de la vie, à Tolkien, bref, je me pose 10 000 questions comme beaucoup.
Puis vint la séance de questions au conférencier, et j’en profitais pour poser la mienne …
Vous venez de parler des projets Mars 2040 et 2050, je me demande quel sera le carburant de cette exploration vu que d’ici 2040, nous en aurons probablement fini de notre stock en pétrole ? ”
C’est alors que l’illustre conférencier se mit en colère et me qualifia de “collapsologue” avant de se calmer et de répondre posément qu’effectivement, l’unique carburant envisageable en 2050 est éventuellement l’énergie nucléaire. 

Thomas, mon associé de Togezer, dans son édito, me présenta comme son “déclencheur”. Chacun, sur ce sujet, a sa propre histoire et son rythme (les 7 étapes du deuil : choc et déni – douleur et culpabilité – colère – marchandage – dépression – acceptation – reconstruction). Pour mon ami Jean-Claude Razel, par exemple, réceptif aventure au Brésil, ce fut le vendredi 28 juin dernier, alors qu’il se trouvait précisément à Gallargues-le-Montueux, à l’ouest du Gard, où fut enregistrée la température record all time en France de 46 °C. Il me raconta qu’il fut saisi d’une grande peur et de l’impression que tout allait s’embraser en un claquement de doigt. C’est ainsi qu’il bascula.

Pour ma part, mon “Messager”, c’est tout d’abord monsieur Jean-Marc Jancovici, dont je lis et écoute à peu près tout depuis 10 ans (voir carbone4.com, theshiftproject.com, jancovici.com) et j’en profite pour lui témoigner dans ces illustres colonnes du Yakafokon ma plus grande reconnaissance. Merci monsieur Jancovici. 
Mais mon déclencheur, dans la vraie vie, c’est ma fille Kea, qui passait son bac en juin 2019, et qu’il a fallu aider, orienter quant à son avenir, puis préparer et transporter à différents oraux de sélection post-bac. Et c’est ainsi que je me suis plongé comme jamais sur le sujet du futur. C’est aussi un peu ma mission à Togezer ou à Terra. Sans le savoir, mon année 2019 allait être consacrée à la prospective …
Quel monde demain et après-demain ? Comment s’y préparer ? Que conseiller à une jeune fille de 17 ans ? Et au-delà, quel avenir professionnel pour le voyage dans un monde low-carbone et low-tech ? 
Et ce qui était avant un peu un hobby devint un sujet central, avant de devenir un sujet unique qui allait dévorer tout mon temps libre des 6 derniers mois. J’y ai passé tout l’été … jusqu’à faire mon coming out auprès de mes collègues, avec l’impression d’être arrivé en retard sur le sujet, mais une fois dedans, de toute façon en avance de quelques mois sur les sceptiques ou sur ceux qui préfèrent s’enfermer dans leur cave et éteindre la radio mais qui finiront par en sortir.
La baisse inexorable des ressources disponibles n’est pas une croyance, c’est un fait qui repose sur la finitude de la planète, et qui est amplifié par une population toujours plus grande consommant toujours plus. La courbe de la démographie est directement et fortement corrélée à la consommation d’énergie. Les arbres ne montent pas au ciel.
Ainsi, j’appartiens à cette minorité grandissante pour laquelle il y a un avant et un après été 2019. Encore merci aux précurseurs.
Les scientifiques se battent depuis 5 décennies pour nous mobiliser et on les imagine abattus devant le résultat. Il semble que le message purement technique ou scientifique (indiscutable et indiscuté) ne marche pas pour la majorité. 
Nous ne croyons pas ce que nous savons !
(à lire sur ce sujet: http://amaninthearena.com/biais-de-confirmation/)

Ils devront peut-être, pour gagner en efficacité, associer au message scientifique apolitique actuel: les arts, la culture, différentes formes du récit, et des émotions. Après 12 ans d’effort, Jancovici, l’une des “anti-stars” du milieu “écologie politique”, va rassembler peut-être 50 000 vues sur Youtube alors que Kim Kardashian va se casser un ongle et rassembler 1 000 fois plus de monde. Jancovici et consorts ne sont jamais plus convaincants que quand ils se livrent en fin de conférence, en parlant d’eux et de leurs ressorts intimes, quand ils doutent et sont humains et vulnérables, plutôt qu’une machine rodée que la plupart n’a pas envie d’écouter.
Il faudrait aussi que la communauté artistique et culturelle (et pourquoi pas nous ?) se bouge un peu pour aider les scientifiques, que l’on sent à bout de forces, et finalement les seuls à essuyer les critiques de ceux qui ne font pas grand chose.

L’art et la culture, le récit, la rencontre, l’altérité ou “la quête de l’autre ou d’un ailleurs en quête de soi”, le dépassement de soi (car pour baisser volontairement son niveau de consommation, il faudra se dépasser !), voilà autant de raisons du voyage : découverte, émotion, partage, curiosité, sérendipité, associativité. Le voyage, tout comme les caravanes d’antan, est d’abord une source d’échanges. Même s’il est polluant au même titre que les autres activités humaines, le tourisme sobre est un outil à notre disposition en vue d’un monde résilient. Et c’est notre métier !

Pour le constat sur l’état de la planète et de son évolution, d’autres savent mieux l’exprimer que moi, et ce Yakafokon n°2 l’exprime déjà de 10 façons différentes. Je vous invite simplement, si cela vous intéresse, à lire les 2 courts textes résumant bien la situation:
https://www.franceculture.fr/emissions/le-tour-du-monde-des-idees/colapsologie-prise-de-conscience-recente-ou-bon-vieux-malthusianisme
ou
https://theshiftproject.org/ambition/

J’ai donc passé les derniers mois à lire ou à écouter tout d’abord Jancovici, Servigne, Cochet, Bihouix, Rob Hopkins et je suis ensuite passé à d’autres styles et je peux citer l’ensemble des podcasts : Présages, Sismique, Thinkerview, Rendez-vous avec le futur, France Culture. C’est passionnant et motivant. Je découvre plein de choses à 49 ans et je rencontre différemment plein de personnes, et à plusieurs titres, je vis une période exceptionnelle. Tout ceci n’est pas qu’anxiogène et déprimant !

Une fois ma “conscientisation” réalisée, et une bonne phase de décantation, il a bien fallu traduire professionnellement et concrètement ce nouveau bagage très lourd. Je suis passé par toutes les phases et j’ai vécu intimement, depuis, les effets de mon positionnement, que ce soit auprès d’amis, d’associés, de collègues ou dans le cercle familial. Ce sujet est évidemment anxiogène et conflictuel mais plus que cela il vous expose, mêle le professionnel et le privé, il oppose convictions et intérêts, il affiche ses propres contradictions, sans parler des incertitudes sur le sujet et croyances diverses. J’ai même traversé une période d’hyper-sensibilité, à pleurer une fois par semaine, et parfois en plein salon devant un prospect, pour un rien. Bizarre. 
Ça change le bonhomme.

Dès le départ, pourtant, je choisis le “low profile”, concrètement le partage d’opinions et jamais le jugement. Mais on ne peut rien y faire, malgré toutes les précautions, l’épisode de la question sur Mars illustre parfaitement la situation, même auprès de gens très qualifiés. 
Il s’agit ici d’une remise en cause profonde de notre mode de vie, de notre civilisation, de notre relation à l’autre, de nos convictions politiques, en gros, cela remet tout à plat, et cela dépasse rapidement le cadre du tourisme, en témoigne cet article ou le débat à la télé hier soir sur le thème “Toutes les opinions sont-elles bonnes à dire ?”. Ces invités de haut niveau répondaient tous oui à la question mais s’invectivaient avec une rare agressivité.
Voilà tout le problème et j’ai fini par le dire avec cette formule que mon entourage ne supporte plus :“Je suis prisonnier et soldat d’une prison et j’ai décidé de m’échapper”.
Donner son opinion sur ce sujet est souvent perçu comme un jugement moral par l’interlocuteur, ou comme moralisateur, radical, parfois même présomptueux.
Et pourtant, même “conscientisé”, faut bien continuer à bouffer, et à vivre tout court, à travailler sur “aujourd’hui”, et faire des compromis avec ses convictions. 
Mais mieux vaut vivre d’échecs que de regrets, alors on s’est décidé à faire notre part de Colibri, au niveau personnel et professionnel.

Au cours des semaines récentes de salons et de caravanes, j’ai constaté aussi que nous sommes nombreux à sentir que nous vivons une période extraordinaire, au sens littéral du terme. Sur les pentes de l’Etna, 48h avant une éruption volcanique, les chèvres descendent se réfugier en plaine… Certains parmi nous ont cette impression et se posent des questions nouvelles : « Quel est le sens de mon boulot ? », « Quel est le sens que je souhaite donner à ma vie ? », et c’est assez nouveau pour moi d’aborder ces questions sur les salons professionnels.

Les sciences économiques ne sont pas des sciences exactes, d’ailleurs les économistes se plantent toujours, et c’est peut-être parce que le raisonnement est faux ?
L’économie de marché se base sur le fait que chacun est un acteur économique maximisant son intérêt, dénué du soucis de l’intérêt général ou d’Utopie. Et bien, je ne me reconnais pas dans ce portrait.

Ensuite, le productivisme (socialisme, capitalisme, communisme) repose sur la conviction que les ressources naturelles sont à la fois gratuites et abondantes. Non seulement leur prix est de plus en plus élevé (déchets, pollution, chute drastique de la biodiversité en 20 ans, extraction, disponibilité, …) mais la plupart des stocks sont largement entamés. 
Porté par des théories qui légitiment l’appropriation et l’exploitation illimitée de l’environnement par et pour l’Homme, le productivisme et son objectif, la croissance, se sont identifiés depuis au Progrès, qui serait donc l’augmentation des besoins et des biens. Au final, le progrès d’un pays se mesure par son PIB, et l’objectif est l’enrichissement maximal. 
Constatant le problème de la finitude des ressources, des économistes proposent l’alternative de la croissance verte qui repose sur le découplage de la croissance et de l’énergie, ou dit autrement, que l’on va faire de la croissance avec moins d’énergie. Je comprends qu’on a beaucoup envie d’y croire mais je ne comprends pas qu’on puisse y croire. 
Les économistes me font penser aux géologues d’autrefois qui considéraient la croûte terrestre comme immobile (jusqu’en 1960) et qui refusèrent pendant 40 ans de croire en la tectonique des plaques de Wegener sans doute parce qu’il était climatologue. Et bien la croissance verte, je préfèrerai ne pas parier dessus, et je n’ai pas envie d’y participer. 
C’est pour cela que je ne suis pas fan de la compensation carbone, souvent défendue par les mêmes qui prônent la croissance verte. 
Il faut baisser notre consommation individuelle de ressources ET planter des arbres ET nous éduquer ET nous responsabiliser ET militer ET essayer d’être un exemple ETC. Il faut tout ça et sans doute plus, et vite.

A Togezer, on se pose ces questions et on cherche des réponses.
En chemin, on s’est rendu compte de plusieurs choses importantes que je partage avec vous : il ne faut pas rester seul, et il faut en parler, partager. On trouve refuge dans l’action et dans le partage. Et c’est ainsi qu’on a créé une sorte de club informel des “écooliques anonymes”. Ça nous a fait du bien, ça nous fait du bien, et ce club vous est ouvert. On croit en l’avenir, et on s’y marre bien ! 
Aussi, la principale difficulté, en général, est la cellule familiale. Un membre de la Togezer me racontait ses conflits familiaux ou de voisinage dès que l’on songe à toucher au confort matériel du quotidien. Ce membre est génétiquement un low-tech-man et pour l’anecdote je vous raconte sa réunion avec ses voisins : 
“Chacun d’entre nous a une tondeuse, ou un coupe-haie personnel pour s’en servir 3h par an… et si on partageait un super coupe-haie ?”. Ses voisins l’ont pris pour un marginal. Bref, y’a du boulot et pourtant il existe tant de solutions disponibles, durables, économiques, cela s’appelle le low-tech (à lire le livre de Bihouix, “l’âge des low tech”).

Rien ne sert de convaincre, cela ne marche pas comme cela. Il faut simplement aider les gens à se documenter, cela doit venir d’eux. 

MEDIATHEQUE APRES-DEMAIN

Pour cela, nous avons monté une médiathèque complète de livres, podcasts, vidéos. Elle est ouverte non seulement aux membres de Togezer mais aussi à vos amis, à vos proches, à vos concurrents, à vos collègues. Cette médiathèque, déjà étoffée, sera enrichie les prochains mois par nous, par vous et elle est adossée à un Gsheet d’évaluations des références ou chacun(e) est invité(e) à donner une note et un commentaire. 
Il vous suffit de nous demander un accès. Bienvenue au club.

Coté Biz :

Le côté positif, c’est qu’en même temps que de constater que certains prospects m’évitent désormais dans les couloirs des salons, en particulier les anglo-saxons (“this debate is so frenchy !”, c’est vrai que Tibo les regardait tout en mimant une lame avec son pouce sur le cou, il est con hein ?), j’ai changé en bien ma relation avec d’autres. 
En fait, je vis tout cela comme une renaissance bienvenue, cela donne beaucoup plus de sens à tout, et surtout cela me conduit à rencontrer “mieux” plein de gens, et de partager plus. J’ai même constaté que cela pouvait être efficace en affaires. En effet, sur 4 prospects qui allaient peut-être travailler avec moi un jour mais qui finalement étaient juste-à-fond-comme-tout-le-monde pendant le salon, et bien j’ai fini mes derniers salons avec le résultat suivant :
Il y en a 3 qui ne travailleront définitivement pas avec moi dans les 2 prochaines années et nous ne perdrons pas notre temps à rediscuter et à faire semblant. Mais le 4ème, c’est certain, on travaillera ensemble parce que nous partageons cela. 
Cela ressemble à une formidable “aubaine” pour celui qui allait continuer à travailler dur pour finir le plus riche du cimetière, et sans doute trop tôt.

Il n’y a pas de sens à travailler toujours plus pour gagner toujours plus pour consommer toujours plus de ressources. Il n’y a plus de sens non plus à regarder mes droits d’Homo Sapiens sans les associer à mes devoirs d’Homo Sapiens appartenant à un écosystème qui s’appelle la Terre. Nous allons vers la décroissance (de consommation de ressources/habitant) et c’est non seulement inéluctable, c’est aussi une bonne chose. Je suis moins inquiet pour mes enfants depuis que j’ai réalisé que la croissance pour la croissance, c’est le modèle insensé de ma génération et qu’il est temps de passer à autre chose. Plutôt participer à un monde de coopération que de compétition. Plutôt tenter la sobriété que l’excès, ça rend sûrement plus heureux.
Les espèces qui s’en sortent le mieux, ce ne sont pas les plus fortes, ce sont les plus coopératives (selon l’associativité de JM Pelt, “le monde a-t-il un sens ?”). Ça tombe bien, on a monté Togezer, tout est dit dans le nom du produit.

Nous allons chercher à croître notre satisfaction d’aller au travail.

Soyons lucides : les seuls gagnants du marketing digital, ce sont ceux qui dégradent l’environnement. Refusons collectivement d’engraisser les acteurs du numérique ! Si seulement on pouvait tous nous mettre d’accord pour ne pas prendre d’Adwords ! A chaque forum ou convention des leaders du tourisme, il y a les experts du e-marketing, les blogueurs professionnels, etc. qui viennent nous expliquer que ce qui compte dans nos voyages, c’est le bonus social, les selfies, le prestige de l’exclusivité, le lundi de retour au bureau. Aussi, à chaque moment vraiment convivial, sympa à vivre, il faut s’arrêter pour prendre une photo pour les réseaux sociaux et ainsi gâcher l’instant pour lequel, au fond, je travaille.

Les vidéos privées des réseaux sociaux qui n’intéressent personne polluent presque autant que le transport aérien civil, ne faudrait-il pas lancer la Videoskam en plus du Flygskam? 

Soyons pour la taxe numérique, la taxe carbone, et tout ce qui détruit notre environnement social et naturel. Soyons réalistes, rêvons ! Pour s’en sortir collectivement, soyons un peu utopistes !

TogeZer 2020

Notre objet social va se simplifier : être utile !

Nous allons bien sûr poursuivre nos actions afin que les memberZ en aient pour leur abonnement. Mais nous renonçons à défendre un business auquel nous ne croyons plus. Et cet article, nous le savons, fera son travail et certains parmi vous nous quitteront. 
Et si nous sommes sincères, alors peut-être qu’il y a tout autant de vendeurs de voyage qui pensent exactement comme nous et nous aurons plaisir à travailler ensemble.

On pense que la seule solution pour éviter l’ingérable de notre vivant, c’est que la société civile réagisse massivement, urgemment, collectivement. Et que cela commence par moi, chez moi, et dans mon entreprise, puis chez mes clients, chez mes fournisseurs. Chacun a son rythme. Peut-être est-ce du militantisme, c’est bien possible, mais mes associés et moi, sentons que c’est notre responsabilité.

Ce qui nous semble utile et notre rôle :
Fédérer des réceptifs qui vont chercher à rendre leur activité plus sobre et plus vertueuse, pour ensuite aller défendre leurs couleurs et leur diversité avec passion.

Et avec eux, partagez nos réflexions, nos bonnes pratiques, avancer ensemble pour co-construire une charte commune. Ce sera la suite du Yakafokon, une sorte de think tank à notre niveau. Ne nous sous-estimons pas, nous réceptifs, et regardons plutôt la masse d’expertise que nous réunissons ! Et combien parmi vous pourraient aussi écrire un article dans ce Yakafokon ?

Poursuivre nos actions de mutualisation (Yapluka, plateforme, e-services, caravanes promotionnelles)

Ouvrir et étoffer notre médiathèque sur le monde de demain low-tech, low-carbone à tous ceux qui le souhaitent : participer activement, intelligemment, à la conscientisation de nos interlocuteurs : nous-mêmes, nos employés, nos prestataires, nos clients, à travers une fiche d’information « climat » à la vente de chaque voyage. Cette fiche d’information aurait pour objectif d’expliquer les raisons du réchauffement climatique, la décarbonation de notre société et donner des ordres de grandeur pour qu’une fois rentré chez lui, le voyageur puisse mettre en place des actions qui font la différence. Le principal ennemi, c’est la désinformation ou le manque d’information qui conduit à des petits gestes bienveillants (et utiles !) qui ne règleront pas les grands problèmes. Il faut que chaque citoyen, chaque entrepreneur, chaque salarié, qu’il soit boulanger, instituteur, au chômage, agent immobilier, premier ministre, soit informé pour éventuellement modifier son comportement. Nous pensons qu’il s’agit là de la méthode la plus efficiente à notre portée. Imaginez si nous sommes un million à faire cela ? Nous sommes peut-être déjà beaucoup plus nombreux ! Et c’est facile à faire, alors pourquoi pas ? 

Rédiger une fiche d’information que chacun des membres sera invité à personnaliser et à envoyer à chacun de ses fournisseurs, employés, clients, voisins.

Explorer le monde des Creative Communs et de l’open-source, et cela pourrait concerner notre logiciel à sortir, la BOX (qui permet de reproduire à moindre coût la plateforme actuelle Togezer).

Et préparez éventuellement un plan B, en 2020…. 

Voici comment nous comptons nous y prendre : vous pousser à explorer chez vous le monde de demain : le recyclage, la réparabilité, l’économie circulaire, la sobriété énergétique, les monnaies locales, la permaculture, l’habitat, l’entraide, la résilience et l’ingéniosité locales, la traction animale, le glocal, l’art, la culture, le savoir, le low-tech, le low-carbone, l’art du récit, le producteur de ski en bois, de semences paysannes, de spiruline, les écovillages ou zad ou autres tentatives d’une vie différente. 
Pour ensuite enrichir nos voyages de visites sur ces lieux, et ainsi augmenter leur contenu et votre savoir faire.
Au final, l’avenir du monde, c’est sans doute le mode de vie non pas de l’Amérique mais … de l’Afrique ! L’innovation low-tech, low-carbone est en Afrique !
Pour ensuite, pourquoi pas, voir certains parmi vous pivoter vers une activité d’abord complémentaire et sait-on jamais, importante demain.

Nous envisageons sérieusement une BOX du monde de demain, qui au lieu de mettre en relation suppliers et buyers de voyages, sera une plateforme d’échanges de savoir-faire, de produits uniques, de semences, de bonnes pratiques, de troc entre un producteur de spiruline au Tchad et un producteur de quinoa dans les Andes, ou un exploitant d’espace forestier. 
En somme, nous considérons que notre communauté de professionnels du voyage est d’autant plus en danger qu’elle est éloignée de son public (typiquement, le dmc en Nouvelle-Zélande travaillant avec le marché francophone).
Avec la même lucidité, nous voyons ce réseau mondial de réceptifs comme un formidable socle d’experts worlwide de la logistique, curieux de tout et ayant chacun un formidable réseau local dans les endroits les plus reculés de la planète.
Notre BOX pourrait les mettre en réseau ! Et c’est un avenir possible, ambitieux et très enthousiasmant. Ensemble, en confiance, on se dit même que c’est une fucking good idea. 
Affaire à suivre.


Alerte lancée par le Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE), dans la 10e édition de son « Emissions Gap Report », publiée mardi 26 novembre 2019:

« Notre incapacité collective à agir rapidement et énergiquement contre le changement climatique signifie que nous devons dès maintenant réduire considérablement nos émissions, prévient Inger Andersen, la directrice exécutive du PNUE. Cela montre que les pays ne peuvent tout simplement pas attendre la fin de 2020 [et la COP26] pour intensifier leur action. Ils doivent agir maintenant, ainsi que chaque ville, région, entreprise et individu. »

« Des transformations sociétales et économiques majeures doivent avoir lieu au cours de la prochaine décennie pour compenser l’inaction du passé, notamment en ce qui concerne la décarbonisation rapide des secteurs de l’énergie, du bâtiment et des transports »

« Chaque année de retard à partir de 2020 nécessitera des réductions d’émissions plus rapides, ce qui deviendra de plus en plus cher, improbable et difficile »

« Il n’y a aucun signe de ralentissement, et encore moins de diminution, de la concentration des gaz à effet de serre dans l’atmosphère malgré tous les engagements pris au titre de l’accord de Paris sur le climat »

« Nous laissons aux générations futures un monde où non seulement le réchauffement sera très important, mais où il faudra aussi pomper le CO2 que nous émettons aujourd’hui. C’est très problématique d’un point de vue éthique »